Les américains donnent le feu vert à l’édition génétique de l’embryon humain

génétique germinale

On craignait cette information : que des scientifiques, profitant des avancées spectaculaires de l’édition génétique permise notamment grâce à CRISPR, ne se mettent à vouloir apporter des changements génétiques aux embryons humains. Et que ces changements soient ensuite transmis aux générations suivantes. C’est chose faite.

L’intervention génétique sur l’embryon humain a jusqu’à présent été considéré comme un véritable champ de mines éthique. Nombreux sont ceux qui craignent que sous prétexte de combattre des maladies génétiques, on ne se mette à créer des humains ayant certains traits particuliers ou même des armées entières de soldats surdoués. Mais, pour la première fois, un groupe d’experts de deux des institutions scientifiques les plus reconnues aux États-Unis ont indiqué que ce processus, dénommé « édition germinale », devrait être sérieusement considéré comme une option future et ne devrait plus être interdit.

Pourtant, en décembre 2015, un sommet international de scientifiques avait déclaré qu’il serait « irresponsable de procéder à l’édition germinale » sauf si les questions de sécurité et de consensus social étaient résolues.

La nouvelle position, décrite dans un rapport publié cette semaine par l’Académie américaine des sciences et l’Académie nationale de médecine stipule que l’édition germinale (des embryons, des ovules ou du sperme) pouvait être désormais envisagée.

Cette décision, fruit du travail d’un comité de 21 membres, composé de scientifiques mais aussi de bioéthiciens, d’avocats, de défenseurs de patients ou d’entrepreneurs de biotechnologie, est bordée par un certain nombre de conditions : que l’intervention permette d’éviter une maladie grave ou une invalidité dans un cadre de critères stricts.

Le comité précise ainsi qu’aucun essai clinique d’édition de gènes ne devrait être mené, « à moins que » :

 – il n’y ait pas de « solution raisonnable » pour éviter « une maladie grave ou un état » ;

– il ait été « démontré de façon convaincante » que les gènes modifiés soient bien la « cause » ou « prédisposent fortement » les gens à cette maladie ;

– l’édition de gène ne soit utilisée que pour « convertir ces gènes à des versions connues pour être associées à la santé ordinaire » ;

– une recherche « préliminaire suffisante » ait été faite sur « les risques et les avantages potentiels pour la santé » ;

– il existe « des mécanismes de contrôle fiables pour empêcher l’extension à d’autres usages que la prévention d’une maladie grave ».

Le rapport de 261 pages conclut sur une exigence : « il serait essentiel que cette recherche soit abordée avec prudence et qu’elle permette de procéder à une large participation du public ».

Le professeur Richard Hynes, chercheur au MIT et qui a dirigé le comité d’experts déclare au New York Times : « Auparavant, il était facile pour les gens de dire ce n’est pas possible, donc inutile d’y penser. Maintenant, nous pouvons être en mesure de le faire, en s’assurant que cette intervention soit utilisée seulement pour les bonnes choses et non pour les mauvaises ».

Dans ce contexte, le comité d’experts envisage d’utiliser l’édition germinale pour prévenir des maladies héréditaires comme la maladie d’Huntington. Certaines critiques s’élèvent déjà pour alerter sur les risques aux conséquences incalculables de ce type de pratique. En effet, il serait possible d’introduire de nouvelles conditions héréditaires, des maladies ou des mutations qui ne deviendront évidentes qu’une fois que l’embryon sera devenu un être formé et viable.

Un autre risque serait d’ouvrir la porte d’une société où l’on pourrait choisir son bébé sur mesure, où les gens riches pourraient se permettre des manipulations génétiques alors que les plus pauvres resteraient sur la touche. Bienvenue à Gattaca !

La biotechnologiste Marcy Darnovsky qui dirige le Center for Genetics and Society, un groupe américain de surveillance en génétique, a déclaré à NPR : « Ce type de scénario a été considéré comme de la science-fiction, comme une hypothèse très lointaine. Mais en fait, c’est devenu une question de justice sociale d’urgence. Nous allons créer un monde dans lequel les riches déjà privilégiés pourront utiliser ces procédures de haute technologie pour donner des avantages biologiques à leurs enfants. Le scénario qui se joue n’est pas très joli ».

Afin de contrer ce type de dérives, le rapport du comité d’experts recommande que les techniques d’édition ne soient réservées que pour traiter une maladie ou un handicap et ne soient pas utilisées pour un renforcement de certains traits humains comme la force physique, l’apparence ou même l’intelligence, si une telle manipulation s’avérait un jour possible.

En d’autres termes, l’édition de super-humains n’est pas d’actualité et c’est tant mieux.

Eric Lander, qui dirige le Broad Institute du Massachusetts Institute of Technology et de l’ Université Harvard se félicite au micro de NPR des conclusions et de la prudence du rapport : « Il est important d’être extrêmement prudent sur les technologies qui pourraient laisser une marque permanente sur la population humaine pour toutes les générations à venir ».

Soit, mais, à partir du moment où l’édition génétique deviendra une pratique médicale plus banale, plus mainstream, on peut imaginer que les barrières éthiques ne se distendent.  Dès lors que l’on saura, par édition génétique, traiter ou prévenir une dystrophie musculaire dans une maladie du muscle par exemple, qu’est-ce qui empêchera de l’utiliser pour apporter plus de force musculaire à certains individus ? La frontière entre médecine préventive et amélioration est, dans certains cas, extraordinairement ténue.

On pourrait ainsi imaginer des cliniques de fertilité qui vanteraient, dans leurs publicités, leur capacité à donner à votre enfant un meilleur départ dans la vie.

Pour l’instant, la recherche en édition germinale reste interdite aux États-Unis par la Food and Drug Administration, en France et dans de nombreux autres pays à travers le monde à l’exception notable de la Chine. Mais si ces restrictions venaient à être levées comme le préconise le rapport du comité d’experts, un nouveau monde de possibilités génétiques serait ouvert aux scientifiques et aux patients. Il ne nous resterait plus qu’à espérer que cette hypothèse soit vraiment le monde dans lequel nous avons envie de vivre.

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Source: up-magazine.info

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L’Ordre des médecins veut réformer le numerus clausus

Favoriser la coopération entre la médecine de ville et l’hôpital, régionaliser le numerus clausus et l’affectation des étudiants en médecine, voici les grandes propositions de l’Ordre des médecins pour réformer notre système de santé.

Le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom) reprend largement dans un document les propositions émises en janvier 2016 à l’occasion de la grande conférence santé organisée par le gouvernement. Il rappelle notamment sa volonté de mettre en place un nouvel échelon au niveau local, le Bassin de proximité santé (BPS) responsable de la coordination de l’offre de soins.

Le BPS rassemblerait les maisons médicales, les médecins en cabinet isolé et les structures hospitalières publiques et privées de proximité et disposerait d’une « autonomie » dans la prise en charge de sa population en soins de premier et de deuxième recours, explique le Cnom. A géométrie variable, le BPS pourrait s’étendre à plusieurs départements ou être à cheval sur deux régions. Le comité opérationnel regrouperait ainsi « professionnels et usagers sous la responsabilité des élus locaux », précise-t-il.

Réformer le numerus clausus

L’organisme de défense de la profession milite aussi pour que les « coopérations entre la médecine de ville et l’hôpital » pour les soins non-programmés soient « très fortement renforcées » avec le « médecin traitant comme pivot ».

En amont, pour les étudiants, l’Ordre propose de régionaliser le numerus clausus (nombre d’étudiants admis en seconde année) à partir des capacités de formation des établissements universitaires et des possibilités de stages. « Il faut former les médecins dont nous avons besoin dans les territoires et non les internes dont les centres hospitaliers ont besoin », a défendu lors d’une conférence de presse le président du Cnom Patrick Bouet.

L’Ordre préconise en outre de « réfléchir à un système de pré-sélection avant la première année commune aux études de santé (Paces) afin de limiter les taux d’échec », très élevés.

Régionaliser l’affectation des étudiants en médecine

Enfin, pour répondre au problème de désertification médicale, le Cnom souhaite que les épreuves classantes nationales (ECN), grâce auxquelles les étudiants choisissent leur centre hospitalier universitaire d’affectation et leur spécialité, soient également régionalisées.

C’est « au moment de l’internat que l’on a une chance de permettre de fixer les futurs médecins dans les régions où ils ont fait leurs études », estime l’Ordre qui suggère de définir le nombre de places en troisième cycle à travers « cinq grandes inter-régions ». « Notre système (de santé) est au bord de l’explosion », a alerté M. Bouet. « Nous attendons des engagements forts des candidats à la présidentielle, qu’ils sortent des chemins battus (…) pour apporter une réelle innovation dans l’organisation de notre système de santé », a-t-il poursuivi.

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Source: francetvinfo.fr

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9 mesures anti-déserts médicaux à mettre en oeuvre dès 2017

Sortons de nos vieilles habitudes pour nous embarquer dans l’exercice d’une médecine de proximité rénovée dans ses moyens et portée par les outils numériques les plus performants.

Il n’y aura pas trente-six manières de répondre à la baisse de la couverture médicale qui affecte certaines campagnes, banlieues et jusqu’aux centres villes, mais les oreilles sont sourdes, tant du côté des populations et des élus locaux, que des administrations et des syndicats de professionnels de santé recroquevillés sur leurs certitudes ancestrales. L’aménagement sanitaire des territoires reposera sur un schéma général intégrant tous les moyens humains et numériques disponibles pour réussir le pari d’un égal accès à des soins de qualité pour tous:

1 – Déployer dix mille maisons de santé, dans lesquelles seront regroupés les médecins, les infirmiers, et les autres professionnels dont les pharmaciens. Passons à une médecine « entrepreneuriale », dans laquelle les acteurs de soins et préventions géreront librement leur activité en communautés efficientes. Ces maisons de santé seront équipés des moyens d’assurer la grande majorité des urgences équipées en matériels adaptés notamment en imagerie par ultrason, l’échographie étant devenue le stéthoscope du XXIème siècle. Elles posséderont des locaux destinés aux associations de patients, aux assistantes sociales, et aux personnels dédiés à la prévention tant dans les familles que dans les écoles, les entreprises et les administrations locales. Des centrales d’achats regrouperont les offres en matériels divers et en maintenance.

2 – Créer des « zones franches sanitaires » pour alléger les charges ainsi que la réglementation de leur gestion qui pèse trop lourdement sur ces petits établissement de soins.

3 – Diversifier les modes de rémunération en correspondance avec les activités variées de équipes soignantes: soins aigus, soins chroniques, prévention et observance, actes de télémédecine honorés à leur juste valeur.

4 – Attirer les jeunes médecins par l’aspect collaboratif de ces plateformes sanitaires de premier recours en refusant les mesures de coercition envisagées par certains candidats aux présidentielles qui tomberont d’elles-mêmes.

5 – Équiper ces zones de premier recours lorsque la surface de terrain s’y prête, d’une aire d’atterrissage simplifiée pour les transferts rapides en hélicoptère vers les centres experts. Une mutualisation des différents appareils mis à disposition dans chaque région s’impose entre les Samus, la protection civile, la gendarmerie, les pompiers et les trois armées.

6 – Relier les maisons de santé par télémédecine aux hôpitaux et cliniques où se concentreront les spécialistes qui pourront au besoin venir consulter, soit physiquement, soit par télémédecine. Ces vacations de consultations dédiées aux actes de télémédecine seront programmées dans les établissements spécialisés pour répondre à la demande des malades via leurs médecins généralistes.

Au troisième niveau de ce schéma d’aménagement, les Centres Hospitalo-universitaires en relation avec les industriels du médicament et des matériels proposeront les innovations qui seront testées au plus vite dans la vie réelle auprès des malades fréquentant les maisons de santé. Un système numérique de retour des informations vers les centres experts fermera ainsi une boucle vertueuse de diffusion des progrès diagnostiques et thérapeutiques au plus près du terrain.

A partir de ces véritables petits « hubs sanitaires de proximité » que formeront les maisons de santé connectées, des consultations déportées seront assurées par les mêmes équipes à tour de rôle dans les villages voisins, soit grâce à des cabinets médicaux mobiles, soit en utilisant des bureaux mis à disposition par les mairies ou par la Poste dont les offices sont sous utilisés. Les facteurs porteront les médicaments quand la nécessité le réclamera jusque dans la ferme la plus reculée.

8 – Former des infirmières cliniciennes par des mastères 1 et 2 ouverts dès la rentrée prochaine, pour engager au plus vite sur le terrain les premiers vagues de personnels diplômés en revalorisant notablement leurs revenus. Ces infirmières assureront au moins 30% à 40% des tâches aujourd’hui dévolues aux médecins qui se concentreront sur les actes difficiles. Vouloir augmenter le nombre de médecins est une grave erreur qui se paiera cher dans quinze ans.

9 – Passer des groupes hospitaliers de territoires, aux « groupes sanitaires de territoires » ouverts à tous les acteurs privés et publics dans une coopération renforcée en laissant les professionnels s’organiser entre eux, l’Etat restant le garant du résultat sans s’immiscer dans la gestion.

Quel candidat à la présidentielle s’emparera d’un tel schéma dont la montée en charge s’effectuera sur cinq ans selon un calendrier annoncé en respectant la volonté des professionnels au-delà des tentations politiques de récupération polluantes:

Oui à la facilitation de l’implantation des maisons de santé là où les besoins sont et non pas selon le bon vouloir de tel ou tel maire et autre association de défense locale.

Oui à l’attraction des jeunes médecins dans les maisons de santé en réduisant les charges et taxes et en simplifiant les statuts des Sociétés Interprofessionnelles de Soins Ambulatoires, les SISA.

Oui à la construction de studios mitoyens pour les internes en formation, sachant que la majorité de ceux qui fréquentent les maisons de santé en stage veulent y revenir pour exercer.

Sortons de nos vieilles habitudes pour nous embarquer dans l’exercice d’une médecine de proximité rénovée dans ses moyens et portée par les outils numériques les plus performants, priorisant la prévention et le diagnostic précoce à l’aide des innovations qui déferlent. En un mot, évoluons d’un système de soins figé vers un vrai système de santé fluide, intégrant toutes les composantes qui favorisent le complet bien-être physique, psychique et social de chacun.

Sans un tel schéma directeur, qui devra laisser la plus grande souplesse d’organisation aux acteurs sur le terrain, nous n’arriverons jamais à satisfaire la demande de prise en charge médicale dont les Français ont besoin. A l’opposé des dispensaires souvent peu productifs avec leurs personnels salariés, promouvons les maisons de santé, formées de professionnels libres d’entreprendre ensemble pour assurer les meilleures prestations médicales et sanitaires que le pays espère.

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Source: huffingtonpost.fr

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L’homme au défi des crises – 3 questions à Didier Le Bret


Diplomate, Didier Le Bret a dirigé en 2012 le centre de crise du ministère des Affaires étrangères, avant d’être nommé, en 2015, coordonnateur national du Renseignement, puis de se lancer dans la bataille des législatives de 2017. Il répond à mes questions à l’occasion de la parution de l’ouvrage : « L’homme au défi des crises : pourquoi le pire n’est jamais certain », aux éditions Robert Laffont.

Selon vous, l’armée est-elle l’unique structure à avoir conservé le sens du temps long ?

C’est en tout cas un des exemples les plus emblématiques de l’inscription d’une institution dans le temps long. Avec trois paramètres très structurants : le consensus politique sur l’analyse des menaces et des priorités autour du « Livre blanc » ; la programmation budgétaire pluriannuelle (loi de programmation) ; le développement de grands programmes qui requièrent également de la durée. Cette constance dans l’effort, indispensable à notre défense, est perçue positivement par les Français, qui plébiscitent notre armée.

De manière générale, les politiques dites « régaliennes » ont tendance à épouser plus facilement le temps long. La diplomatie en est un des exemples les plus évidents. Il peut toujours y avoir des revirements brutaux, des changements de cap. Mais l’Histoire, comme la Géographie, ont tendance à restreindre le champ des possibles. Les pays du Maghreb, comme l’Afrique, auront toujours de fortes attentes vis-à-vis de la France : outre la proximité géographique, nous avons en partage une Langue et une Histoire communes.

Est-ce que la focalisation sur le temps court rend pessimiste ?

Le temps court condamne à l’aveuglement. On ne voit que ce que l’on nous donne à voir. Avec un paradoxe : jamais nous n’avons été à ce point interconnectés les uns aux autres. Nous savons tout de tous partout. Mais ce sont là des données brutes qui, dans le meilleur des cas, peuvent prendre la forme d’informations une fois triées. Elles ne font pas pour autant sens. Elles ne livrent pas une tendance. C’est cela qui peut rendre pessimiste : la perte de boussole. Comme le disait Sénèque, il n’y a pas de vent favorable pour qui ne connaît pas son port.

Vous estimez qu’au défi des crises, le monde va, contrairement aux apparences, s’améliorer. Pouvez-vous développer ?

L’Homme n’est jamais aussi « efficace » que dos au mur. C’est moins une question de sagesse que de survie ! Nous sommes « programmés », voire « condamnés » à surmonter les épreuves. Notre dénuement absolu, l’impossibilité à demeurer à l’état de nature, sauf à disparaître, a fait des Hommes des machines de guerre. Et c’est là sans doute aujourd’hui notre force mais aussi notre principal défi. Il nous faut désormais nous réinventer. Ce sera sans doute l’étape la plus difficile, puisqu’elle consiste à sortir de notre toute puissance, à renoncer au mythe des technosciences qui travaillent à notre salut, pour envisager d’autres voies. Le tout, pour rendre notre empreinte sur terre plus légère, et, retour à la première question, s’inscrire à nouveau dans le temps long.

Les signes de ces changements sont déjà là et dans tous les domaines. L’aspiration à être mieux gouverné, par exemple, peut conduire dans un premier temps à faire triompher les populismes, qui proposent de mauvaises réponses aux vrais problèmes et s’adressent à nos peurs (le déclassement, le remplacement…). Elle peut aussi réinventer le lien entre citoyens et responsables politiques autour d’un nouveau pacte et de nouvelles pratiques : consultations régulières, participation citoyenne directe, ouverture de la classe politique à la société civile (etc.) en vue de son renouvellement, pour plus de légitimité…

Deuxième exemple, la révolution numérique. Impactant l’ensemble des secteurs de la vie des Hommes, elle balaye tout sur son passage. Elle fascine autant qu’elle inquiète. Mais c’est aussi une formidable opportunité. Elle a déjà contribué en moins de vingt ans à désenclaver l’Afrique. Elle lui a permis, tout autant que les politiques d’aide publique, d’être un acteur de plein exercice de son développement dans le contexte de la mondialisation. Pour nos économies, cette révolution, à la condition d’en clarifier les règles du jeu, peut être également un facteur de progrès majeur. La connaissance, via la recherche, mais aussi les échanges, occupe désormais une place centrale. Elle conditionne le succès ou le déclin des Nations. Et pour la France, terre d’ingénieurs et de grandes découvertes, c’est une bonne nouvelle !

Enfin, et ce n’est pas des moindres, l’environnement. Là aussi, le changement de paradigme est en cours. Nous avons toujours le pire : des mégalopoles asphyxiées, des terres arables rongées par l’avancée du désert, des conflits pour accéder à l’eau, la disparition d’espèces vitales à nos écosystèmes, la déforestation massive…Mais nous avons aussi désormais le meilleur : une prise de conscience collective et un foisonnement d’initiatives, qui nous invitent à revisiter nos modes de vie. Cette prise de conscience s’est traduite par deux résultats auxquels on ne croyait plus : un accord historique entre les deux principaux pollueurs de la planète, la Chine et les États-Unis, pour limiter leurs émissions de carbone ; la relance lors de la COP 21 à Paris d’un processus qui vise à enrayer les tendances actuelles en fixant un seuil de réchauffement à ne pas dépasser. Un fait pour illustrer le caractère réversible du chaos des hommes : la mer d’Aral, illustration absolue du désastre écologique, contre toute attente, après avoir perdu 75% de sa surface, est de nouveau en train de se reconstituer. Grâce à la volonté des hommes.

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Source: iris-france.org

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Sécuriser les objets connectés : et si le Big Data était la clé ?

D’ici 2020, la planète comptera plus de 30 milliards d’objets connectés d’après IDC. La question de la cybersécurité de ces objets est plus que jamais au coeur des débats. Les solutions de sécurisation pullulent sur le marché, mais a-t-on-simplement pensé au Big Data ?

L’Internet des objets peut potentiellement devenir l’une des plus importantes révolutions technologiques de ces dernières années, permettant aux entreprises de travailler plus intelligemment, plus rapidement et de manière plus rentable. Cela représente des opportunités infinies, et surtout, cela montre qu’un ecosystème à part entière est en train de se créer. C’est très différent du big data, car la plupart des entreprises considèrent que le big data est statique ; ce sont des données générées dans des logs qui n’ont d’utilité que là où ils sont, car il n’existe pas de connectivité. Avec l’Internet des objets, les données sont mobiles.

Un bon exemple du potentiel créé par l’Internet des objets est le travail réalisé par Deloitte et un fabricant de dispositifs médicaux qui souhaitait optimiser la gestion des maladies chroniques auprès de patients portant des dispositifs implantés. Ils ont établis des transmissions de données à distance à partir des stimulateurs cardiaques des patients. Les stimulateurs communiquent via la technologie Bluetooth à basse fréquence et contactent le fournisseur de soins de santé à l’aide d’un combiné. Grâce à cet objet connecté, le médecin pourra obtenir des informations en temps réel afin de mieux déterminer les protocoles de traitement.

Toutefois, pour que l’Internet des objets soit véritablement adopté et puisse tenir ses promesses, l’une des problématiques essentielles qui doivent encore être abordées est sa sécurité ainsi que celle de tous les éléments qui le composent. Avec des milliards d’objets et de terminaux connectés à Internet, dont notamment des voitures, des maisons, des grille-pains, des webcams, des parcmètres, des objets portables, des usines, des plateformes pétrolières, des réseaux d’énergie et des équipements lourds, l’Internet des objets multiplie brusquement la surface des menaces, augmentant le nombre de vulnérabilités et créant des millions d’opportunités pour les menaces et les attaques.

La récente attaque DDoS illustre les dangers alarmants et les risques associés aux appareils et aux composants non sécurisés de l’Internet des objets. Cela devrait certainement avoir pour effet une prise de conscience de la part des entreprises et des particuliers, et devrait les conduire à prendre des mesures fermes sur les questions de sécurité de l’Internet des objets. Selon une récente étude publiée par la firme de sécurité informatique ESET et la NCSA (alliance de cybersécurité), environ 40% des personnes interrogées aux États-Unis n’ont aucune confiance dans la sécurité et la confidentialité des objets connectés. Donc, ces questions de sécurité resteront sur le devant de la scène tant que les fabricants n’auront pas sérieusement supprimé les failles de sécurité, et que les entreprises n’auront pas renforcé leurs mesures de cybersécurité en interne pour détecter et contrer efficacement les futures menaces. Bien qu’il soit nécessaire de prendre en compte beaucoup de paramètres pour sécuriser l’Internet des objets (sécurité des terminaux, sécurité des réseaux, etc.), l’une des pièces clés du puzzle est de déterminer comment tirer parti des quantités massives de données générées en continu par les appareils.

Une approche axée sur les données pour empêcher les cyberattaques

Le big data peut jouer un rôle crucial dans la protection d’une entreprise et de ses actifs contre les cybermenaces. L’avenir de la lutte contre la cybercriminalité reposera sur l’exploitation des données à des fins de cybersécurité. Selon un récent rapport de Forrester, « la sécurité de l’Internet des objets signifie surveiller au moins 10 voire 100 fois plus d’appareils physiques, de connexions, d’authentifications et d’événements de transfert de données qu’aujourd’hui. Disposer d’une meilleure capacité de collecte de données d’événements et les analyser intelligemment grâce à d’énormes ensembles de données sera crucial pour la sécurité des systèmes connectés. »

Compte tenu de tout cela, les entreprises doivent réfléchir à deux choses pour se préparer à cette nouvelle ère…

La première est que nous devons repenser le périmètre de sécurité. Les récentes attaques qui ont mobilisé des objets connectés ont fait clairement apparaître le fait que le « périmètre de sécurité » est désormais plus conceptuel que physique. La nature en constante évolution de notre nouveau monde hyperconnecté conduit également à l’évolution constante des menaces. À mesure que la communauté technique continue de connecter le monde et de contribuer à des innovations qui améliorent la sécurité du domicile, améliorent les soins médicaux et transforment les transports, il est clair que les plus malveillants chercheront à exploiter ces mêmes innovations à des fins néfastes. Nous devons repenser le périmètre de sécurité alors même que la lisière des entreprises continue de s’étendre au-delà des frontières traditionnelles auxquelles nous nous étions habituées.

Ensuite, la détection des menaces doit s’adapter à la magnitude des objets connectés. Le monde continue de s’hyperconnecter, et le nombre d’événements de sécurité que toute entreprise doit stocker, consulter et analyser, augmente également de manière significative. Disposer d’une plateforme de cybersécurité capable de supporter des milliards d’événements est essentiel pour assurer la supervision totale de tous les appareils se connectant et accédant au réseau d’une entreprise. L’utilisation de technologies, telles que le Machine Learning, pour la détection d’anomalies permettra aux entreprises de continuer de détecter les comportements suspects sur les postes sans que des humains aient à examiner un nombre incalculable de faux positifs en raison de mauvaises signatures et corrélations entre les règles de sécurité. L’évolutivité couplée à L’Internet des objets sera la clé de la détection anticipée des menaces spécifiques à l’Internet des objets.

On le sait, d’ici 2020, la planète comptera plus de 30 milliards d’objets connectés. Pour tirer le meilleur de ces innovations révolutionnaires et éviter que ces dernières ne deviennent un cauchemar en termes de sécurité informatique, les organisations vont devoir muter pour apprendre à gérer, traiter, stocker, analyser et redistribuer un volume vertigineux de données en temps réel et en toute sécurité : et vous, êtes-vous prêt à prendre vos bonnes résolutions 2017 ?

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Source: journaldunet.com

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Le Big data dans la santé : quelles réalités et perspectives en France ?

Le Big data dans la santé : quelles réalités et perspectives en France ?

Loi de modernisation du système de santé, nouveau règlement européen sur la protection des données personnelles, consultation publique lancée par le ministère… l’année 2016 est marquée par une actualité politique et règlementaire à la hauteur des enjeux du Big data en santé. 

Depuis les années 1990, nous sommes entrés dans ce que l’on peut considérer comme la 4ème révolution industrielle, commencée avec l’émergence de « l’Internet des individus » et poursuivie depuis 2000 avec « l’Internet des objets », lié à l’apparition des terminaux mobiles, l’essor des objets connectés et le développement du Big data.

Issus de sources multiples (capteurs, réseaux sociaux, signaux GPS de téléphones mobiles, images numériques et vidéos publiées en ligne, enregistrements transactionnels d’achats en ligne…), les ensembles de données – ou Big data – sont tellement volumineux qu’ils en deviennent difficiles à travailler avec des outils classiques de gestion de bases de données. Nous générons chaque jour quelque 2,5 trillions d’octets de données, et il est prévu que cette « production » explose de 800 % d’ici cinq ans, selon les prévisions du cabinet Gartner. Preuve de cette croissance exponentielle, les données produites à la fois par les particuliers et les entreprises bénéficient, grâce au cloud computing, de capacités de stockage qui ne se comptent plus en octet ou en méga-octet, mais en teraoctet (10 octets puissance 12) ou en petaoctet (10 octets puissance 15).

L’ensemble du secteur de la santé sera fortement touché par le Big data. D’après Orange Healthcare, les données de santé devraient être multipliées par 50 d’ici 2020, par le biais notamment des développements de la génomique, des équipements médicaux connectés, de l’informatisation des dossiers patients, ainsi que de l’utilisation des applications mobiles santé et des capteurs d’activité.

Quels sont les enjeux du Big data pour les acteurs de la santé ?

Le premier enjeu est d’abord de nature économique, dans la mesure où le Big data peut apporter une réponse concrète aux défis des maladies chroniques et du vieillissement des populations. En démultipliant le pouvoir des données médicales et en abolissant les frontières entre disciplines, métiers, recherches et pratiques, le Big data devrait permettre d’exploiter intelligemment des données qui ne le sont pas jusqu’à présent et établir des corrélations qui ne sont pas envisageables par le cerveau humain. La science de l’analyse et des algorithmes (data analytics), l’intelligence artificielle et le cloud computing sont les clés essentielles à l’avènement d’une nouvelle médecine, à la fois prédictive, préventive, personnalisée et participative (dite « médecine des 4P »).

L’ensemble des pathologies et des situations médicales sont concernées par le Data mining et le Big data : pathologies chroniques, cancers, maladies neurodégénératives, maladies rares, soins d’urgence… Cependant, certaines situations se détachent. Les premiers domaines concernés par les usages et applications du Big data en santé sont, par les défis qu’ils représentent, les maladies chroniques, cancers et diabète en tête. Si l’on retient ce dernier domaine par exemple, le Big data permet de progresser sur la connaissance de la maladie, grâce au croisement des facteurs génétiques avec l’état de santé et les symptômes des individus. L’analyse croisée de tous les facteurs affectant la gestion de la maladie (éducation, traitements, santé mentale et soins) devient possible avec une grande richesse d’enseignements. D’autre part, le self-management des patients, rendu plus facile au quotidien grâce à l’IoT (Internet des Objets), change le rapport des patients à leur maladie et la nature de leurs relations avec les équipes soignantes. De nouveaux services de santé deviennent possibles pour mieux gérer la maladie et accéder aux soins plus facilement.

Autre domaine majeur, celui du cancer. Aux Etats-Unis, la Maison Blanche investit 1 milliard de dollars dans un nouveau “Cancer Moonshot” pour accélérer la recherche dans la détection, le traitement et la prévention de la maladie, en comptant sur les avancées majeures de la science des données pour marquer la différence par rapport aux précédents investissements dans ce domaine. Le gouvernement américain insiste sur le besoin de changements majeurs dans la façon dont les professionnels de santé et les établissements de soins appréhendent le cancer (600 000 décès et plus de 1 600 000 cas diagnostiqués par an). L’objectif de ce plan est de doubler le rythme des innovations, grâce à un plus grand partage des données issues de l’industrie pharmaceutique, des centres de recherche et des groupes de patients. Les champs de ces données sont larges : génétique, données issues des dossiers médicaux et banques de données tissulaires. Des logiciels et des solutions algorithmiques sont mis à disposition par des sociétés comme Tamr qui souhaitent soutenir le projet.

Les autres domaines prioritaires sont les maladies cardiovasculaires, les maladies mentales et, dans une moindre mesure, l’asthme. Les grands thèmes de santé publique comme l’identification des risques ou la gestion des populations représentent un autre champ privilégié. A ce titre, la détection et le suivi des maladies infectieuses émergentes (Ebola, Zika…) en constituent de parfaites applications.

La donnée va devenir un élément à part entière du patrimoine des organisations de ce secteur, qu’elles soient publiques ou privées. Elément qu’elles vont devoir valoriser, financièrement et commercialement. Ce marché prometteur de quelque 6 billions de dollars devrait progresser en moyenne de 25 % par an dans les cinq prochaines années. Dans le domaine de la santé, les défis à relever sont immenses : accès à l’information et droit d’exploitation, sécurisation et valorisation des données collectées, organisation et leadership sur ce marché émergent, enjeux éthiques…

Le secteur des données de santé s’organise autour d’une nouvelle chaîne de valeur

Face aux acteurs traditionnels de la santé, une myriade de nouveaux entrants apparaît et participe à la création de valeur autour de la donnée de santé : les GAFAM, les start-ups de la e-santé, les collecteurs, transporteurs et hébergeurs de données, les data scientists… L’arrivée de ces nouveaux acteurs inquiète certains. Mais force est de reconnaître qu’ils apportent aussi, par leur puissance industrielle, une expérience sans équivalent dans la collecte des données, la construction de nouveaux services et l’élaboration de nouveaux modèles économiques. D’autant que les acteurs traditionnels (laboratoires pharmaceutiques, fabricants de dispositifs médicaux, établissements de santé, assureurs santé…) ont pris le virage du numérique avec un certain retard et qu’ils manquent aujourd’hui de ressources humaines qualifiées (notamment des data scientists).

A l’échelle mondiale, le secteur du Big data s’organise autour d’alliances inédites permettant la migration de compétences, d’expertises et de soutiens financiers, sur fond d’innovations technologiques (cloud, hubs). Les innovations de rupture sont souvent portées par les nouveaux acteurs, qui multiplient depuis quelques mois les opérations de croissance externe et les partenariats stratégiques. Les Big Techs se lancent dans des acquisitions pour servir leur expansion stratégique dans le monde de la santé. A titre d’exemple, IBM, porteur du projet Watson, a racheté Merge Healthcare, Inovalon et Avalere. Mais les opérations les plus spectaculaires sont celles qui se nouent au niveau mondial entre laboratoires pharmaceutiques (Novartis, Sanofi, Teva, Novo Nordisk), leaders de l’Internet et Big Techs (Google, IBM, Qualcomm…). Citons l’exemple du suisse Novartis, qui a annoncé en janvier 2016 lors du CES de Las Vegas une collaboration avec l’américain Qualcomm. L’objectif est de connecter les inhalateurs « intelligents » de Novartis à la plateforme Life’s2net et au smartphone du patient. Cette solution est destinée aux malades atteints de bronchite pulmonaire chronique obstructive (BPCO). Le nouveau dispositif médical issu de cette collaboration devrait être commercialisé en 2019. Il permettra de rassembler de nombreuses données sur un Cloud (ex. : savoir combien de fois l’objet connecté a été utilisé). Il s’agit de permettre au patient de connaître sa consommation de médicament via son smartphone ou sa tablette et pour le professionnel de santé de surveiller son patient à distance.

Ces nouvelles alliances peuvent aller jusqu’à la création de véritables consortiums, à l’instar de celui créé par Johnson & Johnson, IBM et Apple. D’autres se concrétisent entre sociétés technologiques, comme Royal Philips et Amazon, Median Technologies et Microsoft… Reste à savoir, au-delà des seuls effets d’annonce, quelles solutions novatrices vont réellement émerger de ces partenariats.

Les initiatives et expériences se multiplient aussi en France

Il est intéressant de constater que face à l’émergence de ce nouveau secteur d’activité, largement dominé par les entreprises américaines, la France n’est pas en reste… A travers la loi de modernisation du système de santé adoptée en début d’année, notre pays s’engage dans le Big data en privilégiant la voie de l’Open data, perçue comme moins mercantile et plus proche de sa culture (même si l’Open data n’est aucunement synonyme de gratuité). Les acteurs institutionnels s’inscrivent en nombre au sein de ce nouvel écosystème pour apporter leur soutien en termes d’orientation (CNNum, FING, CNOM…) et de développement économique (DGE, commission TIC&Santé), tant au niveau politique (Etalab, CNIL) qu’opérationnel (ASIP Santé, Santé Publique France, INDS).

Parmi les initiatives les plus marquantes prises dans l’Hexagone, citons le programme pionnier Epidemium dans le domaine de la recherche contre le cancer, fruit d’un partenariat entre Roche Pharma et le laboratoire communautaire La Paillasse. De son côté, l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris travaille à la construction ambitieuse d’une base de données structurées, articulée avec celles des principaux organismes de recherche (INSERM, INRA et CNRS). Autre initiative, le partenariat en avril dernier entre Harmonie Mutuelle et Orange, dont l’objectif est de mutualiser des moyens financiers –  à hauteur de 1,2 million d’euros sur trois ans – et de proposer des services innovants destinés à améliorer l’accès aux soins et le maintien à domicile des personnes isolées ou malades. Le nouveau service Phony® constitue une première réalisation concrète de ce partenariat.

Les vrais leviers de développement du Big data ne seraient-ils pas plus politiques et juridiques que technologiques et économiques ? 

Les modèles économiques autour du Big data sont de mieux en mieux maîtrisés. L’interopérabilité des solutions technologiques se généralisera dès lors que chacune des parties prenantes y verra son intérêt. Le savoir-faire est là et la sécurité des systèmes d’information est amenée à progresser significativement, même si le risque zéro n’existe pas et que cette question sensible restera un point d’attention particulier pour les fournisseurs et hébergeurs de données, les éditeurs de logiciels et les décideurs politiques.

Alors finalement, les vrais leviers du Big data ne sont-ils pas avant tout politiques et juridiques ? Sur les questions de l’accès aux données et des conditions de leur exploitation, les instances politiques concernées doivent faire évoluer leur cadre de pensée et permettre les expérimentations tout en défendant l’intérêt des parties. Un jeu complexe mais essentiel.

Le nouveau règlement européen sur la protection des données personnelles, adopté le 27 avril dernier, définit le statut des données de santé et les conditions de leur utilisation en dehors de la collecte initiale, ouvrant de véritables perspectives, notamment pour les chercheurs. Le contrôle par les pairs de la bonne utilisation des données, encouragé par l’émergence de labellisations, marque un véritable changement de mentalité. Ce nouveau règlement devra être transposé en droit français d’ici deux ans. Ce délai permettra aux acteurs de reconsidérer leurs rôles vis-à-vis de la collecte et de l’usage des données de santé. La CNIL elle aussi verra ses missions évoluer pour devenir un organe de conseil et d’information, garant de la bonne mise en œuvre de ce règlement.

L’ambition politique, la capacité comme la rapidité à agir constitueront des facteurs essentiels à l’entrée de la France dans le Big data en santé, avec ce que celui-ci comporte de bénéfices au niveau économique, mais aussi de progrès dans la prise en charge des patients et la prévention des maladies. Rappelons cette annonce probablement prémonitoire de Vinod Khosla, fondateur de Khosla Ventures, lors du TechCrunch Disrupt de San Francisco en septembre 2013 : « dans les dix prochaines années, la science des données contribuera plus aux progrès de la médecine que l’ensemble des biotechnologies et des technologies médicales réunies. »

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: lesechos-etudes.fr

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La France, pays grippé et… malade de sa santé ?

Personnel en sous-effectif, lits indisponibles, services saturés : la sévère épidémie de grippe qui touche la France permet de mesurer l’incroyable malaise qui règne dans le système de soins français. Inquiétant ?

A chaque saison, ses pathologies. Le printemps a ses rhumes des foins, l’hiver a sa grippe. En langage journalistique, on appelle cela des « marronniers », ces sujets qui reviennent chaque année avec constance et régularité et dont l’intérêt provoque son lot de bâillements.

Mais cet hiver 2017, pardon ! La France connaît une épidémie de grippe record, sans doute comparable  à celle qui avait frappé le pays au cours de l’hiver 2014-2015, où près de 2,9 millions de personnes avaient été touchées.
Re-belote deux ans plus tard ?

Des malades entassés un peu partout

Aujourd’hui,  la puissance de l’infection est telle qu’elle arrive à gripper tout le système de soins français : hôpitaux surchargés, services saturés, malades entassés n’importe où (et parfois pendant vingt-quatre heures) en attente d’un lit disponible, personnel soignant épuisé et au bord de la crise de nerfs, etc.

Selon le bulletin épidémiologique publié par Santé publique France, l’épidémie qui a démarré il y a près d’un mois est désormais proche de son pic selon le Professeur François Bourdillon, directeur général de l’agence Santé publique France.
De quoi exaspérer les capacités d’accueil déjà saturées.

Depuis le début de l’épidémie, la part des hospitalisations après passage aux urgences pour grippe a été de 51 % pour les personnes de 65 ans et plus, souligne l’organisme.
On pourrait écrire que c’est du jamais vu.
Mais non.

Il ne s’agit que de la répétition d’un scénario éprouvé il y a quelques années, lors de la précédente crise sanitaire où — au cours de de l’hiver 2015-2016 — l’épidémie avait conduit à une surmortalité de 18 300 personnes, dont 90 % chez les plus de 65 ans. Aucune leçon n’a donc été tirée des événements passés ?

Depuis le début de l'épidémie, 52 personnes sont décédées en réanimation à l'hôpital. Durant la première semaine de janvier, l'incidence du virus <a href="http://recherche.irsan.fr/fr/documentation/index/voir/104-Analyse-du-09-jan.-2017-Grippe-seniors" target="_blank">a augmenté de 66,27 %</a> et continuera à progresser dans les semaines qui viennent, selon l'Institut de recherche pour la valorisation des données de santé (IRSAN).  

Depuis le début de l’épidémie, 52 personnes sont décédées en réanimation à l’hôpital. Durant la première semaine de janvier, l’incidence du virus a augmenté de 66,27 % et continuera à progresser dans les semaines qui viennent, selon l’Institut de recherche pour la valorisation des données de santé (IRSAN).
(Thinkstock photo)

France : gouverner n’est donc pas prévoir ?

Mercredi matin, la ministre de la Santé a appelé à reporter les opérations non urgentes pour désengorger les services hospitaliers. Elle a annoncé avoir donné  » instruction aux hôpitaux de déclencher immédiatement toutes les mesures nécessaires, y compris leur plan blanc, pour éviter toute saturation des urgences. Le bilan de l’épidémie sera probablement lourd, puisque le nombre de personnes malades est particulièrement important, mais le système de santé répond présent », a-t-elle ajouté.

Patrick Pelloux, président de l’association des médecins urgentistes de France, s’étrangle. Selon lui, les mesures d’urgence permettent de « gérer la pénurie » mais ne sont pas une « solution » à la « saturation du système de santé« . Le médecin  blâme « une trentaine d’années de négligence (…) des différents ministres des Finances, qui ont restreint toujours davantage les budgets aux hôpitaux« .

Une médecin interpelle la ministre

Sabrina Ali Benali, une jeune interne en médecine de l’AP-HP et membre du Parti de gauche, a décidé d’utiliser les réseaux sociaux pour exprimer sa colère. Sur un mode souriant et acide, elle juge que l’action de la ministre de la Santé durant l’épidémie de grippe se limite à « une opération de communication ».

En attendant une improbable réaction de la ministre concernée, la vidéo du médecin cartonne : elle comptabilise 8 millions de vues sur Facebook au 13 janvier.

52 % des 65 ans se sont fait vacciner

De son côté, la Confédération des Syndicats Médicaux Francais (CSMF) annonce qu’en quatre semaines « 784.000 personnes ont consulté un médecin de ville » en raison de la grippe. Selon le syndicat, l’engorgement actuel des hôpitaux s’explique notamment par : « Le manque de prévention et les messages contradictoires des pouvoirs publics sur la vaccination. Résultat, seuls 52% des 65 ans et plus se sont fait vacciner contre la grippe saisonnière 2015-2016, bien loin de l’objectif de 75% !« , et aussi, par
« le manque de moyens attribués à la médecine de ville en matière de prévention« .

Répondant aux nombreuses critiques qui mettent en cause les suppressions de lits d’hôpitaux pour expliquer les tensions actuelles, le gouvernement a affirmé que « depuis 2012, il y a 2.450 lits de médecine en plus et 2.830 lits de soins de suite et de réadaptation supplémentaires« .

« C’est insuffisant par rapport aux besoins de la population« , a rétorqué le Dr Pelloux, affirmant qu’encore aujourd’hui, lors des regroupements d’hôpitaux, le gouvernement exige de fermer « un tiers des lits« .

" Avec la T2A est venue l’apologie du « virage ambulatoire », visant à opérer les malades sans les garder pour la nuit. Cette généralisation des interventions en ambulatoire se traduit par une capacité moindre d’hospitalisation " dénonce Michel Tsimaratos, Professeur de médecine

 » Avec la T2A est venue l’apologie du « virage ambulatoire », visant à opérer les malades sans les garder pour la nuit. Cette généralisation des interventions en ambulatoire se traduit par une capacité moindre d’hospitalisation  » dénonce Michel Tsimaratos, Professeur de médecine
(Thinkstock photo)

L’exaspération de toute une profession

Dans une lettre ouverte publiée sur le site de Marianne , Michel Tsimaratos, Professeur de médecine en pédiatrie et néphrologie à l’Université Aix-Marseille, écrit que cette épidémie de grippe est un révélateur.  Elle est, selon lui,  la conséquence d’une politique irresponsable. Le médecin a ces mots :  » L’épidémie en cours met en lumière l’exaspération de toute une profession. Parmi les contraintes qui ont conduit à l’hôpital « grippé  » d’aujourd’hui, il y a d’abord la dictature des indicateurs chiffrés imposée par la tarification à l’activité, la T2A. Instituée en 2004, la T2A remplit les caisses de l’hôpital en fonction du nombre et du type de séjours de patients. Au début, la T2A a été perçue comme un levier de la performance, stimulant à la fois l’activité et la maîtrise des coûts. Mais l’hôpital est finalement devenu une entreprise sans en avoir la culture, entrant dans une spirale infernale qui a conduit à la dégradation de sa situation financière. « 

Concernant le nombre de lits disponibles, Michel Tsimaratos, plutôt que de polémiquer sur les chiffres, préfère citer les données d  l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes) :  » Les hôpitaux publics sont passés de 392 644 lits en 1981 à 256 051 lits en 2011, et les hôpitaux privés à but non lucratif de 70 479 en 2000 à 57 717 en 2011″.

Même constat pour Frédéric Valletoux, Président de la Fédération hospitalière de France (FHF). Dans un communiqué, il rappelle que « Les hôpitaux publics ont été contraints, ces dernières années, de réduire massivement leurs lits dans un mouvement souvent non accompagné de réorganisations territoriales. Rappelons que l’objectif cible du plan triennal était de 16. 000 lits supprimés. La politique d’économie au rabot atteint ainsi ses limites, de même que la politique de fragilisation des lits de soins d’aval conduite dans de nombreux territoires« 

Enfin, le quotidien Le Parisien  révèle que le nombre de morts sur la dernière semaine de 2016 « est bien supérieur à la moyenne, déjà habituellement élevée en janvier« . Un diagnostic confirmé par l’Observatoire européen de la mortalité, dont les derniers chiffres sont tombés jeudi.

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Santé : la télémédecine gagne du terrain en Afrique

L’innovation est la principale réponse aux problèmes que vivent les africains. C’est également le cas du secteur de la santé qui profite du développement des TIC dans le continent. Une tendance qui a donné naissance, depuis quelques années, à un nouveau secteur qui a de beaux jours devant lui.

En matière de santé, l’Afrique n’arrive toujours pas à se donner les moyens de ses ambitions. Malgré les récentes améliorations dans les services sanitaires, la santé d’une grande proportion d’Africains ne s’améliore toujours pas. Si l’Afrique subsaharienne compte 11% de la population mondiale, elle porte 24% de la charge mondiale de morbidité. Pour équilibrer ce déficit, certains pays se sont appropriées les nouvelles technologies pour combler les carences dans le secteur de la santé, mais souvent, le nouveau remède ne prend toujours pas. Selon le rapport du cabinet de services de recherches et d’information basé en Inde, Ken Research, intitulé « Perspectives et opportunités en matière de télémédecine en Afrique », les gouvernements des pays africains ont joué un rôle de soutien dans la mise en œuvre des politiques de santé en ligne, mais ces efforts ne vont pas jusqu’au bout.

En attendant le business modèle idéal…

Au Kenya, en Afrique du sud, au Ghana comme en Nigéria, des politiques publiques, souvent soutenues par des ONG, ont initié plusieurs projets de la télémédecine. Une tendance qui a été encouragée par l’augmentation du niveau de pénétration des services mobiles et Internet, ainsi que par le nombre croissant de programmes de sensibilisation. Cependant, cela n’a guère contribué à donner une impulsion positive à la croissance du secteur. Parmi les raisons citées par le document : le manque d’infrastructures appropriées en matière de TIC, problème de rassemblement de données à travers plusieurs plateformes en raison du manque d’uniformité des données, de dossiers de santé incomplets du niveau le plus bas des établissements de santé, manque de personnel technique pour soutenir les initiatives de cyber-santé… sont autant de freins au développement de ce secteur.

Mais ce n’est pas uniquement une question de problèmes de gouvernance de la part des pouvoirs publics. Le public partage en effet la responsabilité avec les acteurs privés. Selon les analystes de Ken Research, les startups qui déploient ces solutions n’ont toujours pas trouvé le bon business model. Autrement dit, étant donné que les services de télémédecine sont offerts à un coût négligeable dans la plupart des pays, il est très difficile de monétiser la plate-forme jusqu’à ce qu’une entreprise offre une prestation de services de meilleure qualité. Le rapport recommande ainsi aux sociétés proposant des services de cybersanté ou de télémédecine de « proposer certains services premium pour gagner des revenus afin de pouvoir investir pour le développement de ses services ».

Certains pays en avance

Le tableau n’est pas totalement noir. Dans certains pays, grâce à une alliance des parties prenantes (gouvernement, société civile, secteur privé…), l’activité a de beaux jours devant elle. Au Kenya par exemple, l’entrée en jeu d’acteurs étrangers conjuguée aux efforts du gouvernement du pays, devrait doper la croissance de ce nouveau marché. Le gouvernement prévoit d’établir la cybersanté dans cinq hôpitaux du pays, ce qui améliorerait le système de santé du Kenya en augmentant la probabilité d’un diagnostic précis, en fournissant des informations et en rendant disponibles de nouvelles options de traitement.

En Afrique du sud, malgré un démarrage lent, la télémédecine représente un outil pour soutenir la prestation de soins de santé en particulier dans les régions rurales du pays. La loi ne permet pas une communication directe entre citoyens et médecins, mais la conversation entre les médecins opérant dans des hôpitaux ruraux avec un spécialiste aiderait également à un meilleur diagnostic. Mieux encore, la télémédecine a suscité l’intérêt parmi les universitaires, les chercheurs, les entreprises privées et les professionnels de la santé. Un intérêt qui ne pourra que se traduire avec de nouvelles innovation dans le secteur. D’ailleurs, la cybersanté « mobile », une innovation qui permet aux citoyens de disposer d’un diagnostic pour les infections mineures ainsi que des conseils en matière de santé à partir de leurs smartphones, rencontre un énorme succès dans le pays.

Mais reste des cas de pays comme le Nigeria ou l’Ouganda, où les projets de cybersanté mis en œuvre n’ont jamais dépassé le stade de projet pilote, à part quelques rares exceptions. Les raisons sont multiples. Parmi celles-ci leur manque de durabilité, le déficit de l’implication des parties prenantes, le faible financement ou encore l’absence d’un système commun pour intégrer plusieurs systèmes dans le pays.

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L’enseignement médical sous influence en France

Aucune faculté de médecine n’encadre les interactions entre enseignants, étudiants et firmes pharmaceutiques.

Zéro: c’est la note désastreuse obtenue par les trois quarts des facultés françaises de médecine à la première évaluation des moyens mis en œuvre pour protéger leurs étudiants des conflits d’intérêts. L’étude, dont les résultats ont été publiés mardi dans la revue scientifique Plos One , est à l’initiative du Formindep, une association qui milite pour une formation et une information médicales indépendantes.

Les universités surveillent-elles les petits cadeaux et repas offerts par les entreprises de médicaments ou de dispositifs médicaux? Comment sont encadrées les interventions des représentants de l’industrie? L’université délivre-t-elle des formations sur les conflits d’intérêts? Les enseignants déclarent-ils leurs liens d’intérêts aux étudiants? Ont-ils le droit de recevoir des honoraires privés? De s’adonner au «ghostwriting», cette pratique qui consiste à signer une étude scientifique sans y avoir pris part?…

Entre mai et décembre 2015, les auteurs de l’étude ont évalué treize critères, basés sur ceux de l’Association américaine des étudiants en médecine qui, depuis 2007, mène tous les ans son enquête. Une intiative qui a conduit à une amélioration fulgurante, puisqu’en 2014, plus des deux-tiers des facultés américaines avaient établi des règles. Une proportion qui continue d’augmenter chaque année. Sept ans plus tôt, les résultats avaient pourtant été aussi médiocres que ceux obtenus en 2015 en France.

Silence des doyens

Pour chaque item, les universités ont été notées sur une échelle allant de 0 à 2, 0 signifiant une absence de prise en charge, 1 l’existence d’une politique modérée et 2 celle d’une politique stricte.«Nous avons commencé par chercher sur Internet d’éventuelles chartes et règlements intérieurs, mais nous n’avons rien trouvé», raconte au Figarole Dr Jean-Sébastien Borde, coauteur de l’étude et néphrologue à l’hôpital Saintonge, à Saintes. Les chercheurs ont alors écrit aux doyens des universités afin de s’assurer qu’aucun document ne leur avait échappé.

Ces entretiens ont permis de révéler que seules neuf universités avaient commencé à mettre en place un embryon de politique d’encadrement

Seules trois universités ont répondu à la missive: Lyon Est, Angers et Toulouse Purpan. Avec 5 points sur 26, la première obtient la meilleure place du classement. Dans son courrier, l’université lyonnaise a rappelé son opposition à l’organisation d’examens par les firmes pharmaceutiques, ce qui, bien qu’interdit, a toujours lieu de manière détournée, selon Jean-Sébastien Borde. L’université d’Angers, sur la seconde marche du podium, a précisé l’existence d’un enseignement optionnel sur les conflits d’intérêts pour les étudiants de quatrième année, tout en indiquant que, «compte tenu de la situation financière actuelle, les universités ne pouvaient se passer des financements privés». Ce que fait pourtant l’université de Lyon Est. À Angers, les événements financés par les entreprises pharmaceutiques sont autorisés, à condition qu’ils ne soient pas estampillés comme des enseignements. Quant à l’université de Toulouse Purpan, elle a fait savoir qu’elle ne donnerait pas d’information, en raison du caractère jugé illégitime de la démarche.

Une zone de non-droit

Faute d’obtenir des réponses de la part des responsables d’université, les auteurs de l’étude se sont tournés vers des enseignants et des étudiants. Ces entretiens ont permis de révéler que seules neuf universités avaient commencé à mettre en place un embryon de politique d’encadrement ou bien à dispenser une formation sur les conflits d’intérêts. Par ailleurs, aucune université n’impose à ses enseignants de déclarer leurs liens d’intérêts, alors même que cette démarche est obligatoire depuis mars 2016. «Nous ne voulons pas pointer du doigt un individu, mais un système», met en garde Jean-Sébastien Borde.

«Plusieurs études montrent que cela a des conséquences importantes sur la prescription des futurs médecins»

Dr Borde, coauteur de l’étude et néphrologue à l’hôpital Saintonge, à Saintes

«Les entreprises ont une charte qui régit les relations de leurs représentants avec les médecins, mais les facultés, elles, n’ont même pas le début d’une réflexion sur ce qui est acceptable ou non», s’exaspère le Dr Borde, en précisant que le but n’est pas de couper les liens avec les firmes, mais de les encadrer.

«Aux États-Unis, de nombreuses facultés de médecine ont introduit des réglementations plus strictes des conflits d’intérêts. (…) Nous pensions que de telles mesures avaient été prises en France, suite au scandale sanitaire du Mediator, survenu en 2009-2010», écrivent les auteurs. Force est de constater que, dans l’Hexagone, l’université est encore une zone de non-droit.

Si les notes attribuées aux universités semblent à première vue d’une sévérité excessive, elles sont symptomatiques de certains dysfonctionnements sanitaires. «Aujourd’hui, la présence des laboratoires dans les universités n’est pas un sujet, car la plupart des professeurs ont des liens d’intérêts et considèrent que cela ne les influence pas, explique le Dr Borde. Or plusieurs études montrent que cela a des conséquences importantes sur la prescription des futurs médecins.»

Avec cette étude, le Dr Borde et son équipe espèrent susciter une prise de conscience, tant de la part des étudiants que des doyens. «Cette année, nous avons prévu de mener une nouvelle évaluation de ce type dans les centres hospitaliers universitaires, où l’influence des firmes sur les étudiants en stage est plus importante», conclut le Dr Borde.

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Source: sante.lefigaro.fr

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La prolifération de CRISPR nous mène-t-elle vers un nouvel équilibre de la terreur ?

CRISPR-cas9

Pendant la guerre froide, ce que l’on craignait par-dessus tout c’était qu’une bombe atomique ne nous tombe sur la tête. L’équilibre de la terreur était maintenu entre les grandes puissances détentrices de l’arme nucléaire. Chacun se tenait par la barbichette et tout, finalement, allait très bien. Une nouvelle guerre froide est en train de se profiler à notre proche horizon. Il ne s’agit pas ici de bombe atomique mais de bombe génétique. Les progrès technologiques que nous observons chaque jour – avec notamment le CRSPR-Cas 9 – vont, selon certains observateurs, scinder le monde en deux camps opposés. Ceux qui refuseront toute manipulation sur l’humain au nom de principes éthiques ; et ceux qui y verront l’occasion de créer de toute pièce une humanité augmentée, améliorée, invincible. Le théâtre des opérations serait en train de se former sous nos yeux, en ce moment.

Nous parlons souvent de CRISPR dans nos colonnes. Nous suivons ses évolutions, ses expérimentations, nous alertons sur ses enjeux et ses risques. Mais comme une image vaut mieux que mille mots, nous vous recommandons de regarder cette vidéo (https://youtu.be/jAhjPd4uNFY) relayée par le site Science-post. Elle est pédagogique, relativement complète mais nul doute, qu’après son visionnage, un goût amer s’installera dans votre bouche. Une étrange inquiétude.

Oui, les outils de manipulations génétiques dont nous disposons aujourd’hui et encore plus ceux qui se profilent dans les laboratoires pour demain matin seront bel et bien en mesure de modifier l’espèce humaine. Face à cette issue, deux possibilités s’offrent à nous : soit réguler, soit récupérer. Réguler cela signifie laisser aux États, aux organisme internationaux, le soin de décréter ce qui est bien et mal dans ces recherches, ce qu’il faut brider ou cesser immédiatement au nom du bonum humanum comme le disait Hans Jonas. Principe responsabilité oblige. Mais cette position soulève, aussitôt qu’on l’évoque, des questions sur le droit d’interrompre la science, de brider le progrès. Cette interrogation est d’autant plus justifiée que CRISPR est une technologie duale qui est en capacité de résoudre la plupart des maladies dont l’humanité est hantée et peut-être même aussi la vieillesse.

L’autre possibilité est de récupérer ces technologies pour asseoir son pouvoir ou sa puissance. Nous avons récemment évoqué le risque de dissémination de ces outils dans les univers terroristes. Mais au niveau des États aussi, les tentations peuvent être grandes d’améliorer physiquement sa population, son armée, pour prendre des avantages décisifs sur le reste du monde.

Le futurologue d’obédience transhumaniste, Zoltan Istvan, s’est livré au jeu des scénarios dans un article publié dans Motherboard. Il déclare d’emblée « La technologie d’édition génétique n’a pas d’effets dangereux immédiats. Pourtant, elle promet de créer autant de dissensions au sein de l’humanité que 70 ans de prolifération nucléaire ». Selon lui, deux camps vont s’opposer. D’un côté, la Chine et ses armées de scientifiques qui ont emprunté, bride abattue, le cheval de bataille de la révolution génétique et font fi des susceptibilités éthiques des occidentaux. Ils ont été les premiers à expérimenter CRISPR sur des embryons humains. De l’autre côté, les États-Unis, dirigés dès le 20 janvier prochain par des conservateurs chrétiens qui affirment que l’Homme doit demeurer tel que Dieu l’a créé.

Pour Zoltan Istvan, nul doute que c’est dans cette opposition que germeront « les graines d’un grand conflit futur, qui se traduira à coup sûr par des manifestations de masse, des émeutes, et même une guerre civile ». Si, d’un côté, la Chine décidait d’accroître la force et l’intelligence de ses enfants grâce à des manipulations génétiques (ce qui sera du domaine du possible dans moins de dix ans) et si d’un autre côté, les américains décidaient de rester naturels et de bannir toute intervention génétique destinée à modifier l’humain, pour se mettre en accord avec la volonté supposée de Dieu, alors « un conflit majeur à l’échelle de l’espèce humaine éclatera rapidement ».

Le monde se divisera en deux populations : ceux qui seront « augmentés » et les autres. Fermera-t-on les frontières à ces nouveaux humains ? Les enfermera-t-on dans des camps ? Les exterminerons-nous ? Et vice-versa, les nouveaux humains accepteront-ils la présence de vestiges d’une espèce ancienne à leurs côtés ? Ce scénario laisse libre cours à toutes les paranoïas…

Il n’en demeure pas moins que réguler ou pas, mettre en place des moratoires sur les recherches génétiques ou tâcher de contrôler ce qui se passe dans les laboratoires semble vain. CRISPR-Cas 9 s’achète aujourd’hui en kit pour moins de 100 $ sur Internet. Partout dans les laboratoires du monde, des apprentis sorciers s’exercent à ces manipulations. Le mouvement est lancé. Le danger ne viendra pas forcément des États, mais des zones obscures de la société.

Alors faut-il prôner, comme le propose Istvan, une autre voie, celle de la libéralisation de la recherche partout, aux États-Unis comme en Chine et ailleurs ? Une « bonne vieille compétition scientifique » dit-il et « voyons quel pays est capable de proposer les meilleures améliorations à ces citoyens, et partageons ensuite ce que nous aurons créé de mieux pour faire en sorte que les peuples soient aussi égaux que possibles ». Ce vœu pieux appelant à concilier la paix et le progrès scientifique est-il viable ? Ou seulement possible ? Sommes-nous condamnés à entrer dans une nouvelle guerre froide avec comme enjeu décisif, l’espèce humaine elle-même ? La question reste entière et mérite d’autant plus d’être posée dans nos sociétés atteintes par le doute, l’inquiétude et le rétrécissement de leur horizon prédictif.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: Up-magazine.info

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