Vaccin : un patch plutôt qu’une seringue

Inventée en 1953 par un médecin écossais, la seringue va-t-elle finir par disparaître de l’arsenal vaccinal ? Un doux rêve pour les phobiques, esquissé par une étude publiée dans la revue scientifique The Lancet.

Les auteurs ont testé un patch de vaccination contre la grippe. Une alternative à la classique injection intramusculaire, qu’ils espèrent tout aussi efficace mais plus simple à mettre en œuvre, moins chère et mieux acceptée.

Développé à l’Institut de technologie Georgia à Atlanta (États-Unis), le dispositif est composé d’une bande adhésive, abritant un patch doté de 100 micro-aiguilles de 650 micromètres de long. Appliqué sur la peau pendant vingt minutes, il permet d’«injecter » un vaccin (ici, celui contre la grippe de l’hiver 2014-2015). Les aiguilles se dissolvant dans la peau, le patch peut être jeté à la poubelle sans autre forme de précaution.

Des médecins du Centre de vaccination Emory (Atlanta) ont recruté» 100 participants de 18 à 49 ans, en bonne santé et n’ayant pas été vaccinés contre la grippe durant l’hiver 2014-2015. Ils ont été divisés en 4 groupes : la moitié étaient vaccinés avec le patch, appliqué soit par un soignant, soit par eux-mêmes  ; un quart recevaient le vaccin par injection intramusculaire  ; le dernier quart se voyaient appliquer un patch avec un placebo.

Améliorer la vaccination

Les effets indésirables ont été légers et transitoires dans tous les groupes vaccinés (avec patch : sensibilité, rougeur, démangeaison  ; avec injection : sensibilité, douleur). L’autoapplication s’est avérée aussi efficace que l’application par un soignant, et 70 % des «patchés» ont déclaré préférer ce mode de vaccination. Avantage du patch, précisent les auteurs : même après 12 mois conservés à 40 °C, «les trois souches vaccinales continuaient à remplir les spécifications » requises par les autorités sanitaires. Une qualité non négligeable dans les pays en voie de développement, où le respect de la chaîne du froid est un défi logistique. «L’Organisation mondiale de la santé estime qu’en Afrique, la moitié des vaccins utilisés sont défectueux parce qu’à un moment donné, la chaîne du froid a été rompue », déclarait ainsi en 2013 lors d’une conférence à Edimbourg Mark Kendall, ingénieur en biomédecine à l’Université du Queensland (Australie) et développeur du Nanopatch, dispositif vaccinal composé de nano-aiguilles.

Plus accessible et à moindre coût pour les systèmes de santé, plus simple si la chaîne du froid n’a pas à être respectée et mieux accepté par les phobiques des aiguilles, le patch pourrait améliorer la vaccination antigrippale, espèrent les auteurs. Cet hiver en France, moins de la moitié des plus de 65 ans ont été vaccinés , selon l’Institut national de veille sanitaire, avec des conséquences sanitaires importantes (hospitalisations, décès…).

Quant à l’efficacité du vaccin, elle serait la même : les volontaires vaccinés par patch présentaient, 28 jours plus tard, le même taux d’anticorps que ceux ayant reçu l’injection. «Des études précliniques chez l’animal ont parfois montré(…) une efficacité plus grande, précisent même les chercheurs, mais cet essai humain n’était pas assez puissant pour montrer de telles différences.»

En théorie, la voie cutanée est en effet une meilleure cible vaccinale que la voie intramusculaire. «Les muscles sont faits pour se contracter, la peau pour protéger l’organisme», explique Béhazine Combadière, immunologiste et directrice de recherches à l’Inserm. «Les cellules de l’immunité sont très nombreuses au niveau de la peau car c’est une zone d’échange avec l’extérieur», détaille le Pr Odile Launay, directrice du Centre d’investigation clinique de vaccinologie Cochin-Pasteur, qui a participé à la relecture de l’article avant sa publication dans le Lancet. Les vaccins délivrés par cette voie pourraient donc être plus efficaces à moindre dose et avec moins, voire, pas d’adjuvants.

«Mais ça reste de la théorie et cela dépend beaucoup du vaccin, tempère Béhazine Combadière. Ici, les auteurs n’ont mesuré que les anticorps. Or la réponse immunitaire est un phénomène très complexe avec tout un ensemble de processus. L’immunogénicité (capacité à induire une réaction immunitaire, NDLR) peut être supérieure, mais cela ne veut pas dire que la protection sera meilleure.»

Le Pr Philippe Sansonetti, médecin et chercheur en microbiologie à l’Institut Pasteur, imagine un autre avantage des dispositifs intradermiques : «Il y aura à terme moyen de moduler localement la réponse pour programmer une immunisation plutôt “systémique” ou plutôt “muqueuses”». On pousserait alors le système immunitaire à «concentrer ses troupes» là où le pathogène contre lequel on vaccine aime à se concentrer.

Limiter et simplifier les injections

Rien en théorie ne s’oppose à ce que d’autres vaccins soient délivrés par patch. «Cela a été testé pour l’hépatite B chez des non-répondeurs à la vaccination intramusculaire, et contre la rage en Asie. C’est très intéressant pour le vaccin contre la grippe qui doit être refait chaque année, car cela limite le nombre d’injections et simplifie le parcours de vaccination, note le Pr Odile Launay. Dans nos pays, je ne vois en revanche pas trop l’intérêt pour d’autres vaccins, en particulier les vivants qui marchent très bien en sous-cutané.»

Reste que «les dispositifs d’injection intradermique font vraiment partie des systèmes appelés à améliorer l’administration des vaccins», s’enthousiasme Philippe Sansonetti. «Une vingtaine de dispositifs par micro ou nano-aiguilles sont en cours de développement», note d’ailleurs Béhazine Combadière.

Source : Le Figaro santé. Lire l’article dans son intégralité ici.

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