Six ans de conflit en Syrie: la santé devient une arme de guerre

La guerre civile entre en Syrie dans sa 7e année. Elle a fait 320 000 morts et 145 000 disparus. Elle a aussi innové dans l’horreur, en faisant de la santé un objectif de guerre, détaille une étude de l’université américaine au Liban publiée dans la revue médicale The Lancet. Une « innovation » qui risque de créer un précédent pour les conflits à venir.

Jamais les infrastructures de santé n’avaient été autant ciblées dans un conflit, en particulier par le régime de Bachar al-Assad et ses alliés russes et iraniens. « La Syrie est devenue l’endroit le plus dangereux sur terre pour ceux qui assurent des soins de santé» , affirment les chercheurs de la faculté de médecine de l’université américaine de Beyrouth, dont l’étude vient d’être publiée dans la prestigieuse revue médicale britannique The Lancet.

Publiée pour marquer le sixième anniversaire du conflit syrien, l’étude utilise des données issues de sources variées afin d’évaluer l’effet de la guerre sur le secteur médical et ses acteurs. Le constat est terrifiant, au point que les chercheurs ont forgé le concept de « weaponisation » de la santé.

Weaponisation ? Un terme qui désigne une situation « dans laquelle les établissements de santé sont attaqués, les travailleurs sont visés, la neutralité médicale est oblitérée et les lois humanitaires internationales sont violées pour limiter ou empêcher l’accès aux soins comme une arme de guerre ».

199 attaques d’hôpitaux en 2016

Selon l’enquête, 814 personnels médicaux ont été tués entre mars 2011 et février 2017, un chiffre « largement sous-estimé » selon le professeur Samer Jabbour, coauteur de l’étude. Après 90 attaques sur des hôpitaux en 2015, l’année 2016 a vu cette tendance augmenter (199 attaques). « Avec le temps, le ciblage est devenu plus fréquent, plus évident et plus étendu géographiquement […] Ce niveau de ciblage des installations de santé n’est apparu dans aucune autre guerre dans le passé », estime Samer Jabbour.

À Hama, dans l’ouest de la Syrie, l’hôpital Kafr Zita Cave a ainsi été bombardé 33 fois depuis 2014. À Alep-Est, l’hôpital M10, dans le quartier d’Al Sakhour, a été la cible de 19 attaques en trois ans, et détruit en octobre par des avions russes et des hélicoptères syriens.

Conséquence : les médecins et autres membres du personnel médical ont été amenés à improviser une « médecine de siège ». Les opérations sont effectuées à l’aide de la lumière de téléphones mobiles ; des unités de production de d’éléments essentiels, comme la solution saline, ont été créées sur place car les fluides intraveineux sont systématiquement retirés des convois autorisés à entrer dans les villes assiégées.

Tués par des maladies faciles à soigner

Les hôpitaux et les blessés de guerre, combattants ou civils, ne sont pas les seuls à souffrir du ciblage systématique du système de santé. Des milliers de Syriens sont aussi décédés prématurément, notamment dans les zones rebelles assiégées, de maladies normalement aisées à soigner, parfois même bénignes. Pourquoi ? Parce que le système entier s’est effondré. En 2009, il y avait 29 927 médecins en Syrie. Entre 2011 et 2015, on estime que 15 000 médecins ont quitté le pays. Résultat : l’étude estime que 27 % des Syriens n’ont accès à aucun soin.

Source: Ouest-France. Lire l’article ici.

Lire l’étude publiée dans le Lancet ici (anglais).

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Un commentaire pour Six ans de conflit en Syrie: la santé devient une arme de guerre

  1. EDR dit :

    A reblogué ceci sur lexdih.

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