2017-2022 : investir dans la santé !, par Alain Coulomb

Pour Alain Coulomb, le président de Coopération santé, cinq progrès sont particulièrement attendus.

Alain Coulomb est le président de Coopération santé, ancien directeur de la Haute autorité de santé.

Absente des campagnes présidentielles précédentes, la santé fait cette fois-ci une entrée en fanfare. Le mérite en revient au candidat issu de la primaire de la droite et du centre dont la prise de position sur la place respective de l’assurance-maladie obligatoire et des complémentaires a soulevé de vives inquiétudes. Preuve s’il en était besoin de l’attachement de nos concitoyens à un système garantissant l’accès aux soins de tous, au moment où les besoins autant que les innovations évoluent très fortement.

Cinq progrès sont particulièrement attendus.

Résoudre le déficit sur la prévention et la santé publique. Notre approche française reste trop exclusivement curative alors que nous pourrions beaucoup mieux faire : épargner des vies et des souffrances, pas si mal ! Le financement n’est pas seul en cause. Il faut changer de culture et de pratiques. C’est l’affaire de tous, dans tous les milieux de vie.

Répondre à la très forte augmentation des besoins de coordination et d’accompagnement des patients et de leurs proches, qui découlent du vieillissement massif de la population où les personnes âgées comme leurs aidants se sentent trop souvent abandonnés, alors que les outils innovants du numérique, ou plus anciens, comme les solidarités de proximité, résoudraient bien des difficultés.

Répondre aux besoins spécifiques largement insatisfaits du secteur médico-social, notamment face aux situations de handicap tellement délaissées comme l’autisme ou plus généralement la santé mentale.

Favoriser les innovations qui restent expérimentales sans perspectives de généralisation. Notre pays innove en santé : certains territoires en témoignent en mobilisant les ressources nouvelles du numérique et du digital. Mais il n’y a pas de logique de généralisation à grande échelle, comme s’il n’y avait pas de vision d’avenir !

Enfin, il y a encore de trop fortes résistances à l’innovation organisationnelle. Les obstacles en sont bien connus : financements et formations en « silo », double pilotage du système de santé, trop faible prise en compte de l’expérience des patients.

Nous avons pourtant plusieurs bonnes raisons d’investir dans la santé.

La santé est un facteur de croissance

La santé est un facteur de progrès. Des guérisons inespérées sont encore possibles. Aujourd’hui dans l’hépatite C, demain dans le cancer. Les innovations se combinent entre elles : dispositifs médicaux, miniaturisation, nanotechnologies, numérique, digital. Réparer le vivant va devenir une opportunité de plus en plus répandue pour améliorer non seulement l’espérance de vie, mais les conditions optimales d’une vie avec la maladie.

La santé est un facteur de cohésion sociale : en effet, l’accès universel aux soins constitue un des éléments de la cohésion sociale, avec l’accès universel à l’éducation et à l’expression politique, par exemple. Le bon état de santé d’une population est autant la condition du développement économique que le résultat de la juste diffusion de ses progrès.

La santé est un facteur de croissance, tant au plan national qu’international. L’excellence sanitaire française existe : grandes premières, bases de données, accès aux soins de tous, innovation numérique.

La santé est un facteur de citoyenneté : pas de prévention sans responsabilisation individuelle et collective, par exemple. L’amélioration de l’état de santé individuel et collectif a des effets au-delà de la seule chaîne de soin : compétitivité, performance, mieux-vivre, recul des incapacités.

C’est un véritable changement de logiciel qui est attendu

Investir dans la santé est donc nécessaire et utile. Parce qu’elle est au cœur de la transformation sociale si nous savons dessiner un projet qui l’insère dans une trame cohérente et intelligible des révolutions technoscientifiques en cours, de l’économie de la créativité et de l’intelligence répartie en réseaux. Cependant, nous n’y parviendrons pas sans, pour une période donnée, dans l’attente d’un retour sur investissement, orienter les dépenses à la hausse. C’est un véritable changement de logiciel qui est attendu : plus d’investissement n’a de sens que s’il y a plus de visibilité. D’où la nécessité d’une loi de programmation quinquennale qui sécurise les acteurs du soin. Mais les ressources supplémentaires et la visibilité seront tenues en échec si les initiatives dans les territoires ne sont pas libérées : la centralisation atteint des limites qui remettent trop souvent en cause la nécessaire adaptation des politiques publiques. Enfin, l’ajustement de l’offre doit se faire avec les citoyens. L’analyse de l’expérience des patients doit être le moteur du changement, comme le montrent les expériences étrangères.

Investir dans la santé doit être l’horizon des cinq années qui suivront l’élection présidentielle. Il s’agit d’abord des conditions de vie des hommes et des femmes de ce pays. Mais il s’agit aussi de la nation tout entière qui se montre attachée à un haut niveau d’accès aux soins de santé et de prévention, car elle comprend bien qu’il se joue là une part importante de son identité collective, y compris dans l’échange international.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: la-croix.com

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