Construire pour la santé, c’est réunifier notre vision de l’humain

Au moment où le débat public porte sur la place de la santé dans notre pays, il est essentiel que les professions de la construction prennent conscience de leur rôle majeur sur ce chantier.

Parmi les grandes tendances démographiques à l’œuvre dès aujourd’hui, la croissance mondiale de la population soulève des défis liés à la mondialisation des risques épidémiologiques et sanitaires. Par ailleurs, dans nos sociétés occidentales, la fragilisation à venir de la génération du baby-boom, implique une demande croissante de bien-être, de qualité de vie et de bien vieillir. En somme, on sent poindre en Europe une préoccupation liée à la satisfaction qualitative des besoins primaires comme se nourrir, se loger et se soigner. Par ailleurs, la révolution numérique, en décloisonnant les savoirs, donne à chacun accès à une masse de données extraordinaires, ouvrant ainsi la voie à une santé « collaborative ».

Sur ce panorama et dans un contexte de financement public contraint apparait la nécessité sociétale pour les individus de prendre en main leur santé. En quelque sorte, « chacun devient autoentrepreneur de sa santé » comme le déclarait récemment à l’Express le médiatique Docteur Saldmann. Si trente minutes d’exercice physique par jour réduisent en effet de 40 % les risques de cancer, de maladies cardiovasculaires et d’Alzheimer, alors le mode de vie va devenir essentiel et la prévention, un paradigme nouveau pour les professionnels de santé.

Pour nous autres, architectes et ingénieurs, cela pose un défi de taille. Dans cette perspective, les modes de déplacement dans l’espace urbain, la configuration du lieu de travail, mais aussi les matériaux d’équipement de loisirs et de sport deviennent autant d’occasions d’envisager notre métier comme au service de la qualité de la vie humaine, tout en participant à l’émergence et à l’expérimentation de nouveaux modèles économiques.

Pour autant, si la culture de la prévention et la qualité du mode de vie sont, en amont, les déterminants de la santé de demain, il reste à envisager le moment de la prise en charge effective des soins médicaux, dans des lieux qui eux aussi sont appelés à évoluer.

Ainsi, les principaux candidats à l’élection présidentielle française, ont-ils détaillé récemment au cours d’auditions leur attachement au développement et à la construction de maisons médicales et de structures de petite urgence pour répondre aux enjeux de réactivité et de proximité. En effet, la place du numérique, de l’intelligence artificielle et de la palette de technologies que l’on regroupe sous le nom de e-santé permet de redessiner l’environnement hospitalier autour du bien-être du patient et d’améliorer l’efficacité de l’hôpital, en le décloisonnant.

Aujourd’hui en France, plus de 3,2 millions d’interventions chirurgicales sont réalisées chaque année en mode ambulatoire et ce chiffre est appelé à exploser dans un avenir proche. Cela nécessite de revoir l’organisation du bâtiment hospitalier, en termes d’accès, d’accueil et de services. En termes de construction, cela ouvre des voies intéressantes vers le bâtiment modulaire et flexible, capable de s’adapter rapidement et en continu. À ce titre, le CHRU de Lille et plusieurs entrepreneurs du domaine de la santé dans le Nord-Pas-de-Calais ont revisité la chambre d’hôpital. En créant un espace connecté, il est devenu possible d’améliorer les conditions de bien-être et d’autonomie des patients dans ce qui est appelé l’hôpital du futur. Autre exemple récent : le Médipôle de Lyon-Villeurbanne, avec plus de sept cents lits, a été pensé autour de l’ambulatoire en regroupant toutes les spécialités médicales et chirurgicales sur un plateau technique de plus de 2000 m², apportant les dernières innovations en matière de prise en charge du patient.

Comme le souligne par ailleurs Martin Hirsch, dans une interview à la chaire de recherche de l’APHP, l’hôpital de demain « doit être intégré, afin de ne pas penser seul sa projection dans le futur, mais être partie prenante des évolutions de l’environnement plus large dans lequel il s’inscrit ». En termes urbanistiques, cela implique une vision globale du territoire et de l’implantation des infrastructures de santé, décentralisées, mais centrées sur le patient.

Une approche symbiotique de l’environnement de santé nécessite donc à la fois toute la sensibilité créative de l’architecte et toute l’expertise technique de l’ingénieur. C’est de cette synergie retrouvée que jaillira la créativité qui a jalonné l’évolution de nos sociétés. Ces deux métiers qui n’en faisaient qu’un à la Renaissance ont commencé à prendre chacun leur chemin à la charnière du XVIIe et du XIXe siècle. Aux architectes la conception des palais, des églises et des hôtels particuliers et aux ingénieurs les ouvrages de défense et les travaux de génie civil.

En ce début de XXIe siècle, où transhumanisme et biotechnologies interrogent les parcours de vie, il y a autour de la santé un défi où les professions d’architectes et d’ingénieurs peuvent réinventer une manière de travailler ensemble, au service de l’humain.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: lesechos.fr

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