La médecine est-elle encore libérale ?

Médecine (Crédits : Adrian Clark, licence CC-BY-ND 2.0)

Pourquoi le système de santé en France est en crise ? Comment remettre sur pieds un régime en voie de décomposition ?

Après les médecins urgentistes, puis les généralistes, voici les infirmiers, le personnel de soins et les étudiants en manifestation contre le sort que leur réserve le Ministère de la Santé. Ce n’est qu’un nouvel épisode de la lente agonie de notre système public. Livré à la désorganisation, à l’absentéisme, puis aujourd’hui à la compression des budgets. Derrière tout cela, deux causes principales : manque de personnel qualifié, mauvaise gestion. La solution ? Libérer la médecine et l’hôpital.

La situation de notre système de santé

Un article récent de l’IRDEME (Emploi 2017, 2 novembre) fait le point de cette situation. En l’an 2.000, la France était considérée par l’OMS comme le pays au meilleur système de santé de l’OCDE. Aujourd’hui tous les critères convergent : c’est la déroute. Les effectifs de personnels de santé pour 1.000 habitants sont parmi les plus faibles et les hôpitaux publics sont obligés de recruter bon nombre de médecins étrangers, souvent des Africains.

Pour 1.000 habitants, il y a en France 3,4 médecins et 7,7 infirmiers, à comparer avec la Suisse, qui culmine à 3,8 et 14,1, ou les États-Unis ou la Suède, et même avec les Allemands (3,7 et 9,7). Seule la Grande Bretagne, empêtrée dans son National Health Service, fait moins bien pour les médecins (2,4) mais mieux pour les infirmiers (9,1).

La France se caractérise encore par un surcroît de prescriptions et de consommation de médicaments. Les médecins prescrivent en moyenne 4,5 médicaments par ordonnance, contre 0,8 dans les pays scandinaves. En antibiotiques, par exemple, la France est à 41 % au-dessus de la moyenne européenne.

La médecine est-elle encore libérale ?

L’explication du déclin est à deux vitesses. D’une part, la médecine a été socialisée par le monopole de la Sécurité Sociale, la liberté des honoraires n’existe pas, et l’État a bloqué le secteur à honoraires libres et les dépassements d’honoraires. Si on y ajoute la fiscalité personnelle, on comprend que la profession libérale ne tente plus qu’une grosse moitié des praticiens (130.000 sur 230.000) ; ils cherchent à se salarier et à travailler en free lance affectant souvent une partie de leur temps libéré à des missions humanitaires.

La désertification médicale est devenue un drame dans de nombreux départements ruraux. D’autre part, la socialisation a entraîné l’irresponsabilité généralisée, puisqu’on s’est écarté de la logique assurancielle pour lui préférer la redistribution (les bien-portants payent pour les malades). Du côté des patients comme des prescripteurs, il n’y a aucune modération de la consommation médicale.

Le poids du public

Le dysfonctionnement du système de soins a pour foyer principal l’hospitalisation publique. Sa gestion est grevée par le statut du personnel : l’emploi à vie incite à l’irresponsabilité, qui se traduit par une moindre productivité, une moindre cohésion et un absentéisme record. Cette mauvaise performance du secteur public est due principalement à deux éléments : la structure de l’appareil hospitalier français, et le fait que le personnel soit fonctionnarisé.

Les hôpitaux publics sont de trop faible taille pour être rentables et offrir des prestations et des équipes de qualité. Un tiers des hôpitaux publics a moins de 30 lits (contre 9 % des privés) et la distance moyenne à l’hôpital est de 35 km (contre 100 en Suède !). Ce mitage hospitalier est ruineux. Dans les hôpitaux publics, les directeurs sont paralysés dans leur gestion et ont affaire à des syndicats extrêmement revendicatifs : « mission impossible » dit Philippe François de l’IFRAP. Une comparaison des deux secteurs, en termes de personnel, est très révélatrice : pour 1.000 lits, il y a au total 30% de personnel médical ou technique en plus dans le secteur public et trois fois plus d’administratifs.

La mesure détaillée de ce sureffectif du public par rapport au privé montre qu’il représente : 59 % pour les infirmiers spécialisés, 21 % pour les infirmiers non spécialisés, 49 % pour les aides-soignants, 251 pour le personnel administratif ! La tendance est inverse pour les personnels techniques (6 employés pour 1.000 lits dans le public et 15,6 dans le privé), mais est-ce une bonne chose ?

Cela n’empêche pas le ministère de la Santé Publique de pénaliser les hôpitaux et cliniques privés : au lieu d’aligner la gestion du public sur le privé, on fait l’inverse. La solution est évidemment dans la privatisation et la concurrence : un système de soins performant, moins coûteux, à la portée de tous, et des praticiens et soignants de qualité.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: contrepoints.org

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