Pourquoi la télémédecine peine-t-elle à se développer en France ?

Le développement de la télémédecine est un des axes majeur du plan e-santé 2020.

Manque d’incitation financière, projets de télémédecine qui peinent à se diffuser,… Les professionnels de santé reconnaissent des efforts faits en faveur du développement des actes médicaux à distance, mais estiment que le chemin est encore long.

« Déverrouiller » la télémédecine en France, tel est leur credo. Mercredi 16 novembre, la Fédération hospitalière de France (FHF) et la Société française de télémédecine (SFT) ont signé un partenariat pour accélérer la promotion et la mise en place d’initiatives en télémédecine. Les deux organisations comptent mettre « en place des axes de coopération » afin de « favoriser le déploiement de la télémédecine » au sein des établissements hospitaliers, notamment.

Qu’apporte la télémédecine ?

Mais pourquoi accélérer dans la télémédecine ? Selon la définition donnée par le ministère de la Santé, celle-ci est définie par acte médical à distance que l’on peut diviser en cinq catégories : la téléconsultation (consultation d’une patient), la télé-expertise (sollicitation de l’avis de plusieurs professionnels médicaux), la télésurveillance médicale (interprétation des données médicales), la télé-assistance médicale (assistance d’un professionnel pour la réalisation d’un acte), et la réponse médicale (pour éviter les prises en charge inutiles par les urgences). Sur le papier, la télémédecine est donc censée pallier partiellement les déserts médicaux, aider les établissement à réaliser des économies, améliorer l’efficacité du parcours de soin, ou encore réduire le temps de prise en charge des patients et éviter celles qui sont inutiles. Elle peut en outre favoriser le transfert des connaissances médicales.

Il est difficile de connaître les économies précises réalisées par la télémédecine si elle est appliquée globalement. Les quelques études existantes sont souvent réalisées par des entreprises, comme IBM, elles-mêmes impliquées plus ou moins directement dans la télémédecine.

Quelques exemples précis peuvent toutefois pris en compte. Selon Pierre Simon, auteur du livre « Télémédecine: Enjeux et pratiques », le coût des patients déplacés et hospitalisés pour insuffisance cardiaque grimpe à 2 milliards d’euros par an. La télémédecine permettrait de réduire la durée de séjour moyen et donc diminuer les dépenses (un milliard d’euros d’économies, assure-t-il).

Beaucoup d’expérimentations, une diffusion générale qui tarde à venir

En 2013, 331 dispositifs de télémédecine ont été recensés, la plupart sous l’égide des Agences régionales de santé. Ces projets ne sont pas coordonnés et développés au niveau national pour le moment. Certaines expériences sont néanmoins largement diffusées, à l’image du dispositif « télé AVC » (système pour améliorer les délais d’accès aux soins des patients présentant une suspicion d’accident vasculaire cérébral), présent dans plus de 100 établissements.

Une diffusion accélérée se profile dans les années à venir. Dans son plan e-santé 2020, la ministre de la Santé Marisol Touraine veut focaliser une grande partie de l’action sur cette pratique médicale avec le développement « de nouvelles applications de suivi à distance« . Par ailleurs, l’article 47 du PLFSS 2017 engage l’Etat à financer les expérimentations de télémédecine pour une année supplémentaire, mais également à les « élargir » à l’ensemble du territoire.

Un manque de motivation financière pour les professionnels de santé

La plupart des acteurs de la santé dont la FHF sont d’accord pour dire que « l’absence de rémunération pérenne et stable pour les actes de télémédecine » empêche son développement. « Il n’y a pas d’incitation tarifaire pour pousser les établissements à faire le choix des téléconsultations, plutôt qu’un accueil en séjour hospitalisation ou en urgence », explique par exemple David Gruson, délégué général de la FHF.

Mais les revendications divergent.

« La télémédecine est considérée comme un acte médical, mais le système de facturation n’est pas aligné dessus. Les facturations des actes de télémédecine restent forfaitaires et discrétionnaires. » Selon lui, il faut « aligner la facturation sur l’acte physique plutôt que privilégier le forfaitaire » pour encourager la pratique. Un statu quo, « freinera les projets médicaux partagés qui se mettent en place en régions », prédit-il. Pour rappel, les Groupements hospitaliers de territoires GHT prévoient de mettre en place des « stratégies médicales et soignantes de territoire, orientées par les besoins de santé de leur bassin d’implantation ». Dix millions d’euros ont été investis par le gouvernement en 2016 pour la mise en place des GHT.

Du côté de l’Ordre des médecins, on considère que la rémunération doit comprendre une forfaitisation et un paiement à l’acte, notamment pour le suivi des maladies chroniques. Et selon eux, « il est nécessaire que les dotations financières aux établissements de santé intègrent l’activité télé médicale. »

Autre son de cloche du côté de Pierre Simon, auteur du livre « Télémédecine: Enjeux et pratiques » et ancien président de la Société française de télémédecine. Il estime qu’« il faut intégrer les pratiques dans le cadre d’un forfait, du fait de la prise en charge spécifique des maladies chroniques. Les médecins doivent évoluer dans ce sens ».

« L’Assurance Maladie considère la télémédecine comme un médicament »

Mais pourquoi les institutions françaises n’accélèrent pas dans la télémédecine ci celle-ci est efficiente ? Pierre Simon a un avis tranché sur la question : « L’Assurance Maladie considère la télémédecine comme un médicament, elle demande des évaluations médico-économique comme on les demande pour des molécules. C’est une erreur La télémédecine est une organisation. »

Et d’ajouter : « Il faut des modèles médico-économique qui évaluent une organisation, et non une action, un outil qui pourrait se substituer au médicament. »

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: latribune.fr

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