Santé : la digitalisation est en marche

La digitalisation des établissements de santé et des cabinets médicaux est en marche depuis plusieurs années. Celle-ci s’est intensifiée avec, entre autres, les obligations de télétransmissions des données administratives, la mise en place du dossier informatisé de chaque patient qui alimentera son Dossier Médical Partagé (DMP) lorsque la réalisation de ce dernier sera (enfin) partout effective, et l’obligation d’utilisation des logiciels d’aide à la prescription (LAP) certifiés.

Les objets connectés dans le domaine du « bien-être » comme le sport, puis de la santé sont d’apparition plus récente, englobés dans le concept de e-santé. Celui-ci regroupe une multitudes d’applications à orientation médicale, plus ou moins validées en terme de pertinence, fiabilité et qualité.

Ce concept a d’abord été adopté par les patients puis par le corps médical qui commence à en apprécier l’utilisation et entrevoir les champs immenses d’applications, en particulier via la collecte de masses de données de santé, constituant un « big data » porteur de d’espoir d’une exploitation scientifique jusque là impossible.

Les Sociétés de Services et d’Ingéniérie Informatique (SSII) ont très largement profité de ces évolutions en créant une offre large dans tous ces domaines, sans véritables cahiers des charges médicaux, parfois étiquetée « validée » par des médecins dont l’expertise n’était pas toujours renseignée.

Prenons l’exemple des Logiciels d’Aide à la Prescription (LAP) qu’ils soient utilisés en cabinet ou à l’hôpital.

La Haute Autorité de Santé (HAS) a dû édicter une certification pour les LAP en raison de l’apparition de défauts plus ou moins graves pour les patients résultants soit d’erreurs liées aux progiciels, soit de mauvaises manipulations des utilisateurs peu ou pas assez formés, mais aussi contraints à utiliser une ergonomie souvent difficile, en tout cas aux antipodes de leurs habitudes professionnelles.

Malgré cette certification obligatoire, de nombreux LAP souffrent encore d’une adhésion difficile des médecins, non pas que ceux-ci ne soient pas convaincus de leur intérêt en terme de sécurité, mais parce qu’ils ne correspondent pas à la logique d’un métier dont le long apprentissage a façonné une méthode de raisonnement et des pratiques spécifiques.

De nouvelles sources d’erreurs, pas obligatoirement de la « faute » du progiciel, sont apparues alors qu’elles ne pouvaient exister avant l’informatisation : par exemple, un médecin ne pouvait pas écrire autre chose que ce à quoi il pensait, alors qu’il peut très bien cliquer un autre médicament avant ou après le sien dans une liste de valeurs.

De façon moins dramatique, mais faisant perdre du temps aux utilisateurs, les concepteurs n’ont souvent pas proposé de différence d’utilisation entre un service de gériatrie où les traitements, donc les prescriptions ne sont que très épisodiquement modifiées, et un service de chirurgie où les prescriptions de tous les patients doivent être réalisées le jour de leur intervention et ensuite modifiées chaque jour en fonction de leur évolution.

Enfin ils ont oublié (ou ne le savaient pas) qu’un traitement n’est pas uniquement médicamenteux et qu’il faut prescrire des mobilisations, des réfections de pansements, des compensations de drainages, des examens biologiques et tenir à jour une observation médicale. D’où le cas fréquent de devoir faire les prescriptions médicamenteuses dans un logiciel, les demandes d’examens complémentaires dans un autre et écrire l’observation… à la main.

Il est donc essentiel que des médecins soient présents d’un bout à l’autre de la chaine de fabrication d’un progiciel, non pas parce qu’ils connaissent la programmation, mais parce qu’ils doivent valider toutes les étapes depuis la conception de l’architecture et des champs d’application en fonction des cas médicaux d’utilisation, les interfaces homme – machine (IHM), jusqu’à la navigation dans le progiciel.

L’expertise des sociétés éditrices de progiciels médicaux doit s’associer à celle des médecins, car ce sont eux in fine qui connaissent les problématiques, les enjeux de sécurité et de qualité et qui sauront mieux que quiconque analyser les données et améliorer les pratiques.

La mise en place de nouveaux services comme le suivi externalisé des patients opérés en ambulatoire ou traités à domicile pour des pathologies chroniques doit suivre la même logique.

Il ne s’agit pas seulement de permettre aux « clients » médecins de paramétrer l’application. Il faut leur assurer que ce qu’ils auront à utiliser pour surveiller leurs patients, analyser leurs réponses, les colliger dans leur dossier et les exploiter à des fins de publications et d’amélioration des pratiques aura été correctement conçu dès le début pour ne pas attendre une nième version poussée par la découverte post-commerciale d’usages spécifiques à une profession.

Les progrès continus de la chirurgie permettent maintenant de pratiquer des interventions complexes suivies d’un retour au domicile le même jour.

Cette apparente facilité doit s’accompagner d’un suivi sans faille pour assurer la sécurité et la qualité de la prise en charge. Il faut donc que l’équipe médico-chirurgicale en charge du parcours de leurs patients soit assurée que tout ce qu’elle souhaitera obtenir pour ces suivis soit réalisable au sein du progiciel qu’elle aura choisi.

Une de ces garanties sera que sa conception s’est faite à l’aide de personnes du même métier, soumises aux mêmes exigences.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source : http://www.theconnectedmag.fr/sante-digitalisation-marche/

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