L’émergence d’une médecine à deux vitesses préoccupe la majorité des Français

En juin 2016, le think tank Imaginons la santé (LIR) livrait les résultats de son sondage, réalisé avec Ipsos, sur notre système de santé. Et le diagnostic est très réservé : les inquiétudes des Français concernent l’accès aux soins selon le sondage du LIR. Conséquence, les délais avant un rendez-vous sont en hausse, comme le font remarquer les Français.

Ces derniers se montrent particulièrement insatisfaits des délais d’attente avant d’obtenir un rendez-vous chez un médecin spécialiste (86 %) et un examen médical approfondi (76 %). De plus, ils dénoncent le manque de coordination des rendez-vous à l’hôpital et affirment pour 42 % d’entre eux, que la communication entre médecin et hôpital est inexistante.(1)

Système de santé à deux vitesses : simplifier l’accès aux soins

Dans ce contexte, le think tank Imaginons la santé (LIR) vient de lancer le Forum France Santé 2017 dont le premier colloque s’est articulé autour de trois enjeux : la réponse aux maladies chroniques, la qualité des soins pour les patients et la pérennité du système. Parmi les partenaires, le Forum pour la gestion des villes et des collectivités territoriales, Carte Blanche Partenaires ou la Fédération Hospitalière de France ont tenu à interpeller les candidats à l’élection présidentielle afin qu’ils s’engagent sur le terrain de la santé.

Car on est bien loin du fameux « parcours coordonné », pierre angulaire de l’organisation de notre système de soins. Certes, la réorganisation de la carte hospitalière est actuellement en cours afin de pallier aux « déserts médicaux ». Mais la réflexion ne doit pas se limiter à cela. Il s’agit de mobiliser l’ensemble des acteurs et de créer de nouvelles synergies au profit des patients, comme en appelle Pascal Chauvet, infirmier libéral et vice-président de la Fédération française des maisons et pôle de santé (FFMPS). Ce dernier est largement revenu sur les regroupements entre les professionnels qui se multiplient en France. « Mais ce regroupement n’est pas obligatoirement physique », rappelle Pascal Chauvet qui s’est exprimé en faveur de l’élargissement des compétences des infirmiers et de la mise en place de pratiques avancées. « Les infirmiers sont à bac + 3, les médecins à bac + 10. Il faudrait créer des parcours à mi-chemin ou créer des doctorats en soins infirmiers », précise-t-il.

Les pratiques médicales de demain semblent reposer sur la coordination entre médecins spécialistes et médecins généralistes, le développement des réseaux de soins, l’établissement des liens entre les soignants de ville et les soignants de l’hôpital. Avec un objectif : la qualité des soins.

Une meilleure prise en charge pour tous

Selon l’étude menée par le LIR-Imaginons la santé, plus de 50 % des Français estiment que leurs enfants seront moins bien soignés qu’eux-mêmes. 93 % des interrogés anticipent d’ailleurs une forte dégradation du système, tels que le déremboursement de nombreux traitements et actes de santé. Une personne sur deux estime même que cette détérioration pourrait aller jusqu’à une diminution de l’espérance de vie. Et au vu de la conjoncture économique actuelle et du désengagement de l’État, une question se pose : comment faire mieux avec autant ?

Chacun doit faire un pas vers l’autre pour plus de qualité et afin d’enrayer les inégalités croissantes. C’est sur ce sujet que les attentes des Français sont les plus fortes, notamment en matière optique : les équipements sont parmi les plus chers à acquérir rappelle Jean-François Tripodi le directeur général de Carte Blanche Partenaires, le réseau de soins ouvert qui a lancé une offre baptisée Prysme, proposant des paires de lunettes sans reste à charge, distribuées par des opticiens partenaires.

Jean-François Tripodi s’est en particulier exprimé sur l’amélioration de la prise en charge des patients : « information, accompagnement et efficience sont les maîtres-mots ». Le directeur de Carte Blanche Partenaires en a également profité pour soulever une question épineuse, à savoir la nécessité de « lever le tabou de l’évaluation » et de permettre aux patients d’avoir des informations sur l’efficience des professionnels et des établissements qu’ils fréquentent. Une manière de mieux orienter les patients et de leur permettre d’accéder aux meilleurs soins en fonction des pathologies.

À la clef, Étienne Minvielle, directeur qualité à Gustave Roussy, précise que cette meilleure coordination est un atout dans la maîtrise les coûts de santé. Il souligne les « gaspillages » liés aux dysfonctionnements : des examens sont parfois opérés en double voire en triple, mais aussi « des dépenses de santé [qui] pourraient être économisées ». Il estime encore que « sur les 81 milliards de dépenses engendrées par les maladies chroniques, nous pourrions sans problème aller chercher 4 à 5 milliards ».

Investir le champ de la santé 2.0

Enfin, le Forum France Santé 2017 a mis à l’honneur un sujet crucial, celui des nouvelles technologies qui permettent dans certains cas, d’éviter ou de retarder l’arrivée dans la maladie. Il s’agit également d’accélérer la mise en place de nouveaux modes d’accompagnement, comme le propose Renaissance Numérique, un think tank à l’origine d’un libre blanc sur la santé numérique. Son vice-président, Guillaume Buffet, explique qu’« aujourd’hui 18 % des Français surveillent leurs données de santé. Pour une technologie qui n’a que trois ans c’est énorme. ».

En effet, la fracture digitale s’estompe et les Français de tous âges, sont favorables au partage des données médicales entre les professionnels de santé qui suivent un même patient. Guillaume Buffet, insiste également sur un point : une bonne intégration de la santé connectée permettrait de transformer le patient en véritable acteur de la santé publique. « Les professionnels doivent accepter d’avoir perdu la main. La révolution numérique bouleverse la structure pyramidale traditionnelle : des professionnels de santé ‘sachants’ qui diffusent leur savoir vers la base. Il n’y aura pas d’innovation possible sans bouleverser cette hiérarchie », conclut Guillaume Buffet.

Nul doute qu’une mutation profonde est en train de s’opérer : les pratiques évoluent comme la relation entre le patient et le corps médical. Et les exemples internationaux ne manquent pas. Au Québec, la santé numérique est déjà bien implantée à l’instar de la téléortophonie, qui permet de « connecter » professionnels de santé et patients, qui ne se situent pas dans un même espace géographique. Aux élus et aux acteurs du système de santé français, d’avoir suffisamment d’audace afin d’accompagner la réforme de notre modèle de santé.

Source: Consoglobe. Lire l’article dans son intégralité ici.

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