Que nous réserve LA MÉDECINE DU FUTUR ?

Imagerie médicale de plus en plus sophistiquée, développement de la télémédecine, amélioration des traitements du cancer, percées dans la recherche sur les cellules souches… : la médecine progresse de façon spectaculaire. Que sera-t-elle dans dix ans ? Et dans vingt ans ? Petit tour des avancées qui ont déjà commencé à transformer la société, notamment en abaissant la mortalité chez les personnes âgées.

La montée régulière de l’espérance de vie au XXe siècle a d’abord reposé sur la baisse de la mortalité des enfants et des jeunes adultes. Puis, dans la seconde moitié du siècle et surtout à partir des années 70, la lutte contre les maladies cardiovasculaires a fait reculer la mortalité des personnes âgées, accélérant le vieillissement de la population. En France, les plus de 65 ans représentent désormais près d’un quart de la population et l’on compte plus de 13 000 centenaires, contre 200 en 1950.

Si la plupart sont en bonne santé, c’est grâce à une meilleure hygiène, à une meilleure alimentation et surtout aux progrès de la médecine. Des avancées importantes se sont produites cette dernière décennie, notamment dans le domaine des maladies à grand risque de mortalité, comme les maladies cardio­vasculaires et les cancers. Les campagnes pour promouvoir une bonne hygiène de vie, les dépistages plus précoces (cancer du sein) et les médicaments plus performants ne sont pas étrangers à ce phénomène. Les progrès de l’imagerie médicale permettront bientôt d’établir des diagnostics plus précis et la médecine régénératrice s’emploiera d’ici quelques années à reconstruire des tissus et des organes à partir de cellules souches (lire l’encadré « Des cellules souches… »).

En ce qui concerne le cancer, devenu première cause de mortalité, de récentes statistiques montrent que le nombre de nouveaux cas a augmenté de 89 % entre 1980 et 2005, passant de 170 000 à près de 320 000*. Le nombre de décès n’a cependant augmenté que de 13 % (130 000 en 1980 et 146 000 en 2005), ce qui montre les progrès réalisés dans la prise en charge de la maladie, par l’effet conjoint de diagnostics plus précoces et de traitements plus efficaces.

Vers des traitements personnalisés…

Dans les années à venir, des progrès fulgurants sont attendus dans le traitement des cancers. Alors qu’aujourd’hui de nombreuses « chimios » bombardent aussi bien les cellules saines que les cellules malignes, les futurs médicaments anticancéreux cibleront précisément les gènes ou les protéines responsables de la prolifération des cellules cancéreuses. Comment ? « En faisant le portrait moléculaire de chaque tumeur, répond le professeur Gilles Vassal, directeur de la recherche clinique et translationnelle à l’institut cancérologique Gustave-Roussy. Il s’agira de décrire toutes les anomalies au niveau des protéines et des gènes caractérisant la tumeur et de proposer au patient des médicaments qui cibleront spécifiquement ces anomalies. » Il existe déjà une quinzaine de traitements ciblés, dont l’herceptine : ce médicament est un anticorps dirigé contre la protéine HER2, responsable d’une forme très agressive de cancer du sein.

A l’avenir, fera-t-on systématiquement le portrait moléculaire de la tumeur avant d’envisager un traitement ? « Oui, affirme le professeur Vassal, ce sera le cas pour une grande partie des tumeurs, hormis celles qui peuvent guérir par chirurgie seule ou par radiothérapie. Ces portraits moléculaires vont identifier de nombreux sous-groupes de patients. Certaines anomalies ne se retrouveront par exemple que dans 1 à 3 % des cancers du sein. In fine, nous aurons des thérapies à la carte. Ce sera : un patient, une tumeur, un traitement. »

Dans les cinq dernières années, une quinzaine de thérapies ciblées ont obtenu leur autorisation de mise sur le marché (AMM). De nombreuses molécules sont testées : plus de cinq cents chaque année en cancérologie, même si elles ne parviennent pas toutes jusqu’aux malades.

… et évalués par l’image

Avoir des traitements ciblés, cela veut dire non seulement prélever un échantillon de la tumeur pour en analyser par des techniques sophistiquées les protéines et les gènes anormaux, mais aussi utiliser l’image pour comprendre in vivo ce que sont ces anomalies. Mieux : il est possible de visualiser en direct l’effet de certains médicaments. On sait depuis quelques années qu’un des moyens de traiter une tumeur est de s’attaquer aux vaisseaux qui la nourrissent, mais jusqu’à présent on prescrivait les médicaments (dits antiangiogéniques) à l’aveugle et, pour en vérifier l’efficacité, on mesurait la tumeur par scanner après deux ou trois mois de traitement. A l’institut Gustave-Roussy, le docteur Nathalie Lassau, responsable du service d’échographie, a développé des techniques d’échographie à l’aide d’un produit de contraste permettant d’évaluer en quinze jours à un mois l’efficacité du traitement. D’où un double bénéfice : pour le patient, qui ne sera plus traité inutilement pendant deux ou trois mois si le produit est inefficace (sans parler des effets secondaires), et pour la Sécu, d’autant que ces traitements coûtent cher : comptez 5 000 euros par mois. Le docteur Lassau a donc été missionnée par le ministère de la Santé pour évaluer, avec l’aide de l’Institut national du cancer, le coût de cet examen et voir ce que cela apporte aux patients en termes de coût-efficacité. « Mon objectif, souligne-t-elle, est de valider cette technique, de la standardiser et de la faire reconnaître au niveau international. »

En attendant, elle a déjà formé soixante-cinq radiologues, travaillant dans vingt centres anticancéreux français, et commencé une étude au niveau européen. Pour quels cancers cette technique est-elle valable ? « Pour toutes les formes de cancers métastasés et tous les médicaments, explique le docteur Lassau, sauf ceux concernant le poumon et le cerveau, qui sont plus difficiles à visualiser à l’échographie. »

Côté cœur, des avancées permanentes

Durant la dernière décennie, de multiples progrès ont également été réalisés dans le domaine des maladies cardiovasculaires, dont le taux de mortalité a baissé, passant au deuxième rang après celui des cancers. Un exemple : la mortalité liée à un infarctus du myocarde a été réduite de moitié en dix ans.

Au tableau d’honneur de la spécialité : la pose de stents, ces petits ressorts introduits dans un vaisseau pour maintenir un calibre suffisant et éviter qu’il ne se bouche. Les stents récents contiennent un médicament à diffusion locale qui en renforce l’effet et diminue la fréquence de la resténose (vaisseau à nouveau bouché). Du côté de la chirurgie, les techniques mini-invasives ont gagné du terrain : on pratique de petites incisions pour y glisser une mini-caméra et les instruments chirurgicaux. Cette chirurgie moins lourde est bénéfique aux malades, qui s’en remettent plus vite. Dernier exploit, le remplacement d’une valve du cœur malade par une valve artificielle en passant par la voie fémorale : le cardiologue interventionnel fait glisser la valve dans l’artère fémorale à l’aide d’un fin tuyau souple (cathéter). Réalisée en première mondiale en 2002 par le professeur Cribier au CHU de Rouen, cette intervention a récemment reçu le feu vert du ministère de la Santé pour être réalisée dans trente-trois centres médico-chirurgicaux. Chez les malades dont les artères sont trop étroites ou en mauvais état, la valve peut être mise en place par une chirurgie mini-invasive. Ces nouvelles techniques s’adressent à un petit nombre de patients âgés et à très haut risque chirurgical ou considérés jusque-là comme inopérables.
Les progrès attendus en cardiologie concernent tous les domaines : des médicaments plus efficaces pour lutter contre les thromboses (anticoagulants, antiplaquettaires), des stents résorbables, des stimulateurs cardiaques et des pacemakers compatibles avec l’IRM, ce qui est assez rare aujourd’hui**. Par ailleurs, les avancées constantes de l’imagerie cardiovasculaire : appareils plus petits, meilleure résolution de l’image, images en 3D, voire en 4D (3D plus prise en compte du temps) pour les examens visualisables en temps réel (échographie cardiaque), permettront des diagnostics plus sûrs, donc des prises en charge plus rapides et plus efficaces.

Comment le cardiologue pourra-t-il choisir entre les différentes options ­thérapeutiques : médicament, stent, pontage, chirurgie lourde ? « Il est exceptionnel qu’un cardiologue travaille seul, même en cabinet de ville, affirme le professeur ­Pascal Guéret, chef du service de cardiologie à l’hôpital Henri-Mondor à Créteil. Il peut toujours solliciter l’avis de ses correspondants privilégiés dans le public ou le privé. » La télémédecine balbutiante ­permet déjà de partager des informations, des dossiers, des clichés d’examens entre services hospitaliers et cabinets pour établir des diagnostics à distance, en particulier dans le domaine de l’électrocardiographie (lire également l’encadré « Les exploits… »).

Enfin, ce n’est plus de la science-fiction : d’ici quelques années, on verra apparaître des cœurs artificiels implantables, selon les travaux du professeur Alain ­Carpentier, chirurgien cardiaque (lire l’encadré « Un cœur artificiel… »). Les études chez l’homme n’ont toutefois pas commencé. On pourra également fabriquer du muscle cardiaque à partir de cellules souches à réinjecter dans le tissu cardiaque fragilisé par un infarctus (lire également l’encadré « Des cellules souches… »), mais les obstacles techniques sont encore nombreux.

Une vue imprenable sur les organes

L’imagerie médicale a elle aussi beaucoup évolué au cours des dernières années, apportant à la fois plus de précision aux médecins et aux chirurgiens et plus de sécurité et de confort aux malades. Par ailleurs, les appareils de dernière ­génération (scanner) émettent moins de rayons X. Au cœur des plus récents progrès médicaux et chirurgicaux, cette technique permet tout à la fois :
• de poser des diagnostics plus fiables, rendant possibles des dépistages plus précoces, donc une meilleure prise en charge de maladies graves (cancers du sein, du côlon, etc.) ;
• de réaliser des actes à la fois diagnostiques et thérapeutiques moins invasifs (pose de stents sous coronarographie) ;
• d’opérer sans ouvrir (chirurgie mini-invasive par cœlioscopie).

Des exemples ? L’échographie 3D est utilisée en cardiologie pour analyser la morphologie du cœur et des gros vaisseaux fonctionnant en temps réel. Le scanner volumique permet d’examiner, toujours en temps réel, le fonctionnement d’un organe entier, comme le cœur, le foie, le cerveau ou les deux reins, avec des images en très haute résolution. En outre, cet appareil est moins irradiant (jusqu’à 80 % de rayons X en moins) que les autres scanners. Avec le Fibroscan, il est possible d’apprécier sans biopsie l’élasticité du foie, ce qui est très utile pour déceler une fibrose ou un cancer. Cela représente un gain de temps appréciable pour les malades, qui peuvent être traités plus vite. Avec le Tepscan (ou Petscan), un tomographe à émission de positons, on peut voir en un seul examen du corps entier, en cas de cancer du sein par exemple, si l’organisme n’a pas développé une lésion secondaire ou une récidive, ce qui évite de faire une biopsie.

Ce n’est pas tout : ces bijoux technologiques ont aussi révolutionné la chirurgie en élargissant les possibilités d’interventions mini-invasives. Au CHU de Bordeaux, des parkinsoniens ont reçu en toute sécurité l’implantation d’électrodes de stimulation avec une précision jamais égalée grâce à un scanner couplé à un robot chirurgical. Au CHU de Nancy, une intervention sur la thyroïde à l’aide d’un robot a été réalisée en passant par le creux axillaire (sous le bras). Résultat : pas de cicatrice au cou et des suites opératoires simples. Ces interventions sont appelées à se généraliser.

Trop peu d’appareils

Hélas, le nombre d’appareils est très insuffisant : en 2008, la France se situait entre la Turquie et la Grèce en matière d’équipement en IRM, « loin derrière l’Espagne, l’Italie, la Grande-Bretagne et surtout l’Allemagne, qui possède un parc quatre fois plus important que le nôtre », souligne le professeur Jean-Pierre Pruvo, neuroradiologue au CHU de Lille. Résultat : les patients doivent attendre en moyenne trente-quatre jours et demi avant de passer une IRM. « Entre-temps, poursuit le professeur Pruvo, on les envoie vers une technique non appropriée, le scanner à la place de l’IRM par exemple. Cela permet de patienter, mais on dépense de l’argent pour rien. » Et l’on soigne avec retard… Une lueur d’espoir : le dernier volet du plan cancer 2009-2013 prévoit l’installation de soixante-quatorze machines supplémentaires.

Et demain ? Que fera-t-on de plus ou de mieux en matière d’imagerie médicale ? La coloscopie virtuelle remplacera la coloscopie actuelle, qui exige une anesthésie générale. Mieux : d’ici quelques années, des vidéocapsules remplaceront la coloscopie. Il suffira d’avaler ces « gélules » pesant moins de 5 grammes et contenant une mini-caméra ultra-sophistiquée pour être filmé de l’intérieur, de l’œsophage aux intestins.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: mutualistes.com

Publicités
Cet article, publié dans Evolutions numériques, Ingénierie du vivant, Nanotechnologies, Prise en charge médicale, Recherche, Télésanté, Techniques médicales, Technologies, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s