Les labos d’analyses en santé humaine et animale basculent dans le privé

Si le secteur privé a pris le dessus, l’Etat confirme l’importance des laboratoires publics. Ils sont mobilisables vingt-quatre heures sur vingt-quatre par exemple en cas de bioterrorisme.

Vache folle, tremblante du mouton, pollution de l’eau, les labos publics d’analyses sont en première ligne. Et pourtant, le monde qui les entoure est en train de changer. Des concurrents privés se développent, des privatisations et des regroupement sont lancés et les départements se font parfois tirer l’oreille pour financer comme avant les laboratoires d’analyses en santé humaine et animale.

Sous les coups de boutoir de l’ouverture à la concurrence voulue par le droit européen en matière d’eau et d’analyses alimentaires, l’Association professionnelle des laboratoires (Aprolab) a saisi la Commission européenne, qui, de son côté, presse la France de clarifier sa position. L’Aprolab revendique plus de 3.500 salariés et 300 millions d’euros de chiffre d’affaires cumulés, parmi lesquels les lyonnais Carso et bioMérieux et le nantais Eurofins.

Alors que les pouvoirs publics financent des laboratoires par des subventions d’équilibre, ceux-ci seraient avantagés lors des passations d’appels d’offres sur des marchés ouverts à la concurrence. « Elle est faussée, déplore François Vigneau, d’Eurofins, par ailleurs président d’Aprolab. On nous oppose la notion de service public. Or nous agissons dans l’intérêt général. Nos membres sont accrédités ISO 17025, qui requiert des analyses en toute indépendance des groupes de production d’eau ou de l’agroalimentaire. »

Confrontés à des baisses de dotation et à la charge du RSA, les départements ont commencé à regarder de plus près les financements apportés aux laboratoires. En Indre-et-Loire, le Laboratoire de Touraine a tenté de devenir régional et la vente en sera actée dans quelques jours (lire ci-dessous). Une course à la taille critique est en cours, résume en substance Vincent Genet, consultant associé au sein du cabinet Alcimed : « La loi Macron permet des regroupements en ouvrant la possibilité d’avoir des structures capitalistiques. »

Selon Alcimed, la France compte quelques dizaines d’acteurs. « Les investissements sont lourds : un appareil de chromatographie liquide pour des analyses alimentaires coûte plusieurs centaines de milliers d’euros », rappelle Vincent Genet.

Regroupement de laboratoires publics

Les chambres régionales des comptes ont régulièrement pointé du doigt la situation de certains laboratoires publics d’analyses, demandant à ce que soit faite la différence entre les activités subventionnables par le conseil départemental et les autres. Dans chacun des cas, comme récemment dans la Loire, la chambre régionale des comptes souhaitait un état précis des aides publiques accordées aux laboratoires vétérinaires.

Pour surmonter les difficultés, l’une des solutions adoptées a été celle des regroupements de laboratoires publics, comme c’est le cas en Bretagne, où trois structures locales ne font désormais plus qu’une, réunies dans Labocéa. « Nous avons gagné en capacités d’investissement », indique Eric Laporte, le directeur général. Composé de 530 salariés répartis entre 5 implantations situées en Ille-et-Vilaine, dans le Finistère et les Côtes-d’Armor, Labocéa fait des économies d’échelle et dispose de plus de moyens financiers pour investir, notamment en R&D. « Le ministère de l’Agriculture souhaite limiter les usages d’antibiotiques dans les élevages. Nous avons développé la production d’autovaccins dont les exigences sont très proches de celles de la santé humaine », précise Eric Laporte.

Sur un budget annuel de 35 millions d’euros, Labocéa n’est subventionné qu’à hauteur de 20 % par les conseils départementaux de Bretagne (sauf le Morbihan, qui est resté indépendant). Un accompagnement jugé indispensable par Eric Laporte. « Nous disposons, précise-t-il, d’équipements de pointe qui sont mobilisables à tout moment par le préfet ou les différentes autorités sanitaires, notamment en cas de crise sanitaire mais aussi pour un risque de bioterrorisme. »

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: http://www.lesechos.fr

Publicités
Cet article, publié dans Dépenses de santé, Financement de la santé, Prise en charge médicale, Recherche, Système de santé et gouvernance, Techniques médicales, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s