Sénat, rapport d’information au nom de la délégation sénatoriale à la prospective ‘Eau : urgence déclarée ‘

La délégation à la prospective souhaite insister sur l’urgente nécessité d’anticiper, sur le moyen-long terme, les conséquences à craindre du dérèglement climatique dans le domaine de la ressource en eau. À ce stade de la réflexion, quatre temps se dégagent.

1. Le temps du réalisme

Il est désormais acquis que les modifications du climat auront un effet avéré sur la répartition géographique et temporelle des précipitations, tout particulièrement dans notre pays qui se trouve au croisement des influences océanique, continentale et méditerranéenne. Les perturbations annoncées sur la ressource en eau viendront amplifier l’acuité des effets du dérèglement climatique, au moment où l’on constate l’augmentation continue de la demande hydrique résultant de la croissance démographique ainsi que de l’évolution des modes de vie et de consommation.

Ce triptyque inquiétant – moins d’eau, plus de chaleur, davantage de besoins – n’a pas le caractère d’une catastrophe naturelle qui surviendrait ponctuellement, par surprise, mais s’arrêterait ensuite. Il est bien plus grave puisqu’il s’installe dans la durée et va conduire inéluctablement à un effort d’adaptation, notamment en modifiant nos comportements d’utilisateurs.

Paradoxalement, il est aussi moins effrayant dès lors que, prévisible et d’ailleurs prévu, il autorise les anticipations et conditionne les choix à faire aujourd’hui pour préparer demain.

2. Le temps du partage

Parce qu’il serait dangereux et stérile de mettre en place, dans notre pays, les éléments susceptibles de déclencher une future guerre de l’eau, il convient de clarifier le débat pour mieux l’apaiser.

N’opposons pas, comme c’est parfois le cas actuellement, les besoins de l’agriculture et ceux des ménages. Ceux-ci sont en réalité communs tant il est vrai que l’irrigation n’est rien d’autre que de l’eau verte utilisée pour nourrir la population et assurer l’indépendance alimentaire de notre pays. L’eau doit être perçue désormais par tous comme une ressource contingentée, dont la rareté s’appréciera tout particulièrement lors des épisodes de pics de chaleur à venir et, partant, des pics de besoins qui susciteront forcément des conflits d’usages.

Dans ce contexte, l’ensemble des utilisateurs, quelle que soit leur place dans le cycle naturel de l’eau, doit se sentir investi de l’impérieuse nécessité de contrôler sa consommation et de développer des comportements économes et responsables.

3. Le temps de l’action

Au-delà de la discipline individuelle pour respecter les droits des générations futures, réfléchissons ensemble à la manière la plus appropriée de gérer la ressource.

S’interdire de créer de nouvelles réserves est contraire à toute l’histoire de l’humanité quand elle est confrontée au risque de pénurie. Dans un contexte de survie, il paraît de bon sens de constituer des stocks pour capter l’eau lorsqu’elle est abondante, et donc sans risque pour l’écosystème, afin de pouvoir la restituer lorsqu’elle vient à manquer. Et plus particulièrement pendant la période estivale, qui requiert le maintien d’étiage et peut donner lieu à la survenance de conflits d’usages. N’est-il vraiment pas possible de trouver un terrain d’entente entre les différents partenaires, et notamment avec les défenseurs de l’environnement, sur un sujet qui les concerne par nature tous ?

Vouloir dédiaboliser l’irrigation n’est pas une démarche catégorielle mais une nécessité pédagogique. Outre qu’elle est indispensable à la préservation des cultures et à la survie du monde agricole, l’irrigation raisonnée participe aussi de la lutte contre l’élévation de la température en milieu urbain et rural grâce à l’évapotranspiration. Pour réduire les pics de chaleur, la tendance actuelle est aux restrictions d’utilisation. Or, il est tout à fait pertinent d’utiliser l’eau, notamment l’eau stockée, pour combattre le réchauffement climatique. Contrairement aux idées reçues, l’eau est d’abord une solution à la crise climatique.

4. Le temps du politique

On peut s’étonner de constater que le cadre communautaire appréhende le problème de l’eau davantage sous le prisme anglo-saxon d’une ressource abondante que sous l’angle de sa rareté. Ne serait-il pas utile d’infléchir cette perception des choses au moment où le risque de pénurie commence à se faire sentir, et tout particulièrement dans l’Europe du Sud ? Il n’est pas illégitime de penser la durabilité du système hydrologique de manière globale, et non au seul niveau national. En effet, serait-il responsable d’importer sur notre territoire, sous forme alimentaire, l’eau des pays qui en ont le moins et qui sont encore plus fragiles sur le plan écologique ?

Enfin, nous devons aussi nous soucier, dans le respect du cadre européen, du mode de gouvernance que nous voulons pour l’eau sur l’ensemble de notre territoire. Celle-ci présente aujourd’hui la double caractéristique singulière d’être à la fois trop centralisée et trop dispersée.

Une réflexion s’impose désormais pour identifier, aussi clairement que possible, les niveaux pertinents de compétences, entre l’échelon national et les collectivités territoriales, pour une gestion efficace au plus près du terrain.

Source: Sénat. Lire le rapport dans son intégralité ici.

 

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