L’animal au secours de la santé humaine

A l’occasion du 115e anniversaire du laboratoire de Santé Animale de Maisons-Alfort, les scientifiques ont affirmé la nécessité de faire converger la santé animale et celle de l’homme.

En matière de santé humaine, l’animal n’a pas bonne presse. Il faut dire que les grandes épidémies ont presque toutes eu pour origine un représentant de cette espèce – qu’il s’agisse de moustiques, de rats, de bovins ou d’oiseaux… Et pourtant, il faut bien rendre à César ce qui est à César. Sans l’animal, notre médecine serait de bien piètre qualité.

Santé animale et santé humaine sont intrinsèquement liées et doivent encore converger davantage. Tel est le message assené ce jeudi, alors que le Laboratoire de Santé Animale de Maisons-Alfort, institution mondialement reconnue, fête son 115e anniversaire.

Hommes et bêtes, même combat

Et l’on comprend pourquoi. L’humain partage bien des points avec son cousin l’animal. Mêmes microorganismes qui lui nuisent ; mêmes techniques qui le guérissent ; mêmes problématiques qui le traversent. A l’heure des virus émergents, des troubles climatiques, des échanges internationaux, médecins et vétérinaires sont plus que jamais incités à travailler main dans la main pour s’enrichir réciproquement de leur connaissance.

« A l’hôpital, nos premières recherches en commun ont porté sur l’aspergillose, un champignon de l’environnement responsable de cataclysme dans les élevages aviaires, et très grave chez l’humain immunodéprimé ou atteint de mucoviscidose, explique Françoise Botterel. Actuellement, nous travaillons sur la gale. C’est un problème de santé publique chez l’homme comme chez l’animal, et nous avons pu créer un modèle de gale porcine, sur lequel nous essayons des médicaments vétérinaires qui pourraient être à terme devenir des médicaments humains – ces deux hôtes (homme et porc) étant très proches »

Quand les vétérinaires soignent des patients

C’est ainsi que la recherche autour d’une discipline profite à l’autre. Derrière cette idée, on trouve le concept promu par l’Organisation Mondiale de la Santé du « One Health » – la santé unique de l’homme et de l’animal, ainsi que de leur environnement commun. A terme, c’est certes le bien-être des animaux qui s’en trouve amélioré, mais aussi le quotidien des patients. La preuve avec la maladie de Lyme, pathologie teintée de nombreuses zones d’ombre. L’une des énigmes liée à cette maladie a été levée par une équipe de recherche pluridisciplinaire, mêlant vétérinaires et médecins.

Leur découverte ouvre une voie pour les humains qui ont subi une morsure de tique et ont développé tous les symptômes de la maladie de Lyme, mais dont la sérologie est négative au test de la Borréliose. « Sur une cohorte limitée, l’équipe a montré que ces patients avaient été exposés à des Bartonnelles, qui ne sont pas l’agent traditionnel de la maladie de Lyme, explique Thierry Pineau, chef du département santé animale à l’Inra*. Il s’agit d’un autre type de bactérie, parfaitement accessibles à un traitement antibiotique ». Pour des patients en pleine errance thérapeutique, ballotés de médecins en médecins, de mauvais diagnostics en traitements erronés, ces travaux ont une saveur particulière.

Antibiorésistance et réticences vaccinales

Aux mêmes maux les mêmes remèdes, donc. Une convergence qui rappelle sans cesse l’ancrage de l’humain au règne animal, dont il essaye tant de s’extraire – à tort, vous diraient les tenants du « One Health » ! Ces ressemblances, elles s’expriment aussi à travers les grands questionnements qui secouent les deux mondes. A commencer par l’antibiorésistance, dont la menace sur la santé animale fait l’objet d’une inquiétude croissante.

« Les éleveurs se posent de plus en plus de questions, car comme chez l’homme, il y a une grosse communication autour de cette problématique, explique Michel Cetre, éleveur laitier dans le Jura et président d’ALLICE*. Les vétérinaires nous annoncent aujourd’hui des molécules qui n’existen plus, le champ des antibiotiques se réduit drastiquement. La première réaction des éleveurs a été de dire : ‘ils nous emmerdent !’ mais au final, beaucoup comprennent très bien la menace que cela représente ».

Ces souches résistantes aux traitements sont d’autant plus alarmantes que les animaux semblent avoir perdu en robustesse face aux maladies. La sélection de gènes permettant d‘augmenter la productivité des espèces d’élevage a généré une plus grande vulnérabilité face aux agents pathogènes.

Quant à la vaccination animale, elle suscite les mêmes craintes que celles que l’on retrouve parmi les humains. Si ces derniers s’alarment d’un lien entre l’émergence de pathologies en lien avec les adjuvants, parmi les éleveurs, c’est une autre suspicion qui s’exprime. « Quand on parle de vaccin, on entend souvent : ‘on va nous avorter nos bêtes !’ Il existe une croyance selon laquelle les vaccins augmenteraient les risques de mort embryonnaire dans les premières semaines de gestation ». Dans les discours, comme un air de ressemblance…

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source:pourquoidocteur.fr

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