La réalité virtuelle au service de la neurochirurgie

Avec son équipe médicale, le neurochirurgien Philippe Menei a réalisé en janvier dernier une première mondiale, retirer une tumeur cérébrale d’un patient éveillé en explorant son champ visuel grâce à un test projeté dans un casque de réalité virtuelle. L’objectif: pousser encore plus loin la précision afin de préserver au mieux les fonctions cérébrales du malade.

C’est une première mondiale. Fin janvier dernier, au CHU d’Angers (Maine-et-Loire), un patient a été opéré d’une tumeur au cerveau et a inauguré, à cette occasion, un nouvel outil: un test de champ visuel projeté dans un casque de réalité virtuelle qui a permis de guider le chirurgien durant l’intervention. L’objectif de cette opération: retirer la tumeur, située près des zones visuelles, sans endommager les fonctions cérébrales, d’autant que le patient avait déjà perdu un œil suite à une maladie ophtalmique. Il était donc important d’épargner son champ visuel.

Dans un premier temps, le patient a été soumis à un test de motricité et de langage, une pratique courante en chirurgie éveillée. »Le principe est de stimuler avec des électrodes des zones du cerveau. Si cette zone est impliquée dans le langage, des troubles apparaissent chez le patient, troubles disparaissant à l’arrêt de la stimulation cérébrale », explique à FranceSoir le neurochirurgien Philippe Menei, en charge de l’opération. Puis, afin d’éviter que les fonctions visuelles ne soient atteintes, un casque de réalité virtuelle a ensuite été positionné autour de sa tête. Le patient s’est alors retrouvé immergé visuellement dans un test de champ visuel, mis au point par le laboratoire Interactions Numériques Santé Handicap de l’ESIEA (école d’ingénieurs du numérique) et l’équipe de neurochirurgie du CHU d’Angers dans le cadre du projet CERVO (Chirurgie Eveillée sous Réalité Virtuelle dans le bloc Opératoire).

Concrètement, le patient doit fixer le point jaune et dire si oui ou non, il aperçoit les points qui apparaissent sur les côtés. Si les réponses du patient sont différentes de celles qu’il donnait avant l’opération, c’est que le chirurgien stimule une zone qu’il faut épargner. En revanche, s’il voit les points lumineux en périphérie, le chirurgien peut alors enlever les zones du cerveau stimulées.

Ce projet, piloté par Philippe Menei et la directrice de recherche de l’ESIEA Evelyne Klinger, vise à permettre au neurochirurgien d’utiliser les interactions du patient « pour améliorer son geste technique et faire en sorte que le patient sorte de l’opération avec le moins possible de handicaps collatéraux. A partir du moment où on lui enlève une partie du cerveau, on peut toucher des zones essentielles comme celles de la motricité, du langage et de la perception », fondamentales à notre fonctionnement dans la vie quotidienne, explique notamment Evelyne Klinger. Jusqu’alors, la réalité virtuelle existait déjà dans les blocs opératoires mais pas dans le contexte de la neurochirurgie. Grâce à cette technologie, le chirurgien précise donc son geste tandis que le patient a bien plus de chances de conserver sa vision. Preuve de son utilité: il a préservé toutes ses capacités visuelles suite à cette opération à hauts risques.

Cette avancée, spectaculaire, a été rendue possible grâce au fruit d’une étroite collaboration entre ces deux chercheurs. « Cela fait longtemps que je pilote des activités dans ce domaine là. On sait que la réalité virtuelle peut être intéressante pour explorer le fonctionnement humain. Le professeur Menei était intéressé par l’usage des technologies de pointe dans la chirurgie. Ca a été une convergence. Lui est dans le monde de la santé et est intéressé par les technologies. Moi je suis ingénieur de métier et je m’intéresse au monde de la santé. Nos passions se sont rejointes ». Fort de cette réussite et conscient que la réalité virtuelle peut être un outil de taille dans le domaine de la neurochirurgie, Philippe Menei a désormais d’autres ambitions. La priorité est « de réaliser des tests plus immersifs, plongeant le patient dans une réalité virtuelle, testant des fonctions cérébrales de plus en plus complexes, tout en le plongeant dans un environnement virtuel pouvant remplacer à terme une analgésie ».

De manière plus générale, la réalité virtuelle s’invite dans beaucoup d’autres domaines touchant à la santé comme les champs de la rééducation et de la psychothérapie. Des travaux sont également réalisés autour des problèmes de l’alimentation, d’addiction, du stress post-thérapeutique, de la rééducation motrice, de l’autisme ou encore de l’éducation thérapeutique. « Actuellement, c’est l’explosion des travaux dans le monde de la formation des étudiants en médecine. Pratiquement tous les CHU français s’équipent d’un centre de simulation en santé », conclut Evelyne Klinger.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: francesoir.fr

Publicités
Cet article, publié dans Evolutions numériques, Recherche, Techniques médicales, Technologies, Uncategorized, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s