La médecine de précision, poule aux œufs d’or ou panier percé?

Des économies liées à la prévention d’un côté, des médicaments personnalisés plus chers de l’autre. Combien va coûter la médecine génomique?

La révolution de la génomique qui couve soulève un certain nombre d’interrogations concernant les coûts de la santé. Combien va coûter cette nouvelle médecine, et qui va la payer? A l’heure où la plupart des systèmes de santé sont sous pression, la question mérite d’être posée.

La prévention, bonne pour le porte-monnaie…

Avec des analyses ADN de plus en plus rapides et de moins en moins onéreuses, la médecine génomique se place résolument dans la médecine préventive. Une prévention synonyme, en principe, d’économies. Pouvoir détecter la présence de maladies rares chez des nouveaux-nés permet ainsi une bien meilleure prise en charge médicale, et évite des dizaines d’examens médicaux aussi inutiles que coûteux.

«La médecine génomique promet des diagnostics plus fiables qui laissent présager qu’on pourra intervenir tôt pour mieux prévenir des maladies et donc, sur le long terme, mieux contrôler les dépenses», espère Murielle Bochud, responsable de la division des maladies chroniques à l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive à Lausanne. Vincent Mooser, directeur de la Biobanque institutionnelle de Lausanne, en a même une idée chiffrée: «Un franc investi dans la prévention équivalent à environ 40 francs économisés dans les traitements.»

Énoncé de la sorte, cela paraît évident. Pourtant, passer d’une médecine curative à une médecine préventive n’est pas une mince affaire, c’est même «un changement de paradigme» à opérer, estime le spécialiste pour qui les montants aujourd’hui consentis en Suisse dans la prévention sont «ridiculement bas».

…mais des médicaments plus chers

Mais la médecine génomique ne se résume pas à de la simple prévention. Pour la plupart des patients chez qui des pronostics défavorables seront découverts, les tests de dépistage ne sont rien d’autre qu’une première étape dans un long parcours de soin, dont personne ne peut prédire le montant final. «Nous allons assister à des évolutions technologiques majeures, avec des traitements de plus en plus personnalisés qui seront probablement plus chers que les thérapies moins personnalisées», dit Murielle Bochud.

Aujourd’hui, 88% des personnes interrogées se disent prêtes à accepter des tests qui pourraient prédire la probabilité de développer diverses maladies (Alzheimer, arthrose, etc.), selon une étude publiée dans la revue Health Economics.

Cet engouement fait craindre que les patients, trouvant toujours plus d’indices relatifs à telle ou telle maladie, exigeront fatalement plus de soins quand bien même la plupart de leurs variants génétiques n’auraient aucun impact sur leur santé. Un sur-diagnostic assorti d’une sur-médicalisation: c’est le scénario du pire pour tout système de santé.

La médecine génomique est donc un outil puissant qu’il conviendra d’utiliser à bon escient, selon tous les experts contactés. «La plupart des déterminants des coûts de la santé sont liés au contexte socio-économique et ne sont pas liés à l’hôpital», explique Murielle Bochud. La génétique a ses limites: il n’y a pas besoin de séquencer un génome d’un patient pour lui dire qu’il devrait faire un peu de sport et se nourrir plus sainement.

Les médecins sceptiques

«Tout l’enjeu, c’est de développer une médecine de précision à un coût supportable pour la société», insiste la spécialiste. Ce qui repose aussi sur les assurances-maladie. Dans une prise de position publiée en 2014, Helsana – sollicitée par le «Temps» mais qui n’a pas souhaité répondre à nos questions – manifestait son intérêt pour la médecine de précision, notamment en imaginant «de nouveaux modèles de rétribution [où] seuls seront encore payés les aspects garantissant le succès du traitement». Personnalisation oblige, l’assureur craint en outre «des conséquences sur les coûts d’exploitation de l’assurance-maladie et donc sur les primes». Là encore, le système sera chamboulé et la facture finale reste mystérieuse.

Personne ne sait aujourd’hui où se situera la curseur entre les économies liées à la prévention et les dépenses engendrées par les nouveaux traitements. Un assureur a posé la question à plus de 1000 médecins américains en 2012. Plus de la moitié se sont dits convaincus que les couts de santé allaient augmenter. Et seulement un sur cinq qu’ils allaient, au contraire, baisser.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: letemps.ch

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