Pour une vraie modernisation de l’hôpital

La création des groupes hospitaliers de territoire (GHT), réforme emblématique du système de santé, est une excellente idée d’optimisation des ressources humaines et matérielles dédiées aux soins des malades et des blessés dans un bassin de population donné. Il était temps de regrouper les forces vives sanitaires régionales et locales dans des projets concrets de partenariat, au lieu de maintenir un tissu très inégal d’établissements parfois en sous-activité chronique dangereuse. Encore faudrait-il admettre la condition expresse de ne pas corseter administrativement un système qui amplifiera d’autant plus sa productivité qu’il sera piloté grâce aux initiatives des acteurs de terrain. Or la mise en application de ces GHT s’avère ubuesque, dirigée d’en haut, totalement verrouillée administrativement. On cherche à normaliser ce qui doit rester du domaine de l’invention permanente. La précaution rôde, prête à stériliser les solutions les plus hardies.

Le projet souffre avant tout de deux tares congénitales bien françaises, résumées en deux questions simples : Qui sera le chef ? Pourquoi les établissements de soins privés sont-ils virtuellement exclus des regroupements ? La tribu gauloise et la puissance publique centralisée réunies pour mener à l’échec une belle idée !

Faut-il rappeler aux autorités que le meilleur moyen de fédérer les hommes et les structures consiste d’abord à faciliter leur communication quotidienne entre sites différents. Se parler est la première étape, avant de dessiner un plan de restructuration. Nul besoin d’organigrammes complexes bourrés de flèches et d’acronymes abscons, à longueur de réunions incessantes autant qu’improductives. Trois outils simples et peu coûteux suffiront à faire travailler ensemble les soignants actuellement dispersés.

1. Le téléphone portable : il est impensable que les hôpitaux ne financent pas un abonnement à leurs médecins pour communiquer avec leurs confrères, notamment les généralistes comme avec les infirmières de ville ! Pour 100 médecins, la dépense serait d’environ 50.000 euros par an, soit le coût de deux standardistes. Une simple information par sms sur l’opération d’un malade envoyée au médecin traitant change le rapport entre les professionnels.

2. La vidéo-vision : permettant de voir les malades, les médecins de ville et des autres hôpitaux, elle ne nécessite pas de grands moyens financiers ou techniques d’installation comme de fonctionnement. Tout le monde utilise Skype de façon privative, pourquoi l’hôpital s’en passerait-il ? Question de puissance pour transférer des images ? Mauvaise excuse.

3. La dématérialisation du dossier médical : il suffit de taper l’observation sur des fiches préétablies et déjà en partie renseignées par la secrétaire, puis d’offrir au malade le nombre de copies pour lui-même et ses médecins. Plus de courrier qui arrive trois mois plus tard, dont le coût, par exemple au CHU de Lille, atteint 2 millions et demi d’euros par an. Gâchis que ne se permettrait pas une entreprise privée.

Ces trois outils sont disponibles, fiables et faciles d’utilisation par quiconque. Associés pour le bien des malades, ils préfigurent les partenariats futurs tant public-privé que public-public. Exclure un pan entier de la ressource sanitaire nationale au motif que les cliniques sont des établissements dits « commerciaux » avec condescendance et mépris est une grave erreur dans son principe, de surcroît dangereux en pratique. Quant à savoir qui sera le chef, nous avons le temps….

Laissons les acteurs s’entendre, sans les guider d’une main tutélaire déconnectée de la réalité. Une seule obligation dans cette recomposition du paysage sanitaire m’apparaît justifiée : l’interdiction d’exercice multisites de la chirurgie et des actes interventionnels au risque de constater un accroissement de la sinistralité, des dépenses en matériels sous-utilisés et de la perte de temps pour les médecins.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: lesechos.fr

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