Réchauffement climatique : quelles conséquences pour la santé ?

Le docteur es sciences Bernard Swynghedauw, membre correspondant de l’académie de médecine, dresse la liste des problèmes qui menacent l’humanité.

L’activité humaine est en train de changer radicalement notre environnement planétaire, et le témoin le plus évident en est le changement climatique, CC. Pour la première fois dans l’histoire de la vie, un phénomène d’origine humaine a des incidences planétaires, ce qui a permis de qualifier la période où nous vivons actuellement d’anthropocène.

Le CC fait partie d’un ensemble de modifications environnementales, il est étroitement associé à toute une kyrielle de facteurs générés directement par l’activité humaine, dont il est un marqueur. En matière de santé, cette globalisation est nécessaire, cela a été souligné dans la revue qui fait autorité sur le sujet, celle de Mac Michaël en 2013. Ces modifications environnementales font partie d’un ensemble de flux en accélération continue, flux commerciaux, financiers, flux d’informations, d’agents infectieux et de populations. Ces flux évoluent à l’intérieur d’une planète aux ressources limitées et en pleine explosion démographique et la notion d’«enfermement planétaire» (que l’on doit à André Lebeau, 2008) est particulièrement signifiante en santé publique.

L’âge moyen de la population augmente

Depuis toujours, en France et ailleurs, la mortalité globale dépend des variations de la température externe avec un pic hivernal fin janvier. Tout récemment s’y sont rajoutées les canicules estivales, comme nous avons tous pu le constater, voire le vivre, en août 2003. Ici, nos urgentistes ont eu à faire face à un double problème: la déshydratation et le coup de chaleur, de nature différente. Le Plan Canicule mis en place à la suite de cet épisode a permis de prévenir les conséquences des vagues de chaleur qui surviennent pratiquement tous les ans depuis une dizaine d’années. S’y ajoutent des nouveautés en matière de climatisation et de construction, lorsqu’elles sont possibles et encouragées.

Il faut ajouter l’augmentation de l’incidence annuelle des différents types de cancers de la peau ainsi que les états dits précancéreux qui sont fortement dépendants du rayonnement UVA et B. À ces effets directs s’ajoutent bien évidemment les conséquences médicales des événements extrêmes comme les sécheresses, les inondations et les cyclones.

Le CC doit se situer dans le nouveau paysage médical: l’âge moyen de la population augmente et le généraliste devient de plus en plus gériatre. La principale cause de mortalité, dans tous les pays, est maintenant une nouvelle entité épidémiologique, les affections chroniques non transmissibles liées à l’âge (cancers, infarctus du myocarde et affections dites neurodégénératives, type maladie d’Alzheimer).

Ce nouveau paysage se caractérise aussi par l’apparition d’un ensemble de risques qui sont tous liés à l’activité humaine. La liste des pollutions atmosphériques et des substances que nous déversons quotidiennement dans la nature, souvent sans contrôle sérieux, est longue. L’Académie de médecine a porté récemment son attention sur l’une de ces pollutions, particulièrement préoccupante, celle qui concerne les résidus médicamenteux, dont certains peuvent favoriser l’apparition d’un certain nombre d’affections émergentes comme la maladie de Parkinson.

Une réponse nécessairement planétaire

Parmi les nouveaux risques, il en est aussi deux dont la complexité masque la dangerosité, les risques microbiens et alimentaires. Le premier comporte lui-même deux volets contradictoires. Le plus ancien concerne les infections pathogènes, notre activité a rajouté un paramètre, celui qui résulte de l’usage, de l’abus d’usage ou du mésusage d’agents anti-infectieux – antibiotiques, pesticides. La liste est interminable, ils vont générer de nouvelles espèces bactériennes. Mais l’homme est confronté à un dilemme plus récent: trop de bactéries ou pas assez? Nous coexistons en effet avec le monde bactérien, en particulier dans nos intestins où les bactéries nous aident à confectionner notre système immunitaire. Les éliminer, les modifier aura des conséquences majeures, c’est probablement l’un des grands responsables de l’incidence croissante (multiplié par 2 à 3) des maladies auto-immunes et allergiques comme la sclérose en plaques ou l’asthme.

Le risque alimentaire a fait l’objet de multiples recommandations. C’est aussi, du fait de sa complexité, la proie de prédilection des charlatans de tout poil qui préfèrent les simplifications holistiques abusives à l’analyse minutieuse des nutritionnistes de métier.

Arriverons-nous à contrôler des changements? On ne peut guère répondre, tellement les inconnues sont nombreuses, mais, ce qui est sûr, c’est que les médecins ne pourront qu’y faire face, et que la réponse ne pourra venir que d’accords à l’échelle planétaire, type COP21, la dernière conférence sur le climat.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: lefigaro.fr

Publicités
Cet article, publié dans Démographie et Flux, Divers prospective, Facteurs environnementaux, Maladies transmissibles, Pathologies liées au vieillissement et à la sédentarité, Pathologies majeures, Risques et menaces, Vieillissement de la population, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s