Peut-on réparer un cerveau lésé ?

L’Académie des Sciences a proposé mardi 15 mars dernier, à l’occasion de la 17e édition de la semaine du cerveau et en coordination avec la Société des Neurosciences, un formidable colloque intitulé  » « La médecine régénérative : Peut-on réparer un cerveau lésé? ». Professeurs et chercheurs en neurologie se sont succédés tout au long de la journée pour apporter leur éclairage sur cet organe encore mystérieux.

Créée en 1666 par Colbert, l’Académie des Sciences, qui fête cette année ses 350 ans, n’a pas failli à son rôle de transmission des connaissances scientifiques en organisant ce colloque ouvert au grand public dans le cadre de la semaine du cerveau.

Au cours de cette séance interacadémique, Jean-François Bach, Secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie des Sciences, Académie nationale de médecine de Paris a rappelé « que les évolutions d’une médecine qui devient de plus en plus multidisciplinaire en mêlant la biologie, la médecine avec l’informatique, les nouvelles technologies deviennent inquiétantes et posent des problèmes de coordination nécessitant de nouvelles approches au sein des disciplines ». Effectivement, alors qu’il était admis jusqu’à récemment que des lésions du système nerveux central étaient irréparables, différentes technologies s’appuyant sur le numérique laissent entrevoir des progrès spectaculaires .

Yves Agid, Professeur émérite de neurologie et de biologie cellulaire à l’université Pierre et Marie Curie rappelle que « La neuro-informatique permet de mieux approcher la cybernétique des cellules nerveuses, mais aussi de s’ouvrir sur la médecine connectée, l’interface cerveau-machine, les robots, le code neural ». C’est par exemple le cas de l’interface cerveau-machine présentée par Corinne Mestais, ingénieur diplômée de l’école nationale supérieure d’électronique et radioélectricité de l’Institut national polytechnique de Grenoble et membre du CEA-LETI-CLINATEC de cette même ville. Ce projet dirigé par le Professeur Alim-Louis Benabid, est basé sur la mesure de signaux électriques à la surface du cortex moteur appelés ElectroCorticoCoGrammes ou ECoG, afin de disposer de données de qualité suffisante pour piloter des objets très complexes tels qu’un exosquelette de quatre membres. Ceci peut se faire en laboratoire grâce au dispositif médical actif WIMAGINE, un implant unique au monde (matrice de 64 électrodes en contact avec la dure mère associée à un packaging extérieur), testé actuellement sur des primates et prévu pour être implanté à long terme. Les ECoG ainsi captés sont ensuite décodés grâce à des algorithmes très sophistiqués pour traiter des volumes de données gigantesques et prédire les mouvements imaginés en temps réel. C’est donc l’espoir de remarcher pour des tétraplégiques après de graves lésions cérébrales qui se dessine.

Ce bond en avant des neurosciences concerne également la biologie pure avec une possible utilisation des cellules souches multipotentes, déjà différenciées, pour reconstituer du tissu fonctionnel, cela ayant déjà été réalisé de manière expérimentale pour certaines sections de la moelle épinière. Dans un avenir proche, il sera également possible de recourir à des cellules souches reprogrammées à partir de cellules différenciées selon les techniques décrites par Shinya Yamanaka.

Enfin, les nanotechnologies pourront en en transportant le médicament le protéger de la métabolisation/dégradation et l’apporter sur la zone d’une ischémie cérébrale. L’adénosine, nucléoside endogène couplée au scalène (un lipide naturel biocompatible), constitue un nanomédicament expérimental intéressant qui a montré une forte activité neuroprotectrice chez la souris et le rat.

Au cours de cette journée, placée sous la citation Corneille « Tel donne à pleines mains qui n’oblige personne : la façon de donner vaut mieux que ce qu’on donne » devenue pour l’occasion « Pour réparer le cerveau, la façon de donner vaut au moins autant que ce quoi donne », c’est donc tout un champ d’espoir extraordaire qui s’est dévoilé mais avec toujours la certitude selon Marie-Germaine Bousser, attachée de recherche en neurologie à l’Hôpital Lariboisière à Paris et membre de l’Académie nationale de médecine, que dans ce difficile processus de la reconstruction de l’organe lésé, les progrès technologiques sont certes incontournables, mais que l’attitude bienveillante des soignants, de la famille, de l’entourage au sens large reste capitale et permet d’aller bien souvent au delà des résultats attendus.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: journaldesfemmes.com

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