L’homme augmenté, réflexions sociologiques pour le militaire

L’homme augmenté constitue un vaste champ de recherche sur lequel se cristallisent de nombreux travaux et avancées scientifiques, liés au développement des nouvelles technologies et de la convergence croissante entre les nanotechnologies, les biotechnologies, l’informatique et les sciences cognitives (NBIC). Ces techniques ont un intérêt certain dans le domaine médical pour « réparer » l’homme lors d’applications à finalité thérapeutique mais peuvent aussi conduire à des améliorations hors du champ médical. De tout temps, l’homme a eu le désir de pouvoir un jour dépasser ses limites biologiques en vue de la création d’une espèce plus performante ou de s’élever au-dessus de la condition de simple mortel (post-humain). Ce sujet fascine car les medias et les auteurs de science-fiction entretiennent régulièrement de nombreux mythes et imaginaires sur les attentes (le cyborg). Si le débat sur l’amélioration artificielle des performances humaines, dans le secteur civil et dans le monde académique, émerge aujourd’hui de manière plus flagrante, c’est en grande partie grâce aux progrès scientifiques sur les sciences du vivant et l’ingénierie à des échelles de plus en plus petites. Il est donc logique que ces avancées scientifiques et technologiques aient des répercussions sur l’homme et posent de nouveaux enjeux sociétaux afin de garantir les droits et la santé des individus. Depuis une dizaine d’années, de nombreux scientifiques, philosophes et sociologues se penchent sur la question du ″human enhancement″ ou de « l’homme augmenté » et discutent des enjeux de l’amélioration articielle des capacités humaines. Cette problématique concerne aussi le monde militaire. Pour la défense, ces nouvelles techniques ouvrent en effet des perspectives pour le combattant qui peut améliorer ses capacités d’adaptation à l’environnement militaire, d’augmenter ses performances et son efficience dans des contextes d’opérations difficiles (Vincent, 2010). Ces questionnements représentent de nouveaux défis non seulement technologiques mais aussi de nouveaux défis idéologiques et sociétaux, comme le souligne Patrice Binder (Binder, 2012) pour le Conseil Général de l’Armement dans une étude sur les enjeux des neurosciences pour la défense. Du point de vue éthique, l’utilisation des nouvelles technologies à des fins non thérapeutiques pose de nouvelles interrogations sur le respect des valeurs morales et sur la santé du personnel. En France, il n’existe pas de cadre normatif adapté aux questions d’amélioration de l’individu. Cela est dû au fait que dans le monde médical, la problématique de l’éthique des nouvelles technologies n’est actuellement abordée que pour les utilisations thérapeutiques. La refonte de la loi de bioéthique de 2004 définit un cadre d’application pour les applications thérapeutiques. Mais pour l’utilisation de dispositifs à d’autres fins, rien n’est prévu pour l’instant dans la révision des lois de bioéthique. Pour la défense, comme le militaire doit respecter les mêmes lois de bioéthique que le civil, force est de constater qu’il n’existe pas actuellement de cadre législatif particulier ni réglementaire pour traiter ce sujet. Certes, le droit et certains codes de bonnes pratiques des instituts de recherche apportent des éclairages sur ces questions. C’est ainsi que le Service de santé des Armées s’oppose à tout comportement ou à toute action susceptible de nuire à la santé du militaire.

À ce jour, il convient d’être très prudent sur les possibles technologiques et les projections futuristes. Il semble que les progrès les plus importants dans les technosciences se situent dans les technologies de l’information et de la communication, dans la mise au point de complexes interfaces cerveau-machines1, dans la robotique comme les prothèses et dans de nouvelles molécules dopantes qui peuvent agir directement sur la physiologie de l’homme. Mais c’est surtout grâce aux avancées notables et conséquentes des recherches dans les neurosciences et les techniques d’exploration du cerveau, que la demande d’amélioration des performances semble être la plus forte et est présente de manière significative dans les débats éthiques du secteur civil, et commence à l’être dans le secteur militaire en France. En complément des articles présentés dans cette étude, ce préambule a pour objet d’introduire cette problématique d’actualité qui ouvre de nouveaux champs de recherche. L’ensemble de ces interrogations concerne le secteur de la défense au sein duquel des dispositifs basés sur l’imagerie cérébrale et le décodage de l’activité cérébrale sont potentiellement appelés à connaître un essor au cours des prochaines années. Ces techniques pourraient ainsi être utilisées pour le recrutement du personnel, lors de la sélection pour certaines prises de risques ou situations demandant des connaissances spécifiques. Elles seraient aussi très utiles dans les expériences sur les interfaces cerveau-machines en vue de l’amélioration des performances des militaires au combat (Colin, 2012). Les travaux de recherche militaire les plus nombreux et les plus avancés dans ce domaine sont menés par la DARPA pour le compte de l’armée américaine (Moreno, 2006) et visent à corréler l’activité de neurones avec des tâches spécifiques (dans le but, entre autres, de détecter le mensonge ou mieux gérer la peur).

Source : IRSEM. Lire l’étude dans son intégralité ici.

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