Minority Report à Pékin : comment un nouveau logiciel chinois peut prédire les mouvements de dissidence

Armée de données afin d’espionner ses citoyens, la ville de Pékin pourrait mettre en place une force de police, axée sur la répression et capable d’effectuer des prédictions grâce à l’intelligence artificielle.

Que ce serait-il passé si le parti communiste avait eu la capacité de prédire la manifestation de la place Tian’anmen en 1989 ? Le visage de la Chine en aurait-il été bouleversé ?

Minority Report à Pékin : comment un nouveau logiciel chinois peut prédire les mouvements de dissidence

Le gouvernement chinois est en train de mettre en place un nouvel outil pour prévenir les risques de soulèvement de sa population. Ce logiciel se nourrit de nombreuses données accessibles sur ses citoyens : leurs emplois du temps, leurs passe-temps, et leurs habitudes de vie. Il est la première version d’une notion nommée « police prédictive » qui permet de déployer des forces militaires ou de police à des endroits où la criminalité est susceptible de se produire. Et ce qui intéresse au plus haut lieu le pouvoir chinois : les protestations politiques contre le gouvernement, explique Defense One.

 Une naissance aux Etats-Unis

 La police prédictive est née aux États-Unis mais la Chine est en passe de devenir le chef de file dans ce domaine. C’est à New York, en 1994, que le commissaire de police de la ville, Bill Bratton, a mis en place pour la première fois ce logiciel controversé, basé sur des statistiques criminelles, pour déployer ses unités de police aux endroits où l’on pensait que des crimes allaient se commettre. Résultat, la criminalité aurait baissé de 37 % en trois ans seulement.

Wu Manqing, un représentant de Chine Electronics Technology, la société que le gouvernement chinois a choisi pour concevoir ce logiciel de police prédictive, a expliqué à Bloomberg que son application va bien au-delà du simple envoi de policiers dans un endroit donné. Et la raison principale est que les autorités chinoises ne s’embarrassent pas de principes sur le respect de la vie privée et qu’ils peuvent donc collecter un nombre impressionnant de données sur ses citoyens. Ce qui permet aux forces de police de recueillir des informations très fines, très précises. Les policiers peuvent ainsi cibler un individu en surveillant les mouvements d’argent sur ses comptes bancaires, accéder aux sites visités sur Internet, ou vérifier ses dépenses en produits de luxe, par exemple. De plus, le gouvernement chinois envisage de déployer son système là où les minorités ethniques sont les plus revendicatives.

Une collecte massive de données

Après le printemps arabe en 2011, les dirigeants chinois ont augmenté leurs dépenses de sécurité intérieure de 13 %, dépassant les dépenses militaires. Et cette année, le gouvernement chinois a contraint 650 villes à s’équiper de caméras de surveillance. Mais la collecte massive de données conduit inévitablement à s’interroger sur la capacité à les analyser. Cependant, la Chine est en train de devenir le chef de file mondial dans l’utilisation de l’intelligence artificielle à des fins de sécurité nationale. Les scientifiques chinois ont récemment dévoilé qu’ils travaillaient sur des logiciels de reconnaissance faciale, en compressant les données pour pouvoir les lire sur des appareils mobiles et ainsi ne plus avoir à consulter une base de données à distance. Ce qui serait un gain énorme en rapidité.

Prévoir des attentats mais aussi tout mouvement suspect

En outre, ces scientifiques ont expliqué qu’un de leurs logiciels serait capable de prédire la probabilité d’un « événement de sécurité publique » dans différentes provinces chinoises, dès le mois d’avril 2016. Ce logiciel ratisse large : de l’attaque de campus à l’explosion de bus, en passant évidemment par les grèves et l’euphémisme « événements », le tout sur une échelle de gravité de 1 à 5. Les occurrences relevées sont au nombre de 12 324 dans les différentes provinces chinoises, depuis 1998.

Demain chez nous ?

Mais les projets de maintien de l’ordre prédictifs sont en hausse partout dans le monde. Aux Etats-Unis, des programmes sont lancés à Memphis, à Chicago, ou encore à Los Angeles. En France, la gendarmerie a annoncé, en 2015, avoir acquis un outil permettant de prédire certains délits fréquents – cambriolages, vols, trafics de stupéfiants ou encore agressions sexuelles – à partir des régularités statistiques observées ces cinq dernières années. Et après tout, avec l’état d’urgence, la police française n’a pas beaucoup moins de droits que la police chinoise. Mais Pékin a, pour l’instant, une longueur d’avance.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: atlantico.fr

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