Patients et professionnels, la controverse de la santé connectée

La remise des Trophées de la Santé Mobile, organisée hier par la DMD Santé, a été le théâtre d’une conférence haute en couleur, et d’un débat passionnant sur les innovations et les changements révolutionnaires qu’elles apportent. Pour revivre les moments clés de ce débat, vous êtes sur la bonne page !

La conférence qui a eu lieu hier à la Cité des Sciences, intitulée « Patients et professionnels : la controverse de la santé connectée », a répondu à quelques questions posées précédemment dans nos articles sur objetconnecte.com, notamment sur la question de sécurité des données médicales. Pas tant d’inquiétude que ça finalement pour le docteur Amina Yamgnane, gynécologue. Certains professionnels voient en l’essor de la e-santé, une vulgarisation de la médecine. Si tout le monde maîtrise les informations de santé et peut établir ses propres diagnostics, alors doit-on s’attendre à la mort de la profession ? Les applications permettent aux malades de mieux connaître leur maladie, de mieux vivre avec elles, et peuvent faire peur aux professionnels. Pourtant, depuis toujours, depuis la naissance du Vidal, les patients se sont toujours intéressés à leur santé. Pour le docteur Yamgnane, il ne peut pas s’agir de vulgarisation de la médecine puisque qu’elle restera par essence complexe, mais l’accès à chacun permet de se l’attribuer.

“ Tout comme l’imprimerie a libéré la connaissance du contrôle d’une classe d’élite religieuse, la nouvelle technologie des algorithmes médicaux est prête à démocratiser la médecine. Dans cette nouvelle ère, les patients pourront contrôler leurs propres données et s’émanciper d’un régime médical paternaliste dans lequel «le médecin connaît toujours le mieux les choses.» (Xavier Comtesse, d’après le best-seller de l’américain Eric Topol, « Le patient va vous recevoir maintenant« )

Combien de fois avons nous entendu notre médecin traitant dire, “n’allez pas sur Internet”, pour s’informer sur nos maux de façon indépendante. S’il s’avère qu’internet est une source d’angoisse quand il s’agit de symptômes annonceurs de maladie, il existe aussi des sources de qualité. Parmi la masse d’informations plus ou moins excentriques, il y a évidemment des sites qui sortent du lot ! Par exemple, Médisite.com, mondocteur.fr… Pourquoi se priver des mines d’informations proposées en un clic par ces plateformes. Il faut savoir qu’un patient atteint d’une pathologie chronique passe 8700 heures à gérer sa maladie loin d’un médecin. Selon le Dr Yamgnane, les médecins doivent travailler plus devant un patient bien informé, et s’inquiètent de leur perte de pouvoir. Pourtant, un patient bien informé sur sa maladie, est un patient qui va mieux car il a une meilleure observance face au traitement.

« Le cauchemar des soignants, c’est le patient professeur de médecine, quand il se retrouve sur la table d’examen ! Pourtant, plus le patient devient acteur de sa santé, plus il est à même de la “gouverner”, selon le Dr Yamgnane, gynécologue.

Des pharmaciens testent des dispositifs connectés pour suivre leurs clients

Lucien Bennatan, pharmacien, est tout à fait favorable à la santé connectée. Il est lui même entrain de tester avec sa clientèle, un dispositif qui lui permet de savoir si son patient prend son traitement, s’il a un problème, mais se pose lui aussi la questions des datas.

« Il est possible aujourd’hui, mais peu de patients sont au courant, de dire, tout comme pour le don d’organe, si on est d’accord pour partager ou non nos données de santé » affirme Lucien Bennatan.

En effet, un texte de loi publié le 26 janvier 2016 le mentionne : « Toute personne qui héberge des données de santé à caractère personnel recueillies à l’occasion d’activités de prévention, de diagnostic ou de soins pour le compte de personnes physiques ou morales à l’origine de la production ou du recueil desdites données ou pour le compte du patient lui-même, doit être agréée à cet effet. Cet hébergement, quel qu’en soit le support, papier ou électronique, est réalisé après que la personne concernée en a été dûment informée et sauf opposition pour un motif légitime. » (4 Art. L. 1110-12. ).

Santé connectée, aider les aidants ?

Selon Gilles Litman, Directeur Stratégie, Développement, Innovation & Business Excellence de Sanofi France, 53% des utilisateurs de smartphones souhaiteraient être conseillés en matière d’applications mobiles par leur médecin. Pourquoi les étudiants en médecine ne sont alors pas formés aux nouvelles technologies ? Et bien tout simplement parce que les enseignants eux-mêmes ne jouissent d’aucune formation. Enseigner, c’est transmettre du savoir, on ne peut pas transmettre ce qu’on ignore. Il faut donc réformer complètement la médecine, à sa racine et former les professeurs. C’est le corps médical entier qui doit se réinventer, enseignants, médecins, pharmaciens… Le code de déontologie n’a pas changé depuis 1945, il mériterait peut-être un petit coup de jeune pour s »adapter à l’époque.

« Pour évoluer, il faut avancer d’un seul et même bloc : une co-construction de tout le système médical. » explique le Dr Yamgnane.

Sur la sempiternelle question de la gestion du data, les avis sont toujours partagés et les patients se posent la question de la commercialisation de leurs informations personnelles. Pourtant, nous rassure-t-on, le partage de données n’est absolument pas nouveau et cela n’avait encore jamais inquiété personne. Ce partage existe sur papier : ce qui a changé c’est la quantité “brassable” de ces données, qui ont donné une autre ampleur à la problématique. Si elles ont pour vocation à améliorer la santé et la qualité de vie, oui; mais la peur d’une utilisation à des fins mercantiles est légitime. L’ennemi serait essentiellement les sociétés d’assurances. Les données éparses n’ont aucun véritable intérêt, ce sont les données en masse qui ont une valeur. Aux Etats Unis, en effet, une société d’assurance s’est procuré les datas d’un homme atteint du VIH et s’est vu tout refuser par les assureurs. En France, selon le Dr Yamgnane, nous n’avons pas à nous inquiéter de tels faits… pour le moment.

Si nous sommes déjà les passagers des premiers wagons de la e-santé, les objets connectés sont encore trop gadgets. Des gadgets dont on se lasse, des app que l’on supprime au bout de quelques utilisations pour libérer de l’espace dans la mémoire de nos smartphones. Les applications d’avenir et qui ont toutes les chances d’être pérennes, seront les applications qui « interfaceront » le patient et son médecin. La chaleur humaine, une main rassurante et une oreille attentive, un lieu confortable et sûr capable de mettre une personne en confiance ne se trouvera jamais dans des objets connectés.

“ Il faut saisir à quel point le monde a basculé dans un autre univers comme ce fut le cas avec l’imprimerie de Gutenberg” (Xavier Comtesse)

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: objetconnecte.com

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