La santé à la marge de l’économie collaborative

En France, l’aversion à l’économie du partage semble gagner la santé. L’Uberisation est partout. Depuis San Francisco jusqu’à l’autoroute A1. Elle transforme nos déplacements, nos hébergements, nos achats.

L’ Uberisation est partout. Depuis San Francisco jusqu’à l’autoroute A1. Elle transforme nos déplacements, nos hébergements, nos achats. Cocktail explosif entre économie collaborative et innovation numérique, elle s’impose pourtant à nous, comme le soulignait avant-hier le député socialiste Pascal Terrasse , auteur d’un rapport sur l’économie collaborative.

Mais il n’y a pas que les taxis qui font de la résistance. Difficile à croire, mais le domaine de la santé rechigne également à embrasser le nouveau paradigme de l’ère digitale en dépit des possibilités nouvelles de collaboration qu’elle offre. Car aujourd’hui, cette dynamique s’applique de la même manière aux patients qu’aux consommateurs.

Rien de surprenant à cela : comme on a relié des ordinateurs entre eux pour créer Arpanet en 1968, qui deviendra plus tard Internet, on connecte désormais entre eux les hôpitaux. Pour quoi faire ? Mais exactement la même chose qu’Internet : partager de l’information, médicale dans ce cas, afin de créer une base de savoir commune.

Mais comme pour Internet, cette base est utile uniquement si elle dispose d’un moteur de recherche qui permette de donner du sens automatiquement et facilement à ces masses énormes de metadata médicales.

Prenons l’exemple éloquent des données génomiques. Aujourd’hui, les hôpitaux créent des quantités de données génomiques absolument gigantesques. Comment se fait-ce ? Eh bien, chaque ADN de patient séquencé, décrypté, lors d’un test génétique, pour identifier telle ou telle maladie, génère de l’information génétique numérique en quantité considérable.

Multipliez par le nombre de patients diagnostiqués à l’aide de tests génétiques partout en France chaque jour et vous comprenez le besoin d’un outil de lecture automatique, algorithmique, et pertinent de cette information ; un moteur de recherche de la génomique où l’on interrogerait la barre de recherche quant à telle ou telle maladie visible dans les mutations ADN d’un patient, le système se chargeant de scanner l’ADN pour identifier telle ou telle mutation pathologique, pour diagnostiquer mieux et agir plus vite.

Bonne nouvelle, aujourd’hui ces outils existent, grâce aux avancées des systèmes d’apprentissage automatique – thème du World Economic Forum à Davos cette année. Autre bonne nouvelle, les hôpitaux ont commencé à se rassembler en communauté de génomique clinique, pour échanger des données.

Mieux, plus ils ajoutent d’informations dans la communauté clinique, plus les outils d’analyses algorithmiques leur délivrent des résultats pertinents quant aux mutations ADN pathogènes de l’ADN de leur patient. En effet, une information diagnostique entrée dans le système à Berlin servira à mieux diagnostiquer un autre patient à Paris ; un peu comme sur un forum en quelque sorte.

Mais il y a un hic. En France, comme je le disais plus haut, l’aversion à l’économie du partage semble gagner la santé. Et nombre d’institutions refusent de mutualiser leurs données et leur savoir au bénéfice du diagnostic des patients. Souvent en invoquant l’argument sécuritaire.

Et ils ont bien raison. On ne saurait en effet s’engager dans pareil échange d’information diagnostique sans de solides garde-fous. Mais craintes inutiles en réalité, car ces garde-corps existent déjà. Et le récent accord sur un  » Safe Harbor 2.0″ entre les États-Unis et l’Union européenne l’illustre bien.

En outre, la plus grande communauté de génomique clinique au monde par exemple ne possède aucune information de patients, comme Uber ne possède aucun taxi ou AirBnB aucun logement, et les propriétaires de leur information génomique restent les patients.

L’analyse algorithmique systématique des données génomiques en France pourrait permettre de vaincre le cancer dans cinq à dix ans en instaurant une médecine de précision, personnalisée. Mais pour ce faire, il faut agrandir au maximum la communauté de génomique clinique européenne, qui rassemble aujourd’hui plus de 120 hôpitaux de 20 pays européens.

Le jeu en vaut la chandelle. J’appelle donc ici les institutions de santé françaises, en particulier les services d’oncogénétique à ouvrir leurs données au bénéfice des patients. La santé ne peut rater le virage de la révolution numérique ; il y a trop en jeu. Aujourd’hui, l’économie du partage nous montre la voie, à nous de la suivre.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: lesechos.fr

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