E-santé et Big data : et si Leclerc réinventait le conseil du pharmacien ?

Depuis de nombreuses années se tient un bras de fer entre Michel Édouard Leclerc et la corporation des pharmaciens d’officine soucieuse de conserver un monopole commercial inévitablement voué à disparaître. La e-santé pourrait changer la donne en faveur de l’enseigne de la grande distribution.

La vente de médicaments en grande surface se pratique déjà avec succès à l’étranger. Une zone réservée du supermarché administrée par un pharmacien permet en effet au patient de se faire délivrer ses médicaments sur ordonnance tout en faisant ses courses.

Or, le combat entre Leclerc et les pharmaciens d’officine se livre aujourd’hui sur fond de guerre des prix, le premier pouvant légitimement prétendre négocier en volume et disposant donc d’un avantage compétitif certain sur le second. Côté officine, les pharmaciens traditionnels tentent de se démarquer en vantant le « conseil du pharmacien », celui-là même qui justifie autant d’années d’études.

Le bilan se traduit par une prestation de qualité, conduisant à une délivrance sans erreur, sauf rare exception, et quelques conseils médicaux. Mais plus globalement, dans le cadre des maladies chroniques comme le diabète ou les maladies cardiovasculaires qui requièrent une vraie prise en charge, le bilan est désastreux : 50 % des patients ne prennent pas sinon mal leurs médicaments.

Le changement des habitudes de vie, pourtant le premier traitement « naturel » préconisé par toutes les recommandations de sociétés savantes partout dans le monde relève quant à lui du vœu pieux. Il serait injuste de fustiger le pharmacien, tout comme le médecin, voire le patient. Cet aspect de la prise en charge des maladies chroniques est extrêmement compliqué.

Et c’est là que Leclerc pourrait réellement innover ! Mettons de côté quelques vieux instincts conservateurs, protectionnistes et corporatistes pour nous intéresser au patient. Il appartient à Leclerc de changer son fusil d’épaule et d’abandonner son combat médiatique sur le plan économique pour proposer des solutions médicales innovantes.

Il dispose en effet d’un fabuleux trésor qu’aucune pharmacie traditionnelle n’aura jamais : une fenêtre directe sur les habitudes de vie de ses clients. Le ticket de caisse révèle en effet quantité d’informations sur les habitudes alimentaires, mais pas seulement, du client et dans ce cas précis du patient.

Sous réserve éventuellement de quelques pirouettes législatives, nous pourrions ainsi imaginer de voir Leclerc proposer une application mobile, sorte de carte de fidélité – peut-être existe-t-elle déjà – qui prodiguerait des conseils en fonction de l’ordonnance du patient.

À l’instar des algorithmes publicitaires de Gmail qui ne « lisent » pas votre courrier tout en vous proposant des publicités ciblées, l’application Leclerc pourrait conseiller par exemple d’acheter davantage de fruits et légumes si le caddie tend à trop privilégier des plats industriels, voire à proposer des promotions individualisées au rayon poissonnerie.

Une ordonnance comportant un antidiabétique pourrait inciter l’application à suggérer des recettes adaptées à ce type de patient. Cette même application pourrait s’étonner du non-renouvellement de certaines ordonnances et contribuer à lutter au moins partiellement contre l’inobservance médicamenteuse.

Il appartiendrait à Leclerc de mettre en place un système au niveau d’une partie de ses bases de données qui garantirait le respect du secret médical, ce qui paraît largement réalisable.

Plus que n’importe quel autre acteur, les géants de la grande distribution ont développé un véritable savoir-faire dans l’exploitation des données du consommateur.

La mise en relation de ces données de la vie de tous les jours avec celles de l’ordonnance permettrait de lancer des initiatives inédites pour s’attaquer à l’un des plus grands échecs médicaux de ce siècle et du précédent : l’observance du traitement, qu’il soit médicamenteux ou non. Une telle approche confèrerait à l’enseigne un atout médical et non plus uniquement économique dans un combat qui s’inscrit largement dans le sens de l’Histoire.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: lesechos.fr

Publicités
Cet article, publié dans Dépenses de santé, Evolutions numériques, Evolutions sociétales, Industrie de santé, Médicaments, Pathologies liées au vieillissement et à la sédentarité, Politique de santé, Professionnels de santé, Réseaux sociaux, Santé publique, Systèmes d'information, Technologies, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s