Partir face aux désastres climatiques

Equilibres rompus. Le réchauffement climatique multiplie les situations de crise. Par effet de cascades. Il faut bien admettre que les guerres en Syrie et en Irak, comme les exactions perpétrées en Afrique de l’Est, sont une des conséquences des sécheresses et pertes de subsistances. Et les habitants des atolls et des deltas le savent, l’augmentation de 2°C probable d’ici 2050 est véritablement insoutenable. Ils l’ont bien répété et mis à l’agenda de la dernière conférence COP21 de Paris. L’horizon qui risque de s’imposer à très court terme est le déplacement des quelques 250 millions de personnes situées à très basse altitude. Comment faire face à cette vague humaine à l’heure où des milliers de réfugiés déferlent déjà en l’Europe ?

L’Internal Displacement Monitoring Centre (IDMC) basé à Genève réalise depuis 2008 un suivi des migrations climatiques. Cet organisme estime qu’en 2014, 19,3 millions de personnes ont été déplacées par des catastrophes naturelles dont 17,5 millions (92%) par des catastrophes liées au climat, essentiellement des inondations et des cyclones. Entre 2008 et 2014, chaque année 26,4 millions de personnes en moyenne ont été déplacées par des catastrophes naturelles – c’est une personne par seconde. C’est en Asie que se produit la très grande majorité de ces déplacements.

« Les migrations liées à l’environnement sont loin d’être un phénomène nouveau, souligne François Gemenne, chercheur en sciences politiques et spécialiste des questions d’environnement à l’Université Versailles Saint Quentin et à Sciences-Po et auteur de « Géopolitique du Climat » (Armand Colin, 2015). Il rappelle la Grande Dépression américaine des années 30 avec les sécheresses à répétition et tempêtes de sable – le fameux Dust Bowl – dans l’Oklahoma qui poussèrent à l’exode quantité de fermiers. C’est l’histoire que raconte John Steinbeck dans « Les raisins de la colère ».

Il faut attendre 1985 – deux ans avant le rapport Brundtland, Notre avenir à tous – pour que le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) publie son rapport Environmental Refugees (El-Hinnawi, 1985) pour consacrer la notion de Réfugié climatique. Reste à savoir quelle part prend réellement la pression climatique sur l’ensemble des migrants qui sont désormais plus de 900 millions dans le monde ?

François Gémenne s’emploie à montrer l’intrication des phénomènes environnementaux, climatiques et géopolitiques. Et il indique que les régions les plus vulnérables aujourd’hui comme les régions polaires, les deltas ou les îles sont comme les « canaris dans la mine », c’est-à-dire les sentinelles qui manifestent de manière prémonitoire ce qui attend d’autres régions. La fonte du pergélisol va affecter la Russie et les Etats Unis (Alaska). La disparition des glaciers andins va réduire les réserves d’eau douce pour l’agriculture et l’alimentation. La productivité de certaines de cultures va baisser en Amérique latine et l’est de l’Amazonie va devenir une savane d’ici 2050. En Afrique, d’ici 2020, entre 75 et 250 millions d’habitants n’auront pas accès à l’eau potable. Non sans conséquences…

On le comprend de plus en plus clairement, le réchauffement climatique est devenu un problème géopolitique. Il survient alors que les réserves d’eau, de minéraux, de terres agricoles s’épuisent par la prédation réalisée depuis plus d’un siècle par l’industrialisation et une économie négligeant les « externalités négatives ». Il oblige véritablement à considérer les interdépendances et à penser juridiquement ces questions nouvelles.

Source: UP magazine. Lire l’article dans son intégralité ici.

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