Quand le patient donne son avis, son médecin le soigne mieux

La décision médicale partagée permet de meilleurs choix thérapeutiques et favorise la bonne observance du traitement.

La lutte contre la surconsommation d’antibiotiques ne passe pas nécessairement par la mise en place de stratégies sophistiquées ou de mesures répressives. Des chercheurs australiens viennent de démontrer que l’implication du patient dans le choix de son traitement permet à elle seule d’éviter les abus. «Le recours à une décision médicale partagée réduit de 40 % la prescription d’antibiotiques dans le traitement des infections respiratoires», concluent-ils après avoir examiné les résultats d’une dizaine d’études menées en Europe auprès de 1 100 médecins généralistes et 492.000 patients. La revue, publiée en novembre, est réalisée par la collaboration Cochrane.

L’enjeu est loin d’être anecdotique. Toux aiguës, otites et maux de gorge comptent parmi les principaux motifs de consultation hivernale et donnent lieu, en France, à 70 % des prescriptions d’antibiotiques par les médecins de ville. Or l’antibiothérapie est souvent inutile dans ces affections, rappellent les auteurs de l’étude: «Elle apporte peu de bénéfice pour réduire la durée des symptômes et éviter les complications en cas de maux de gorge, de bronchites ou de sinusites, et ne présente aucun intérêt pour les laryngites et les rhumes.» Côté négatif, l’antibiothérapie expose les patients à des réactions allergiques et à d’autres effets indésirables gênants: diarrhée, candidose, douleurs abdominales, etc.

Dans l’étude Cochrane, les médecins ont pris le temps de communiquer ces données à leurs patients avant d’engager un dialogue sur le traitement approprié. Bilan: 29 % des malades impliqués ont reçu une antibiothérapie dans les six semaines, contre 47 % dans le groupe des consultations «normales».

«La décision médicale partagée consiste à dépasser la relation paternaliste entre le praticien et son patient, afin de mieux tenir compte des attentes et valeurs de ce dernier», analyse le Dr Cédric Grouchka, membre du collège de la Haute Autorité de santé (HAS). Le choix thérapeutique se fait d’un commun accord, au terme d’une discussion alimentée par les données scientifiques les plus récentes. La démarche intéresse la HAS, qui a détaillé ses bénéfices dans un rapport rendu en 2013. «Il est démontré que les patients sont mieux informés et plus confiants dans la décision médicale prise en commun, détaille le Dr Grouchka. Leur niveau d’anxiété est significativement plus bas, un mois après la consultation.»

Une bonne communication aurait aussi un impact sur la sécurité des soins à l’hôpital. Selon une étude menée aux États-Unis, le risque de survenue d’un événement indésirable évitable est moins élevé chez les malades qui estiment avoir participé aux décisions durant leur hospitalisation. D’autres recherches indiquent que certains actes (comme des chirurgies de la hanche et du genou) pourraient être évités par la mise en œuvre de ce dialogue.

Un besoin éthique

Mais il n’est pas facile de changer les mentalités. Selon une enquête internationale de 2011, 37 % des Français estiment avoir été associés au choix thérapeutique lors d’une consultation avec un spécialiste, contre 80 % des Suisses et 64 % des Australiens. En consultation, un patient qui décrit ses symptômes serait interrompu au bout de dix-huit secondes en moyenne, selon une autre étude.

La crainte de perdre du temps en consultation est souvent invoquée par les médecins, même si plusieurs études indiquent que cette inquiétude est infondée. Les spécialistes mettent aussi en cause la priorité donnée au contrôle des connaissances dans les études de médecine. «La compétence relationnelle est de mieux en mieux enseignée, assure Isabelle Richard, doyen de la faculté d’Angers. Mais cela reste une matière accessoire pour les étudiants, car elle n’est pas évaluée.»

La décision médicale partagée répond pourtant à un besoin éthique aux yeux d’Yvanie Caillé, directrice de l’association Renaloo, qui se bat pour que les malades rénaux soient consultés à l’heure des choix importants. «Lorsque les reins cessent de fonctionner, différents types de greffes ou de dialyses peuvent être proposés. Aujourd’hui, les patients ont rarement leur mot à dire», regrette-t-elle, alors que ce choix aura un effet sur la qualité et l’espérance de vie.

À titre d’exemple, opter pour une hémodialyse à domicile donnera souvent de meilleurs résultats, car ce dispositif permet d’ajuster au mieux la fréquence et la durée des séances. Le malade aura aussi plus de chances de conserver son travail. En contrepartie, il sera moins accompagné que dans un centre spécialisé. «Chaque stratégie ayant ses bénéfices et ses risques propres, le patient seul sait ce qui lui conviendra le mieux», résume Yvanie Caillé.

l’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: sante.lefigaro.fr

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