Santé connectée, entre révolution technologique et dictature du bien-être

Augmentation du nombre de maladies, pathologies infectieuses non maîtrisables et complexes, inaccessibilité du cerveau… la santé connectée peut-elle inverser la tendance, et à quel prix ?

 Alors que la neige presse les retardataires à l’intérieur de l’amphithéâtre de l’Université des Sciences de Grenoble, le premier débat du Forum Libération «Mon corps connecté» s’ouvre sur le thème de la médecine du futur. Objets connectés, médecine électronique, robotique, codes barre et algorithmes, la technologie révolutionne le secteur de la santé. Aux exigences de recherche et de soins s’ajoutent des innovations de plus en plus nombreuses. Cette ère du tout technologique, aussi fascinante soit-elle, soulève des inquiétudes. Le corps n’est pas à l’abri. Cette médecine du futur, prédictive et personnalisée, ne s’exerce pas sans risque majeur.

Premier constat rationnel et mesuré de Dominique Stoppa-Lyonnet, chef du service génétique de l’Institut Curie : les avancées scientifiques dans le domaine de la santé ont permis un progrès considérable. Le séquençage a offert la possibilité d’examiner le génome entier d’un individu en quelques heures. La prédiction d’une maladie est plus fine et adaptée. «Prédire pour mieux prévenir», avance-t-elle, empêcher que la maladie annoncée apparaisse. Une vraie révolution, entamée depuis une trentaine d’années, qui a fait évoluer les approches thérapeutiques.

Pour François Berger, directeur de recherche travaillant sur l’innovation technologique à l’Université de Grenoble, la complexité des pathologies oblige la recherche à explorer de nouvelles voies, parfois controversées. Son leitmotiv, la médecine électronique. «Pour soigner, il faut aller chercher des choses innovantes ailleurs que dans le secteur de la santé», défend-t-il. Faire travailler ensemble des secteurs qui n’ont rien à voir. Passer de l’innovation technologique au lit du malade. Une piste à exploiter, celle des smartphones. Formidable objet connecté qu’il faut transformer en un «smart device» (outil intelligent) au service des patients. Dans le public ses propos font réagir. «Je préfère mourir d’Alzheimer plutôt que d’avoir du silicium coulé dans le cerveau», apostrophe un membre du public. François Berger reste imperturbable et continue d’étayer son propos. Il évoque les neuroprothèses et la robotique, soutient que les algorithmes sont la solution pour décrypter la complexité du vivant, propose la création de laboratoires sur puces avec code barres pour surveiller les maladies. Pour autant, il prévient des écueils du tout technologique. Il condamne la prolifération d’accessoires connectés liés au bien-être qui se font hors des sentiers bien balisés de la santé pure et dure. «Un bracelet connecté n’a rien à voir avec le médical, déplore-t-il. L’intervention sur un homme sain doit se faire dans des conditions d’essais cliniques».

Le philosophe Eric Sadin juge inquiétante cette nouvelle ère technologique. Une confusion des genres entre l’industrie et la santé qui menace la société. «Jamais le champ de la médecine n’a autant été guidé par l’industrie et le profit». La santé est devenu un bien consommable régit par des start-up qui ont envahi le secteur, au nom de l’emploi et de la croissance. Une dictature du bien-être et des courbes évolutives. A cela s’ajoute la marchandisation alarmante des données issues du corps humain : le sommeil, le réveil, l’activité sportive, les pulsations du cœur etc.

Le public s’interroge sur la capacité de résistance de la société à de telles innovations. «Avons-nous le choix ?», s’interroge une femme dans l’audience. A cette crainte de se voir bientôt transformé en un cyborg téléguidé, François Berger tempère : «il existe un libre-arbitre. Les citoyens s’informent et ont un pouvoir, il ne faut pas les sous-estimer». Un membre du public salue quant à lui ces innovations salvatrices pour certains secteurs encore artisanaux, tels que celui du vieillissement des personnes.

Eric Sadin en appelle aux médecins, ces gardes fou seuls à même de contrer l’assaut sur leur domaine. Autre recommandation, interdire les suggestions médicales des applications smartphones, coupable de la transformation de l’individu en petit être assisté et irresponsable. Le débat se clôt sur une note optimiste, celle de Dominique Stopa-Lyonnet, qui croit encore à la relation humaine médecin-patient. «Nous ne sommes pas des animaux purement rationnels, il existe encore des émotions».

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: liberation.fr

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