«Il n’y a pas de gouvernance stable de la e-santé en France»

Applications pour smartphones, objets connectés, télémédecine… Pour le vice-président du Conseil national de l’ordre des médecins Jacques Lucas, notre système de santé doit vite s’adapter à ces innovations médicales.

Quel regard portez-vous sur le développement des objets connectés dans le champ médical ?

Il ne faut pas laisser entendre que le numérique au travers des objets connectés va permettre de remplacer le médecin auprès des patients. L’ensemble des outils numériques doivent être vécus comme des auxiliaires facilitant la relation entre un médecin et son patient, qui n’est d’ailleurs pas forcément malade. L’apparition du téléphone a-t-elle changé le cœur de la relation médecin/patient ? Non, cela les a même plutôt rapprochés et a rendu le contact plus facile. Il devrait en être de même pour les objets connectés.

Comment le corps médical accueille-t-il ces innovations ?

L’innovation aujourd’hui va très vite. Le numérique est venu assez brutalement impacter la tradition médicale. Il y a nécessairement une rupture dans les habitudes et cela bouleverse les organisations. Naturellement, cela entraîne au départ une certaine résistance au changement. Ce n’est pas forcément négatif car les nouvelles pratiques se doivent d’être explorées avant d’être banalisées. Aujourd’hui, les médecins ont, pour la plupart, accepté le fait que leurs patients aillent se renseigner sur internet, ce qui n’était pas encore le cas il y a trois ou quatre ans. Je pense que pour la santé connectée ce sera la même chose. Mais les objets connectés s’intègreront beaucoup mieux dans la relation entre les médecins et les patients s’ils sont recommandés et prescrits par le médecin lui-même. Il faut faire la différence, et c’est parfois difficile à cerner, entre ce qui est du domaine du bien-être et de la surveillance de soi et ce qui est du ressort proprement médical. Il faut faire attention, la santé numérique peut, je pense, avoir aussi un côté pervers et produire de la maladie ou plus exactement de l’addiction pour une certaine catégorie de personnes qui pourrait verser dans la «cybercondrie». Il faut également s’interroger sur la connexion de ces objets. Est-elle vraiment nécessaire si elle n’est pas couplée à un protocole de soin ? Je n’en suis pas certain.

Pensez-vous que la France aille assez vite dans le développement de la e-santé ?

En France, on s’identifie dans le système de soin avec sa carte vitale. Aux Etats-Unis, pour caricaturer, on s’identifie avec sa carte bancaire et cela a permis d’accélérer le développement de la e-santé. Ce n’est pas lié à l’ingéniosité américaine mais au libéralisme du marché. La question en France et en Europe est de savoir comment intégrer les outils de e-santé dans le fonctionnement de notre système. La télémédecine n’est actuellement pas, ou peu, prise en charge par l’Assurance Maladie en France et c’est bien évidemment un frein énorme. Il n’y a pas en France de gouvernance stable de la e-santé. Ce serait pourtant indispensable pour avoir une perspective de déploiement qui ne soit pas ballotée aux aléas des alternances politiques. Le dossier médical personnel, le DMP, a été lancé par Douste-Blazy il y a plus de dix ans et on en est toujours au même point malgré déjà quatre relances. Tant qu’il n’y aura pas un pilote dans l’avion de la e-santé, on aura beaucoup de difficultés à la déployer.

l’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: libération.fr

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