Numérique en santé : le chaînon manquant ?

Entretien avec Christian Saout, secrétaire général délégué du Collectif interassociatif sur la santé.

Dans la santé, comme ailleurs, le numérique constitue une révolution. Que l’on songe un instant au potentiel que recèle la combinaison d’une molécule, d’un dispositif médical, des nano-technologie, de la génomique et du numérique. Ce sont des guérisons nouvelles et des rémissions longues en perspective. La gestion de la vie avec la maladie sera aussi facilitée : plus facile de comprendre sa santé avec la data-visualisation sur un smarphone (on en rêve avec le dossier médical partagé !). Donc plus facile aussi de s’impliquer dans sa santé : soi-même ou ses proches. Or, plus grande est l’implication du patient meilleures sont ses chances d’aller mieux. Enfin, le numérique c’est aussi la facilitation des échanges notamment entre les professionnels de santé. C’est un puissant adjuvant pour coordonner les multiples intervenants et les nombreuses disciplines dont la connexion est rendue indispensable avec l’explosion des maladies chroniques. Donc, le numérique c’est bon pour la santé ! Mais, si nous n’y prenons pas garde des difficultés pourraient briser ce scénario de l’espoir.

D’abord, le creusement des inégalités de santé. Notre pays ne parvient toujours pas à prendre en charge le lecteur de glycémie en continu qui permet pourtant une meilleure autonomie du patient diabétique. La Slovénie, le 24ème pays en Europe selon le produit intérieur brut, le fait ! Si nous continuons à refuser la prise en charge solidaire des nouveaux outils numériques en santé ce sera l’accès aux meilleurs soins pour les plus fortunés, et pour les autres l’exclusion de la modernité thérapeutique.

Ensuite, la soutenabilité de la dépense. Car ces innovations coûtent cher. Intrinsèquement parfois, mais surtout parce qu’elles s’adressent à des milliers de malades. Nos investissements publics sont contraints par la crise de la dette. Mais dans la santé, nous avons des marges de manœuvre : 30 % de soins inutiles selon des études convergentes. Cela devrait libérer beaucoup d’argent pour les innovations de demain, si les rentiers d’hier ne bloquent pas tout.

Enfin, l’utilisation des données et des traces captées aux terminaux d’usage : smartphone, tablettes et ordinateurs. Car nos gestes «informationnels» sont enregistrés, scrutés à l’aide de puissants algorythmes et «profilés» pour induire des comportements ou des consommations. Les Français le pressentent bien : 80 % déclarent que le numérique facilite leurs vies et 80 % sont inquiet pour la sécurité de leurs données. «Data is the new oil» dit-on sur les places boursières. Cela interroge en santé : va-t-on vers l’achat de données par les assureurs pour écarter les malades de l’accès aux assurances ? Va-t-on vers encore moins de solidarité catégorielle dans les complémentaires où les écarts de prix sont déjà de 1 à 3 pour les mêmes prestations selon que l’on est jeune, adulte ou vieux ?

Ne renonçons pas à notre Constitution qui proclame : «La Nation garantit à tous (…) la protection de la santé.» 

Source: Libération. Lire l’article ici.

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