Les ONG en guerre contre les robots tueurs

La fabrication d’«armes autonomes» étant peu coûteuse, experts et défenseurs des droits de l’homme en craignent la prolifération.

Le développement des «systèmes d’armes létales autonomes», plus couramment appelés «robots tueurs», inquiète les défenseurs des droits de l’homme. Depuis deux ans, plusieurs ONG se sont regroupées pour réclamer leur interdiction. L’irruption de cette technologie dans les conflits qui agitent la planète a pris de vitesse l’ONU: celle-ci n’a pas de convention prête sous le coude pour fixer les règles d’utilisation de ces engins.

C’est un peu en catastrophe que les 121 Etats parties à la Convention sur certaines armes classiques (CCW) ont entamé une réflexion sur la question en 2013. Depuis, le débat a mis en lumière une vraie ligne de fracture entre ceux qui estiment que le droit international humanitaire (DIH) en vigueur est suffisant et les autres, plus prudents, qui préfèrent une interdiction ou un moratoire, ou encore l’adoption d’un code de conduite. Les Etats qui s’opposent à l’interdiction des robots tueurs expliquent qu’il n’est pas possible d’empêcher le développement d’une technologie qui ne se résume pas à ses applications militaires.

La kalachnikov de demain

Pour les ONG et les défenseurs des droits de l’homme, c’est le principe de précaution qui doit l’emporter. «Certains commentateurs croient que cette technologie pourrait être développée de manière à permettre à ces armes de se conformer à la loi. D’autres, cependant, ont souligné qu’il y aurait des obstacles importants pour qu’un robot puisse être capable de distinguer entre combattants et civils ou de juger de la proportionnalité d’une attaque», constatent les auteurs du rapport publié conjointement par Human Rights Watch et le laboratoire des droits humains internationaux de l’Université Harvard . Lesquels préconisent d’opter pour l’interdiction pure et simple comme cela a été fait il y a vingt ans avec les lasers aveuglants.

En juillet 2015, plus de 3000 experts en intelligence artificielle et en robotique ont signé une lettre ouverte pour alerter la communauté internationale du risque de «prolifération d’armes totalement autonomes». La fabrication de ces machines étant peu coûteuse, ils faisaient alors part de leur crainte de voir ces armes autonomes devenir la «kalachnikov de demain».

Malgré ce pavé jeté dans la mare, le débat avance à petits pas, en tout cas bien moins vite que la technologie qui pousse au développement de ces armes. Plusieurs ONG ont lancé la campagne «Stop aux robots tueurs» pour essayer de bousculer les choses (lire l’encadré ci-contre). «Les pays doivent accélérer le rythme de leurs discussions», exhorte Bonnie Docherty, chercheuse auprès de la division armes de Human Rights Watch (HRW). «Les gouvernements peuvent maintenant agir directement en prenant l’engagement d’interdire les armes sans contrôle humain significatif sur la cible et le moment de l’attaque», explique-t-elle.

Plusieurs des 121 pays ayant adhéré à la Convention sur certaines armes classiques, dont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Chine, Israël, la Russie et la Corée du Sud, développent aujourd’hui des systèmes d’armes avec divers degrés d’autonomie et de létalité. Les Etats parties au traité ont eu neuf jours de discussions informelles sur les systèmes d’armes létales autonomes en 2014 et 2015. Pour l’instant, la question du contrôle de ces armes n’a pas été tranchée.

Source: La tribune de Genève. Lire l’article dans son intégralité ici.

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