Augmenter l’homme ?

Loin d’être de la science-fiction, un certain nombre de réalisations permettent déjà d’augmenter les capacités de l’homme, et non plus seulement de le « réparer ».

Entre réparation de l’homme et augmentation de ses capacités, la frontière est parfois ténue. Les réalisations dans ce domaine illustrent parfaitement le glissement possible entre le soin apporté à l’être humain et l’augmentation artificielle de ses capacités. Partis avec la volonté de mieux soigner, les initiateurs de la cartographie de l’ADN placent ceux qui s’en serviront face à des décisions vertigineuses. Utile au médecin, la collecte de données physiologiques pose aussi la question du stockage et de la destination de ces données… Revue de détail de l’homme augmenté aujourd’hui, demain et après-demain.

Ce que l’on sait déjà faire

Des puces implantées sous la peau

En septembre 2014, le jeune bio- hacker suédois Hannes Sjöblad lance des « implant parties », qui permettent à ceux qui le souhaitent de se faire implanter une puce. 300 personnes ont déjà recouru à cette pratique, pour 21 €. L’objet, de la taille d’un grain de riz, est prévu pour fonctionner une dizaine d’années. La puce peut déverrouiller un smartphone, éteindre la lumière ou ouvrir une porte. C’est l’équivalent d’une carte magnétique, ou d’une clé. Hannes Sjöblad est persuadé que l’avenir de l’homme passe par l’implantation de ce type de systèmes. Sur son compte Twitter, le jeune homme pose avec une pancarte. Sur celle-ci, cette inscription: « Quelques-uns de mes meilleurs amis sont des humains. »

Un tatouage pour collecter les données physiologiques

Le patch Biostamp, développé par les sociétés MC10 et Ericsson, ressemble à un tatouage. Flexible, connecté, il relève en temps réel certaines données comme la pression sanguine, le taux de sucre, le cholestérol, l’exposition aux UV, etc. Ce tatouage est le résultat d’une course à la miniaturisation des capteurs pour mesurer ce type de données, et pour certains de dispenser directement des traitements. En mars 2015, Google a ainsi révélé avoir déposé un brevet pour concevoir un bracelet susceptible de détruire un certain type de cellules cancéreuses, au moyen d’ondes radio, magnétiques ou acoustiques. L’entreprise américaine avait déjà, en 2014, annoncé des lentilles mesurant le taux de glucose dans les larmes, pour les personnes diabétiques.

Des os sur mesure

Le développement des imprimantes 3D, permettant de créer des objets en trois dimensions à partir de fichiers informatiques, intéresse tout particulièrement le domaine médical. La société française OsseoMatrix travaille sur la création d’implants biocéramiques sur mesure. « OsseoMatrix réalise de l’os minéral de synthèse, sur mesure, à partir d’un procédé propriétaire d’impression 3D directe, peut-on lire sur le site de l’entreprise. Ces implants permettent de compenser des pertes osseuses cranio-maxillo-faciales, dentaires et orthopédiques. »

Ce que l’on fera demain

Régénérer des organes

La mise en au point, en 2007 par le chercheur japonais Shinya Yamanaka, des cellules pluri-potentes induites (dites « IPS ») a ouvert aux médecins et aux chercheurs un espoir: celui de mettre en œuvre une forme de médecine régénérative, réparant des organes abîmés. Cette technique permet de « reprogrammer » n’importe quelle cellule, prélevée à un adulte, afin qu’elle puisse ensuite se multiplier, donnant naissance à d’autres types de cellules qui composent l’organisme adulte. Ces cellules sont l’équivalent des cellules souches embryonnaires, cultivées in vitro, obtenue après la destruction d’un embryon, et de ce fait interdites en France. Concrètement, la technologie mise au point par le chercheur japonais, primé en 2012 par le Nobel de médecine, consiste à modifier génétiquement les cellules prélevées pour en faire une cellule pluri-potente. Aujourd’hui, ces cellules sont surtout utilisées pour étudier des maladies comme la sclérose en plaque ou la maladie de Parkinson.

Cartographier son ADN

En 2003, de nombreux scientifiques saluaient le décodage, pour la toute première fois, d’une cartographie complète du génome humain. Le travail avait pris dix ans et coûté 3 milliards de dollars. L’an dernier, la société américaine Illumina a annoncé la mise au point d’un équipement capable de décrypter le génome complet d’une personne pour 1 000 dollars. Tout porte à croire que dans quelques années, cette technologie sera accessible pour quelques centaines d’euros. Un tel séquençage pourrait permettre à chacun de connaître les maladies dont il est potentiellement porteur.

Ce que l’on rêve de faire après-demain

Le cerveau connecté au Net

« D’ici 20 ans, nous aurons des nano-robots, car une des nouvelles tendances à forte évolution est la miniaturisation de la technologie. Ils entreront dans notre cerveau à travers nos vaisseaux capillaires et connecteront simplement notre néocortex à un néocortex synthétique dans le cloud (1), nous en fournissant ainsi une extension. » Les propos, en forme de prophétie, sont du futurologue Ray Kurzweil, figure du transhumanisme. Dans une intervention réalisée en juin 2014 aux conférences TED, rendez-vous incontournable de l’innovation technologique organisée chaque année par la fondation américaine Sapling, l’ingénieur prédit ainsi la connexion du cerveau au Net. Il évoque également « un système de pensée hybride fonctionnant sur des composants biologiques et non biologiques ». « À l’heure actuelle, vous avez un ordinateur dans votre téléphone, mais si vous avez besoin de 10 000 ordinateurs pour quelques secondes pour faire une recherche complexe, vous pouvez y avoir accès dans le cloud. Dans les années 2030, si vous avez besoin d’une extension de néocortex, vous pourrez vous y connecter via le cloud directement depuis votre cerveau. » Ce néocortex numérique permettrait de démultiplier l’intelligence humaine par… un milliard.

L’œil post-humain

Nos capacités visuelles excéderont-elles un jour la capacité naturelle maximale d’un œil humain? La mise en place d’un implant doté d’électrodes pourrait rendre de telles facultés possibles. En jeu: la possibilité d’une vision nocturne et celle de voir très loin, bien au-delà des capacités actuelles. La technologie existe déjà: plusieurs sociétés dont l’américaine Second Sight, et l’allemande Retina Implant, travaillent sur le sujet. Les chercheurs ont mis au point une puce électronique, placée au fond de l’œil, et chargée de stimuler la rétine pour déclencher une perception visuelle chez les personnes aveugles. En 2014, la France a approuvé le remboursement des prothèses Argus II pour 30 cas par an, dans trois centres. Le projet EYE, Enhance your eye (Améliore ton œil), de la société de design médical MHOX, basée à Bologne en Italie, envisage pour sa part la création d’yeux totalement artificiels d’ici à 2027. Certains soulignent déjà que les capacités de ces organes artificiels (vision augmentée, connexion à un réseau…) pourraient aussi intéresser des personnes valides. « L’œil sera-t-il le premier organe que des humains remplaceront volontairement? », peut-on lire dans les cahiers de veille de la Fondation Télécom publiés en juin dernier.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: la-croix.com

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