La simulation sur mannequin se fraye une place en médecine

Objet d’une recommandation de la Haute Autorité de santé depuis 2012, le développement de la simulation pourrait s’accélerer dans les facultés de médecine. Avec comme règle : «  Jamais la première fois sur un patient ».

Dans la salle de l’université de médecine Paris-Descartes, deux étudiantes se penchent sur un mannequin. Objectif: réaliser un frottis vaginal chez une femme enceinte. Marie a du mal à atteindre le col de l’utérus, elle se tourne vers la formatrice et lui fait part de ses hésitations, pose des questions. «Le col de l’utérus chez une femme enceinte étant très bas, tu peux lui proposer de mettre ses deux poings sous les fesses pour le surélever», lui explique Justine Hugon-Rodin, chef de clinique en gynécologie médicale à la maternité de Port-Royal. De l’autre côté de la table, un accouchement est en cours. Les étudiants vont toucher la tête du fœtus pour voir si elle est bien engagée. Pas d’appréhension de leur part: le nourrisson est en plastique. «Je ne sais pas si j’aurais osé aller chercher la tête de cette façon si j’avais dû le faire la première fois en salle d’accouchement», reconnaît Mélanie.

Dans les locaux d’i-lumens, le centre de simulation de la faculté Paris-Descartes, les étudiants s’exercent sur des malades virtuels. Pour apprendre le toucher vaginal, les mannequins sont «rudimentaires». Mais un peu plus loin, dans une salle d’accouchement virtuelle, le mannequin plus vrai que nature respire, saigne, crie et réagit aux soins selon un scénario préalablement défini. Les étudiants peuvent aussi se former avec des «serious games», des «jeux vidéo sérieux» permettant de s’immerger dans un environnement très réaliste, ou encore au cours de jeux de rôles pour mimer l’annonce d’une mauvaise nouvelle.

Un enjeu éthique

Toutes ces méthodes de simulations répondent aux recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) qui préconise, depuis 2012, le développement de la simulation. Avec comme leitmotiv: «Jamais la première fois sur un patient». Mais alors que la simulation est inscrite par la loi dans la formation des infirmières, elle reste facultative pour les médecins et varie donc au gré des facultés et des hôpitaux. Son développement pourrait cependant s’accélérer dans les prochaines années. En effet, suite à la polémique autour des touchers vaginaux et rectaux réalisés par des étudiants en médecine au cours d’anesthésies générales, la ministre de la Santé a annoncé la création d’ici à 2017 d’un centre de simulation par centre hospitalo-universitaire.

«L’enjeu de la simulation est avant tout éthique. Aucun geste ne devrait se faire la première fois sur un patient, explique le Pr Jean-Claude Granry, auteur du rapport de la HAS et président de la Société francophone de simulation en santé. Or, les études de médecine n’insistent pas assez sur le respect de l’autre. Lorsque je demande à mes étudiants s’ils laisseraient un externe recoudre une plaie au visage d’un de leurs proches, ils répondent tous non. En revanche, ils sont prêts à le faire sur un inconnu, même si c’est une première pour eux.» Et quoi qu’il en soit, insistent les médecins, un jour ou l’autre les étudiants seront confrontés à de vrais patients. «À ce moment-là, aucun geste ne peut se faire sans leur consentement. Mais en général, les patients ne refusent pas», précise le Pr Jean-Pierre Vinel, président de la conférence des doyens.

Du temps

Mais l’enjeu de la simulation est également pédagogique. La simulation, c’est une autre façon d’enseigner: les étudiants apprennent par l’erreur. «Cela fait trente ans que notre évaluation repose sur la sanction. Dans la simulation, vous faites un débriefing à tous les étudiants. C’est une autre façon de faire, il s’agit de leur offrir un retour d’expérience sans les mettre en échec. De plus, très souvent, ils sont filmés et sont donc leur propre juge», explique le Pr Marc Braun, directeur du centre de simulation de la faculté de médecine de Nancy. Autre avantage de la simulation, elle est reproductible et tous les événements sont prévisibles. Les étudiants peuvent donc s’exercer à certains gestes sans stress et poser les questions parfois difficiles à évoquer en présence du malade.

Seul frein à la simulation: elle demande une formation des pédagogues et réclame de repenser l’organisation de l’enseignement. «La simulation est incontournable mais réclame du temps formateur: il faut compter 1 h 30 pour dix personnes. Or, à la faculté de Bordeaux, nous avons 500 étudiants par année», explique le Pr Emmanuel Cuny, directeur du centre de recherches appliquées en méthodes éducatives à Bordeaux.

Une fois cet obstacle franchi, la méthode permet de former l’ensemble des étudiants à tous les gestes, ce qui n’est pas toujours possible au cours des stages d’externat. «Avant l’implantation de notre département de simulation, 20 % seulement de nos étudiants qui passaient l’internat avaient réalisé une ponction lombaire», confie le Pr Antoine Tesnière, directeur du département i-lumens. Aujourd’hui, aucun des internes de Paris-Descartes ne devrait plus se retrouver dans la situation de l’interne du film Hippocrate, désemparé car ne sachant pas très bien où planter son aiguille dans le dos du patient.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: santé.lefigaro.fr

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