« Il n’y aura jamais de médecine sans médecin »

La médecine est également impactée par la révolution numérique. La télémédecine comme les objets connectés vont transformer les habitudes des patients comme des professionnels. Jacques Lucas, vice-président du Conseil national de l’Ordre des médecins, explique au JDD pourquoi la technologie ne remplacera jamais les docteurs.

En quoi le numérique va révolutionner la médecine de demain?
La e-santé, c’est-à-dire la pratique médicale par la voie du numérique, a permis d’ouvrir de nouvelles perspectives. Cela se traduit par la télémédecine, la médecine à distance. Cette dernière est un moyen pour lutter contre les déserts médicaux mais aussi pour désengorger les urgences. Un diagnostic à distance, à l’aide de données de santé numériques, peut permettre de rassurer et éviter un déplacement inutile à l’hôpital.

Comment l’Etat contrôle et encadre la télémédecine?
Pour la pratiquer, il faut s’inscrire dans un processus de contractualisation avec les agences régionales de santé (ARS). Cela peut d’ailleurs être un frein pour les médecins libéraux qui ne veulent pas se lier à l’administration. Cet encadrement est régi par un décret, datant de 2010. Ce texte est déjà un peu obsolète, mais il va être révisé afin de coller aux réalités des pratiques. La réglementation craque en effet sous les innovations et les besoins numériques de notre société. La France reste toutefois pionnière en la matière. Notre législation est l’une des plus pointues d’Europe.

La e-santé peut-elle permettre des économies à la sécurité sociale?
L’impact de la télémédecine n’est pas négligeable en effet. Prenons l’exemple d’un patient qui se rend chez son médecin traitant pour un problème cardiaque. Plutôt que de devoir faire le déplacement chez un cardiologue, son médecin traitant pourrait très bien réaliser un électrocardiogramme envoyé par voie numérique au spécialiste. Ce dernier, s’il n’y a pas d’urgence, déterminerait un diagnostic à distance, évitant ainsi une consultation onéreuse pour la solidarité nationale. Ce genre de processus s’applique difficilement pour les soins dentaires, mais en dermatologie ou même en psychiatrie, ça marche.

Des assureurs comme AXA ont commencé à proposer à leurs clients des « téléconseils ». Quelle est la différence avec la « télémédecine »?
Ces téléconseils dits personnalisés sont payants et non remboursés par l’assurance maladie obligatoire. Ils sont pris en charge dans le cadre d’un contrat de mutuelle complémentaire. Ceci dit, ils restent prodiguer par des médecins assermentés, rémunérés par des sociétés prestataires. Ils font généralement de l’orientation, renvoyant vers le 15 en cas d’urgence. Cela pose toutefois une question dont l’Ordre des médecins souhaiterait la réponse : l’Etat va-t-il encourager cette pratique? Et si oui, cela marque-t-il un désengagement de l’assurance maladie?

On parle aussi de m-santé ou « santé connectée »…
Ce sont tous les objets connectés ou applications de santé pour smartphones et tablettes. Ce sont des outils pour les professionnels de la santé, mais aussi pour les usagers – malades ou non – qui peuvent mesurer eux-mêmes un certain nombre d’informations. Le rythme cardiaque, la tension, etc… pourront ainsi été relevés par les non-médecins.

N’y a-t-il pas de risque à devenir hypocondriaque?
C’est le problème du e-Dr Knock. Derrière tout bien portant, il y a un malade qui s’ignore. A force de se surveiller, des personnes, en bonne santé, peuvent devenir dépendantes à leur objet connecté. Alors que le numérique a pour objectif d’autonomiser les patients, il peut ainsi créer un comportement addictif. La Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) a déjà alerté sur ce problème qui doit faire partie de nos préoccupations.

Ces objets ou applications ne concurrencent-elles pas les médecins?
Mais il n’y aura jamais de médecine sans médecin. Les données médicales numériques doivent d’abord être à la disposition du docteur. L’objet connecté doit être un auxiliaire dans la relation médecin-patient, pas un substitut. De même, je ne crois pas à la robotisation de la médecine. Les robots seront toujours des outils. S’ils permettent parfois une finesse d’intervention plus grande – notamment en chirurgie -, on ne laissera jamais un robot et un patient seuls dans un bloc opératoire. Au contraire, nous voyons la santé connectée comme une opportunité d’évolution de notre métier.

Avec la numérisation des données médicales, se pose la question de leur protection. Comment faire respecter le secret médical?
Nous avons, en France, l’une des législations les plus strictes dans ce domaine. Mais avant d’être protégées, il faut d’abord s’assurer de la fiabilité des données. Si on vous dit que votre pouls est à 70 alors qu’il est à 140, ça pose problème. Il va donc falloir évaluer les applications médicales. Cela pourrait relever de l’Agence nationale du médicament, qui surveille déjà les dispositifs médicaux réglementés. Aux professionnels aussi de s’engager dans ce processus de validation. On pourrait imaginer des labels décernés par des sociétés savantes, celles de cardiologie ou de dermatologie par exemple.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: lejdd.fr

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