Télésurveillance : pas sans éducation thérapeutique

Pour les médecins qui conduisent aujourd’hui des programmes d’évaluation de l’impact de la télésurveillance dans l’insuffisance cardiaque, il apparaît indispensable d’associer éducation du patient et télémédecine. Explications.

Cinq mille patients feraient aujourd’hui l’objet d’un suivi à distance. Ils pourraient être dix fois plus dans deux ans, voire un million à l’horizon 2020… À condition que la batterie de mesures de simplification administrative et autres aides récemment annoncées dans le cadre du comité stratégique de Filière Santé finissent par être mises en œuvre ! Reconnus pour l’exemplarité de leurs « projets champions », quatre domaines sont jugés prioritaires par le groupe de travail mixte qui associe pouvoirs publics et industriels dans l’objectif de développer la télémédecine : diabète, insuffisance cardiaque, hypertension artérielle et insuffisance rénale chronique.

Des signes cliniques précurseurs

Néphrologues, cardiologues, pneumologues… les spécialistes convaincus des vertus du télésuivi sont de plus en plus nombreux. Mais on en reste, la plupart du temps, aux expérimentations à des fins d’évaluation. Ainsi, dans l’insuffisance cardiaque, par exemple, deux programmes importants sont actuellement en cours : OSICAT (Optimisation de la surveillance ambulatoire des insuffisants cardiaques par télécardiologie) et PIMPS (Plate-forme Interactive Médecins Patients Santé).

OSICAT consiste à associer le patient dans la transmission régulière de son poids et autres signes cliniques qui se révéleraient précurseurs d’une détérioration de son état de santé, cela afin d’intervenir précocement et, du coup, d’éviter une réhospitalisation. Les premiers résultats sont attendus pour début 2017. « Ils associeront une étude clinique (sur la morbi-mortalité), une évaluation médico-économique et une analyse de l’acceptabilité sociétale », précise le Pr Michel Galinier, chef de service de cardiologie au CHU de Toulouse et investigateur principal.
Lancé par le Pr Patrick Jourdain, cardiologue au centre hospitalier René-Dubos, à Pontoise, sur un principe similaire, c’est-à-dire de surveillance à distance des constantes cliniques, le projet PIMPS porte, en outre, sur l’autosurveillance par le patient de son dosage de BNP ; cela de manière à valider qu’il s’agit bien d’un biomarqueur clef dans le suivi de l’insuffisance cardiaque en ambulatoire.

Éduqué, le patient devient acteur de sa santé

Important à noter : ces programmes intègrent une dimension, jugée fondamentale par leurs promoteurs, d’éducation thérapeutique. Pour le Pr Galinier, les nouvelles stratégies de prise en charge qui font appel à la télémédecine dans le contexte des maladies chroniques doivent en effet reposer sur le fait que le patient, éduqué, devient acteur de sa santé. Le cardiologue souligne également[3] que « sorti du contexte hospitalier, le patient se sent fragile. Le suivi ambulatoire crée un sentiment de sécurité lors du retour au domicile après un épisode aigu. Les patients témoignent se sentir à la fois accompagnés et guidés en douceur vers l’autonomie. »

Le télésuivi ne se limite en effet pas à connecter le patient à une plate-forme informatique destinée simplement à transmettre des alertes, mais il fait appel à des compétences infirmières spécifiques, déployées dans ces deux cas par un opérateur spécialisé en télémédecine.

La démarche d’accompagnement est tout aussi essentielle aux yeux du Pr Jourdain pour qui il ne peut tout simplement pas y avoir de télémédecine sans éducation du patient ! Avec la plate-forme PIMPS, le malade se voit d’ailleurs proposer un ensemble de services en ligne : informations, quiz, agenda de suivi, etc.

L’importance d’organiser conseils et soutien en appui du télésuivi est confirmée par les observations du Dr Benoît Lequeux, président de l’association Projets innovants en cardiologie pour le Poitou-Charentes (PIC), qui vient de mener une étude de faisabilité pour préparer le terrain à une généralisation du télésuivi des patients insuffisants cardiaques après hospitalisation. Durant deux ans, il a équipé 80 patients, à domicile, d’un tensiomètre, d’une tablette tactile en support à un questionnaire de suivi, et d’un boîtier assurant la transmission des informations vers les serveurs sécurisés d’une plate-forme de télémédecine. Le cardiologue (au CHU de Poitiers) s’est ainsi rendu compte que les patients « jouent le jeu » durant deux mois environ, mais commencent ensuite à se lasser de renseigner les indicateurs nécessaires à leur suivi à distance.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: lequotidiendumédecin.fr

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