Des robots biologiques tueurs de bactéries

Deux chercheurs français ont fondé Eligo Bioscience, une start-up qui vient de réussir à lever 2,4 millions d’euros. Leur but : vaincre les bactéries résistantes aux antibiotiques.

Les antibiotiques ont deux défauts majeurs: ils s’attaquent sans distinction aux bonnes et aux mauvaises bactéries, et ils commencent à montrer des signes inquiétants de faiblesse face aux plus résistantes d’entre elles. Devant ce double constat, deux chercheurs français ont choisi d’explorer une piste thérapeutique inspirée des virus qui s’attaquent aux bactéries. Ils ont ainsi fondé une start-up, Eligo Bioscience, qui vient de réussir à lever 2,4 millions d’euros pour mener à bien ce projet.

Utiliser ces bactériophages (ou phages) pour traiter les infections n’est pas une idée nouvelle à proprement parler. La phagothérapie existe depuis des décennies en Europe de l’Est où elle s’avère très efficace dans certaines situations, mais assez peu fiable. Elle fait aussi l’objet d’études approfondies en ce moment dans les grands laboratoires.

La stratégie envisagée par les deux jeunes docteurs en biologie synthétique est très différente: il ne s’agit plus d’administrer les virus tels quels, mais d’utiliser simplement leur enveloppe, appelée «capside», pour y placer des ciseaux moléculaires capables de découper l’ADN des bactéries.

Toute l’astuce vient du fait que ces ciseaux sont guidés par un petit brin d’ARN que l’on peut changer à l’envi en fonction des microbes visés. «Si l’on met un brin d’ARN correspondant à un gène de résistance donné, les ciseaux ne découperont que l’ADN des bactéries qui portent ce gène», explique David Bikard, directeur scientifique de la jeune entreprise.

Retourner le «système immunitaire» des bactéries contre elles

Ironie du sort, cette technique de détection et de découpe de l’ADN, baptisée «CRISPR», s’inspire justement de la manière dont les bactéries luttent contre les virus. «D’une certaine manière, nous retournons le système immunitaire des bactéries contre elles», détaille le jeune chercheur qui, à seulement 30 ans, a mis en place le laboratoire de biologie de synthèse de l’Institut Pasteur, qu’il continue à diriger en parallèle avec sa start-up.

La preuve de concept a été publiée début 2014 dans Nature Biotechnology. Un article qui évoquait alors la possibilité d’utiliser cette méthode pour lutter spécifiquement contre les bactéries multirésistantes. «Mais ce n’est pas le problème auquel nous allons nous confronter en premier», prévient Xavier Duportet, le jeune PDG de la start-up, passionné d’entrepreneuriat (il préside sur son temps libre la grande conférence sur l’innovation Hello Tomorrow). «Il faudrait des échantillons très importants de 20 ou 25.000 patients pour démontrer que ces petits robots biologiques sont supérieurs aux antibiotiques dans ce contexte, poursuit-il. Cela coûterait beaucoup trop cher. Sans compter que le marché est très réduit pour le moment. Cela serait difficile de trouver des investisseurs. Nous devons développer notre technique dans des indications où le bénéfice est plus direct et donc plus facile à mesurer.»

Acné et maladie de Crohn

Les deux jeunes scientifiques partent pour le moment dans deux directions: les traitements contre l’acné et contre la maladie de Crohn (une inflammation intestinale chronique). «Les antibiotiques actuels ne font pas de distinctions entre les bactéries P. Acnes utiles et celles qui provoquent la maladie de peau, ce qui provoque des effets secondaires très importants», explique David Bikard.

La maladie de Crohn pourrait, quant à elle, être au moins en partie liée à un déséquilibre dans le microbiome intestinal (les populations de bactéries, virus, champignons qui vivent dans notre estomac et nous aident à digérer) que les traitements actuels à base d’immunosuppresseurs et d’antibiotiques ne font que renforcer. Cibler spécifiquement certaines populations de bactéries pour rétablir l’équilibre serait une avancée majeure.

Vers une équipe de six ou sept personnes

Deux chercheurs travaillent ainsi à plein-temps pour tenter de fabriquer les capsides adaptées à ces deux situations. «Les ciseaux et la sonde-ARN ne posent pas vraiment de problèmes, explique David Bikard. Il est plus difficile de préparer des capsides fonctionnelles capables d’absorber cette molécule et de l’injecter ensuite dans les bactéries-cibles. Notre objectif est d’arriver à établir un procédé bien contrôlé qui nous permette ensuite de produire facilement de nouvelles capsides en fonction de la maladie à laquelle on voudra s’attaquer.»

Deux jeunes talents en biologie de synthèse vont venir rejoindre l’équipe dans les semaines à venir. «Nous espérons pouvoir monter une équipe de six ou sept personnes, précise Xavier Duportet. Nous avons assez d’argent pour tenir deux ou trois ans. Nous aimerions alors pouvoir lancer les premiers essais cliniques. Peut-être avec la collaboration d’un grand laboratoire.» Le rendez-vous est pris.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: lefigaro.fr

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