Le «meilleur système de santé au monde» ne parvient plus à innover

Le cabinet de conseil Nexialog constate que les bases d’un désengagement financier de la Sécu sont posées et que les pouvoirs publics manquent d’idées pour contenir la dépense.

Les faits – Une dizaine de pays ont été passés au crible par le cabinet Nexialog, pour voir comment leurs systèmes de santé font face aux contraintes financières croissantes. Plusieurs ont trouvé des solutions nouvelles pour endiguer la hausse des dépenses. La France reste à l’écart.

« Les assureurs ont de très beaux jours devant eux en France ». C’est la conclusion de Virginie Degroote, associée au cabinet de conseil en actuariat et stratégie Nexialog. Elle a piloté une étude sur les innovations engagées dans une dizaine de pays à travers le monde, pour faire face à trois grands défis en matière de santé : le vieillissement démographique avec une part des plus de 60 ans qui devrait doubler d’ici à 2050, la progression des maladies chroniques qui représentent déjà près des deux tiers des décès, et l’accès aux soins.

Au final, l’OCDE estime que la part des dépenses de santé dans le PIB mondial pourrait passer de 6% aujourd’hui à 14% en 2060. Autant d’enjeux qui se posent également au système de soins français dont on se plaît à rappeler régulièrement qu’il figure parmi les meilleurs au monde (mais selon un classement de l’OMS qui date déjà de quinze ans).

« En France, l’État est en train de mettre en place une couverture de santé minimale et pose les bases d’un désengagement financier à terme », dans un contexte où les dépenses ne feront que progresser, souligne Virginie Degroote. C’est la manière dont elle analyse la généralisation de la complémentaire en entreprise – qui deviandra obligatoire le 1er janvier – et, parallèlement, l’encadrement des garanties que peuvent proposer les contrats dits « responsables » (bénéficiant de réductions fiscales, ceux-ci représentent aujourd’hui la quasi totalité des contrats complémentaires collectifs).

Ticket santé. Face à la hausse inexorable des dépenses, comment s’y prennent les autres pays ? Ils innovent. L’Allemagne a lancé en 2011 un «ticket santé» avec un principe comparable à celui du titre repas, qui permet de réduire les arrêts maladie en encourageant la pratique du sport. Le Canada, lui, a mis en place en 2009 un registre de santé électronique qui couvre les deux tiers des assurés et permet de centraliser les données médicales d’un patient, en adaptant son suivi à ses antécédents ou son profil de risque…

« En France, comme avec le Minitel, nous avons été pionniers avec la carte Vitale et on se fait dépasser », soupire Virginie Degroote. De fait, les systèmes équivalents au dossier médical partagé (DMP) se sont progressivement mis en place dans de nombreux pays, y compris en temps de crise : Espagne en 2010, Estonie où le DMP local a été lancé en 2005 pour un coût de 7,5 euros par patient. À titre de comparaison, rappelle cruellement Virgine Degroote, l’investissement dans le DMP français a été supérieur à 500 millions d’euros pour un peu plus de 500 000 utilisateurs à ce jour.

Mais l’Australie offre sans doute le cas le plus intéressant. En couplant la mise en place d’un dossier médical avec le développement de la télémédecine, ce pays a répondu à deux problématiques à la fois : le suivi des maladies chroniques et le problème de l’accès aux soins dans un pays où la densité de population est très faible. Une réforme qui, au passage, a permis de réaliser 42% d’économies sur les soins aux patients atteints de cancers.

Vers quoi pourrait évoluer le système de soins français ? Pour Virginie Degroote, les réformes mises en place permettront sans doute d’assurer une prise en charge universelle de qualité mais avec des délais d’attente plus longs. Un système qui devrait aussi accorder beaucoup plus de poids aux acteurs privés complémentaires, un peu sur le modèle américain. Ce n’est pas la manière dont sont vendues les réformes depuis quelques années.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

Source: lopinion.fr

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