Innovations dans la science: à la recherche d’une voie vers un avenir plus durable

Le 25 septembre, la Division du développement durable de l’ONU s’est réunie à New York lors d’une séance plénière de l’Assemblée Générale pour évoquer et adopter le programme de développement des Objectifs de développement durable (ODD). Face à une population croissante comptant désormais 7 milliards d’individus, tous les citoyens du monde doivent se préoccuper des vastes défis auxquels nous sommes confrontés. Même le Pape François a abordé ce sujet dans sa dernière encyclique, en parlant de la terre comme de « notre maison commune ».

Ceux d’entre nous qui vivent dans les pays industrialisés profitent depuis longtemps des avantages que procure une société moderne, si bien qu’il est difficile d’imaginer que des millions de personnes n’ont toujours pas accès aux biens les plus fondamentaux que nous tenons pour acquis. Presque 10% de la population mondiale ne dispose pas d’une nourriture suffisante pour garantir un bon état de santé général. Un pourcentage similaire n’a accès ni à l’eau potable, ni à des installations sanitaires et à une hygiène de base, avec pour conséquence 842.000 décès estimés chaque année à travers le monde. Et même si les progrès de la médecine ont permis d’éradiquer certaines maladies, l’Organisation Mondiale de la Santé estime que le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans dans les pays à faible revenu est de 76 décès pour 1000 naissances vivantes en 2015, un chiffre 11 fois supérieur à celui des pays à haut revenu (7 décès pour 1000 naissances vivantes). Mais les défis du développement durable ne se limitent pas à ce qui manque (comme la nourriture, l’eau, les médicaments, etc.), mais concernent également ce que nous avons en trop : les déchets. Selon les chiffres publiés par The World Counts, les humains jettent chaque année plus de deux milliards de tonnes de déchets, avec un impact environnemental colossal.

Il est facile de cantonner les problèmes de développement durable aux pays en voie de développement, mais les unes des journaux publiées chaque jour en Europe sur les milliers de réfugiés fuyant la pauvreté et la guerre nous rappellent à quel point notre société globale est interconnectée. Comment des pays qui font parfois déjà face à des difficultés en terme de développement durable pourront-ils intégrer correctement les nouveaux arrivants ?

Comme dans de nombreux domaines, la science peut apporter des réponses, mais ces dernières ne valent que par les politiques publiques assurant leur mise en œuvre. Heureusement, le dialogue sur le développement durable n’a jamais été aussi prédominant. Le Conseil consultatif scientifique (CCS) récemment créé par le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon se compose de 26 scientifiques internationalement reconnus. Leur mission consiste à conseiller le Secrétaire général Ban Ki-Moon, ainsi que les dirigeants des différentes organisations des Nations-Unies sur les méthodes pour permettre à la science de collaborer avec la politique et la société pour favoriser le développement durable.

La toute première référence au terme « science du développement durable » provient d’un rapport publié en 1987 par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement (CMED) et intitulé « Notre avenir à tous ». La CMED définit cette science comme : « la capacité à rendre le développement durable – à s’efforcer à ce qu’il réponde aux besoins du présent sans compromettre la capacité de satisfaire ceux des générations futures. »

Bien qu’il existe d’autres définitions de la science du développement durable, il est généralement convenu que cette science est basée sur plusieurs disciplines couvrant des thèmes communs du développement durable, ou se combinant pour favoriser des modèles de production et de consommation plus durables. Mais qui effectue ce type de recherches ? Quels sont les pays et institutions leaders dans leurs domaines respectifs ? Quels sont les secteurs nécessitant une attention accrue? Comment décider où investir ?

Un nouveau rapport intitulé « Sustainability Science in a Global Landscape » publié par Elsevier en collaboration avec SciDev.Net et la communauté des chercheurs apporte des réponses à ces questions. S’inspirant des principaux thèmes de recherche de la science du développement durable et des ODD des Nations unies couvrant les aspects sociaux, économiques et environnementaux du développement durable, le rapport est divisé en six thèmes : Dignité, Population, Prospérité, Planète, Justice et Partenariat. Elaboré pour mieux appréhender la nature interdisciplinaire de la recherche actuelle en matière de développement durable, ce rapport contribue au dialogue entre la science et la société.

Bien que la science du développement durable soit encore une discipline relativement modeste (elle représente actuellement trois pour cent de la publication scientifique mondiale), elle connaît un essor fulgurant. Les États-Unis, le Royaume-Uni, la Chine, l’Allemagne et l’Australie produisent ensemble plus de 60% de la publication scientifique mondiale. Sans surprise, la collaboration joue un rôle clé et de nombreuses institutions constituent de véritables réseaux de chercheurs. Ceci est particulièrement vrai pour les centres de recherche dans les pays en voie de développement d’Afrique, où les problèmes de développement durable sont souvent les plus aigus. Ces centres nouent des liens avec leurs homologues dans les pays industrialisés occidentaux. Les Pays-Bas et le Kenya présentent par exemple l’un des pourcentages de collaboration les plus élevés. La science du développement durable peut également favoriser l’établissement de relations diplomatiques. Un récent rapport sur la National Public Radio aux Etats-Unis évoquait un arrangement méconnu entre deux adversaires, les USA et l’Iran, sur la gestion de l’eau.

La communauté scientifique a clairement la volonté de trouver des moyens de collaborer pour relever les défis mondiaux du 21ème siècle. Mais les progrès restant à accomplir dépendent en grande partie des financements disponibles et des politiques gouvernementales qui encouragent les collaborations régionales et transfrontalières pour trouver des solutions.

Les lois contre la pollution de l’air et de l’eau adoptées par un pays seront inefficaces si les pays limitrophes ne font rien pour réduire leurs propres émissions ou préserver la qualité de l’eau. Avec 7 milliards d’individus et l’essor des sociétés consuméristes, qu’allons-nous faire des millions de tonnes de déchets générés chaque jour ? Quels que soient leurs mérites, les initiatives de recyclage de nombreux pays industrialisés sont dépassées par notre mode de vie où tout est jetable. Dans la revue Journal of Cleaner Production, les chercheurs ont envisagé comme solution éventuelle une chaîne logistique inversée dans le domaine de l’énergie, où les déchets générés par un pays permettraient par exemple de produire de l’énergie dans un autre, dans le cadre d’un système d’échange de quotas d’émissions.

Les défis qui nous attendent sont immenses, mais pas insurmontables, et les progrès déjà accomplis ne doivent pas faire oublier que beaucoup reste à faire. Plus que jamais, l’humanité a aujourd’hui besoin d’un réseau international pour exploiter l’intelligence collective et les idées de nos penseurs et chercheurs les plus brillants.

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

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