« Humanité augmentée » : sommes-nous déjà des « cyborgs » ?

La première candidature transhumaniste de l’Histoire (Présidentielles 2016 outre atlantique) ouvre le débat politique sur  les risques et les performances futures d’une « humanité augmentée ». Pour en savoir plus, une seule adresse : Montpellier avec Les 6ème Assises du Corps transformé.  Comment aborder cette nouvelle ère de la « technogénèse », du « transhumanisme », des NBIC qui signifient la convergence entre nanotechnologies, biotechnologies, informatique, sciences cognitives ? Comment vivre aujourd’hui avec cette perspective d’un « être humain augmenté ».

Un futur probable déjà effleuré par Leonard de Vinci,représenté par Fritz Lang en 1927 dans Métropolis, imaginé par d’innombrables auteurs et cinéastes de science fiction … et réalisé aujourd’hui par la recherche en neurosciences, en médecine, en intelligence artificielle. Nous sommes désormais une humanité confrontée à des innovations multiples nées dans les hôpitaux et les laboratoires tous engagés dans une même course vers le futur ! Un monde qui pose des questions cruciales car il promet de faire de nous des « cyborgs », dotés pourquoi pas de neuroprothèses, d’un génome optimisé, de « biomatériaux pour la santé » pilotés grâce à « l’intelligence artificielle ». Le tout étant censé retarder l’âge de la mort et amener à l’immortalité ?

Qu’en pensent les généticiens et les spécialistes de la chirurgie plastique, les historiens, les juristes, les philosophes ? Pour en savoir plus une seule adresse : Montpellier ! Les 9 et 10 octobre le Docteur Jacques Mateu chirurgien plasticien et le Professeur de Droit François Vialla proposaient les « 6èmes Assises du Corps transformé », et prochainement, l’Académie des Sciences et des Lettres organise un colloque titré « Maître cerveau sur son homme perché » (www. ac-sciences-lettres-montpellier.fr 22-23 oct.).

Devant un auditoire captivé, le Professeur François Vialla ( Univ. Montpellier) a magistralement annoncé ce qui se profile à brêve échéance. Revenant au serment d’Hippocrate «Primum non nocere » (d’abord ne pas nuire) , il évoque l’effacement actuel de la frontière entre médecine thérapeutique et médecine techno-scientifique. Il cadre le débat posant les enjeux de l’avenir: « améliorer les performances humaines est-ce encore soigner » ?

Et « l’humain augmenté, prothèsé, considérablement amélioré dans ses performances, et donc plus tout à fait humain, demeurera-t-il une personne ? ». Des perspectives vertigineuses pour la société tout entière, car les inexorables évolutions en cours sur la longévité et la quête de l’immortalité obligeront à repenser les législations sur les successions, les côtisations sociales, les unions mariage et pacs, et l’euthanasie. Le Dr J.Mateu et F. Vialla co fondateur des Assises du Corps transformé, permettent et c’est rarissime en Europe, un dialogue humaniste entre spécialistes « chacun dans son domaine de compétences ayant une analyse, une approche, un point de vue particulier ». Car tout va très vite et  incontestablement on assiste à une accélération une poussée technologique fulgurante… qui concerne maintenant les ( dernières ?) barrières physiques et psychiques de l’humain. Ainsi « à un tournant de son histoire, la biomédecine  propose des dispositifs sur mesure, à l’interface entre biologie et ingénierie » explique Emmanuel Pauthe Directeur de l’Université de Cergy-Pontoise. Il travaille sur les biomateruaux dédiés à la santé dont, les téflons « activés par absorption des molécules pour les tuteurs vasculaires », les tissus bioactifs pour les « biomolécules d’intéret » capables de régénérer os et cellules. Les objectifs médicaux de réparation et d’augmentation ? Améliorer l’espérance de vie, pallier aux traumatismes et aux pathologies, assurer des fonctions biologiques défaillantes etc…

Tout aussi passionnant et dans une perspective généreuse et nuancée, s’est exprimé l’hématologue et Professeur John de Vos ( Montpellier Dpt Ingénierie cellulaire ). Une plongée dans le futur. Pourquoi et comment modifier le patrimoine génétique de l’embryon humain ? Après les recombinations de l’ADN réussies dès 1970 et la souris transgénique qui valut un Prix Nobel à son inventeur, on en est maintenant au stade de la chirurgie sur le génome. Laquelle promet, à l’horizon 2030 des applications thérapeutiques pour traiter la mucoviscidose, les cancers et les anomalies génétiques dès la fécondation. Le fond du problème selon  John de Vos ? « Aurons-nous dit-il un jour la tentation de nettoyer le génome de nos futurs enfants ? Nous sommes dans ce moment particulier et unique, où l’espèce humaine peut décider, elle-même, de modifier son propre patrimoine génétique ». Un tournant historique qui tranche avec les processus de mutations aléatoires qui ont prévalu depuis des millions d’années. « Plus le risque évident ajoute-t-il, de voir un jour, les plus démunis, les plus faibles, dominés par les humains augmentés et dotés de nouvelles performances. » Toutes ces hypothèses ont été, sont et seront explorées par les films et romans de science fiction…qui guident parfois et inspirent les chercheurs. A Montpellier et c’est une première en France, deux historiens d’art (Natacha Vas-Deyres et Raphael Cuir) ont repertorié et analysé l’ensemble des oeuvres de fictions mettant en scène des « cyborgs », formule à succès née dans les années 50, de la contraction des mots « cybernétique » et « organisme ». Mais tant d’autres personnages, surhommes, mutants, « répliquants », « androïds » et « post-humains » ont suivis… De « Métropolis » à « L’Homme qui valait 3 milliards », de « Blade Runner » à « Terminator », « Hulk », « Robotcop »et « Matrix ». Le tout inscrivant dans la conscience des spectateurs, comme une banalisation de ces hybridations homme-machine. Une évolution qui conduit inexorablement aux divers concepts et versions du « tranhumanisme ».  Lequel propose «  d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains.  Les penseurs transhumanistes prédisent que les êtres humains pourraient être capables de se transformer en êtres dotés de capacités telles qu’ils mériteraient l’étiquette de « post-humains ». Le handicap, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort devenant alors « inutiles et indésirables »( Wikipedia). Ray Kurweil (futurologue, ingénieur en informatique, chercheur en intelligence artificielle)  est

depuis 2014 chief scientist de la galaxie Google. Il vient de re actualiser ses prédictions 2019-2099 (http://iatranshumanisme.com). Perfectibilité humaine ? A Montpellier, Nicolas Le Devedec (Docteur en Sociologie et Sciences Politiques Univ. de Montreal) a apporté sa pierre à un édifice critique pertinent. Il estime que nous vivons désormais dans un contexte un peu démissionnaire et dépolitisé induit par cette « société de l’amélioration » dopée à la performance et qui propose la lutte la libération des contraintes biologiques, la fin du vieillissement et des capacités congnitives elles-aussi augmentées. Un monde ultra élitaire pour une hyperclasse mondialisée ? Donc de quoi se faire du souci concernant la sécurité, la démocratie, l’éthique, l’accès égalitaire aux soins etc… Des questions auxquelles ne repond pas la candidature transhumaniste de Zoltan Istvan Gyurko (né en 73 et qui vit à Mill Valley en Californie) ? Journaliste, bloggueur, futurologue, sportif, conférencier, écrivain (The Transhumanist Wager). Il est aussi militant de WildAid, de la World

Future Society, de l’Institut Seasteading, de Wildlife mais ses  « trois lois transhumanistes » semblent simplistes à l’extrême et sans lien avec le bien commun qui est le fondement de l’administration publique. Nicolas Ledevedec : « cette candidature transhumaniste américaine reste peu médiatisée, on en discute dans certains cénacles académiques, pourtant c’est inédit dans le paysage politique. Et c’est la continuité logique des aspirations transhumanistes et de cette société de l’amélioration dans laquelle nous vivons. Cela montre la nécessite d’en débattre et de rappeler qu’ont existé déjà dans le passé avec les Lumières, de Condorcet, à Jean-Jacques Rousseau, d’autres idéaux et méthodes pour concevoir la perfectibilité humaine et d’autres projets de société. Les transhumanistes sont en rupture, ils sont plutôt dans le post humanisme. »

 Liliane Vittori

L’article dans son format original est disponible en cliquant ici.

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