La transformation numérique de l’économie française

Philippe Lemoine, président de la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING), a remis un rapport à la secrétaire d’État au numérique dans lequel il présente un agenda et 180 projets à conduire pour réussir la transformation numérique de l’économie.

Partout dans le monde, la transformation numérique représente une nouvelle étape de la profonde réorganisation économique et sociale engagée depuis plusieurs décennies sous l’effet des technologies d’information. À chaque étape, on a parlé de révolution. Mais avec le numérique, la transformation s’accélère et se radicalise. Trois changements s’effectuent simultanément :

– La course technologique n’est plus tirée par les entreprises ou les grandes organisations. Ce sont les personnes qui font la course en tête.

– Les impacts deviennent réellement transversaux, avec des changements qui concernent aussi bien l’industrie que les services que l’accès à la connaissance, ou la santé. Selon le MIT, 47% des emplois américains vont disparaître ou être profondément transformés par le numérique. Appliquant une méthodologie similaire à l’Europe, le think-tank Bruegel estime à 54% l’impact sur les emplois européens.

– L’incidence de la technologie sur l’économie se diversifie et se complexifie. En plus de la structuration et de la croissance d’une filière numérique de plus en plus puissante, il faut tenir compte d’au moins huit effets. Comme dans l’époque antérieure d’informatisation, il y a d’abord tous les effets d’automatisation avec accroissement corrélatif de la productivité des facteurs : productivité du travail ; du capital fixe et circulant ; de l’énergie et des matières premières. Mais à cela s’ajoutent les effets de dématérialisation : substitution d’internet aux réseaux physiques d’agences, de guichets et de magasins ; déformation de la traditionnelle courbe des coûts décroissants en fonction de la longueur des séries, en une courbe de production en équerre avec un fort investissement sur l’innovation et le prototypage et des coûts de reproduction quasi-nuls ; baisse des coûts de transaction et remise en cause du périmètre des firmes. Il faut enfin tenir compte des effets d’intermédiation/désintermédiation sur les business-models, avec le rôle nouveau joué par les personnes – à la fois producteurs et consommateurs – et avec l’enjeu de la donnée et la ressource qu’elle représente pour l’optimisation et la réinvention des métiers existants ainsi que pour la structuration d’écosystèmes innovants.

Dans tous les pays du monde, l’enjeu est de maîtriser cette croissance-transformation. Mais pour la France, il y a vraiment là une chance à saisir. La transformation numérique peut être une occasion de nous rassembler et de faire converger nos volontés et nos énergies. Depuis trop longtemps, nous ne savons plus conjuguer un principe de réalité et un principe d’utopie et de désir. Se donner cet horizon, c’est élargir le champ mais ce n’est pas échapper aux règles. Il y a des règles du jeu très strictes et nous devons impérativement nous y plier. Aussi est-ce là le premier message : la France doit s’adapter. Elle doit s’adapter à la compétition du XXIe siècle, pas à celle du siècle dernier. Il y a place pour les choix, pour les valeurs, pour les différences, pour les spécificités : bref, il y a place pour le Politique. Mais, on l’a dit, le numérique est une grammaire : c’est la grammaire de l’efficacité de notre temps. C’est comme la stratégie et la tactique. La France peut et doit avoir l’ambition d’infléchir le cours de la numérisation du monde. Il serait en effet erroné de penser que le numérique à lui seul est une garantie de progrès.

Au total, la transformation numérique présente pour la France bien plus d’opportunités que de risques. La première des opportunités c’est que ce sont les personnes qui donnent le rythme et que les Françaises et les Français ne sont absolument pas en retard. L’usage qu’ils font du numérique est comparable à celui des citoyens des pays les plus avancés. Une deuxième opportunité réside dans le fait que la transformation numérique peut être l’occasion de combattre cette faiblesse traditionnelle de l’économie française, celle de son tissu de petites et moyennes entreprises. La troisième opportunité pour la France, c’est de moderniser nos champions traditionnels que sont l’État et l’Administration d’une part, les grandes entreprises d’industrie et de service d’autre part. Ils ont été les atouts de la France, ils peuvent le redevenir. L’enjeu de transformation est ici considérable ; il suppose d’accroître les interactions avec tous ceux qui, de l’extérieur, peuvent accélérer notre transformation. Il faut ouvrir les données, écrire les programmes informatiques selon des procédures réutilisables par d’autres (API), créer des lieux d’innovation ouverte, monter des Labs ou des FabLabs, organiser des hackathons, proposer des plateformes prêtes à accueillir des «apps » ou des éléments de logiciels conçus par des start-ups.

Le rapport propose 180 propositions pour une transformation numérique rapide, globale et durable de notre économie. Elles ont été regroupées en trois ensembles homogènes concourant à :

– Une transformation numérique rapide : 9 projets sectoriels emblématiques pour action immédiate, illustrant les principaux effets de la transformation numérique. Leur choix a été guidé à la fois par leur incarnation des différents effets de la transformation numérique, leur caractère renversant pour l’économie et pour l’imaginaire collectif, la nécessité de recourir à une grammaire du numérique pour gérer leur complexité.

– Une transformation numérique globale : 53 mesures transverses à lancer à court terme, qui permettront d’asseoir la transformation numérique, de poser les fondations d’une économie numérique, et de libérer un important potentiel d’innovation pour l’économie française.

– Une transformation numérique durable : un portefeuille de 118 recommandations qui ont vocation à alimenter un agenda triennal numérique pour la France. Il se compose de 85 propositions sectorielles, retenues pour leur cohérence avec les effets de la transformation numérique et leur impact potentiel sur la performance des secteurs, et de 33 projets transverses, à mettre en œuvre pour inscrire durablement le numérique comme un levier de transformation de l’économie française.

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