Nécessité d’un plan DIM

Le Syndicat des médecins, pharmaciens, biologistes et odontologistes travaillant dans les unités traitant de l’information médicale dans les établissements de santé publics et privés (Sdim), créé en avril dernier (lire ci-contre), a lancé une enquête auprès des médecins Dim pour faire un bilan de la situation actuelle et sortir des affaires uniquement traitées dans la presse, a indiqué son président Christophe Segouin lors d’une conférence de presse organisée ce 7 juillet. Première difficulté, il n’existe pas d’annuaire répertoriant les médecins Dim de France. Le syndicat a donc diffusé son questionnaire sur des forums dédiés et l’a envoyé à 1 570 établissements (publics, privés, Espic et HAD) susceptibles de compter un médecin Dim. En moins de deux mois, il a reçu en retour 307 réponses, soit un échantillon significatif par rapport aux 1 500 médecins Dim supposés, a souligné Christophe Segouin (lire encadré).
Le sentiment d’une mission pas remplie
Premier constat et non des moindres, a estimé Christophe Segouin, quatre répondants sur dix estiment ne pas répondre à leurs missions. Celles-ci, qui ne sont pas définies officiellement et bien souvent extensibles, a ajouté Gilles Madelon, secrétaire général du Sdim, consistent principalement en du codage et à son analyse. Ainsi, les deux tiers ont l’impression de ne pas répondre à leurs missions de codage et plus de la moitié à celles de l’analyse des données. Les Dim interrogés soulignent donc leur impuissance à remplir une mission pourtant essentielle à la facturation, à visée épidémiologique et stratégique. En outre, la moitié (48%) indiquent se sentir mal dans leur travail. Même si cela implique que l’autre moitié s’y sent bien, il ne faut pas négliger ce pourcentage et il y a urgence à agir, a souligné le président du syndicat. Ce « mal-être » trouve en partie son explication dans l’évolution du métier de médecin Dim.
Une formation initiale inexistante
Il y a une dizaine d’années, l’essentiel de l’activité consistait à faire du codage, à le contrôler et à envoyer les informations tous les ans. Désormais, il doit produire des données, ce qui suppose des compétences sur des outils informatiques, les analyser, et ce qui implique des compétences en statistiques. Et ceci tous les mois, alors qu’en parallèle l’activité et le rythme ont augmenté, que les directions sont plus exigeantes sur la qualité et l’exhaustivité et que les équipes ont peu bougé, a détaillé Gilles Madelon. Outre le manque de moyens pour fonctionner correctement, le Dim souffre d’un manque de professionnels de santé formés. En effet, a insisté Christophe Segouin, il n’existe pas de formation au niveau national permettant de former les médecins Dim qui sont, par conséquent, contraints de se former sur le tas.
Traditionnellement, ce sont les médecins issus des cursus en santé publique qui se dirigent vers ces postes mais ils sont de moins en moins nombreux à s’y orienter. Pour l’heure, les seules formations possibles sont plus à destination des techniciens de l’information médicale (Tim). Il est aussi encore difficile de faire comprendre ce qu’est le métier du Dim alors qu’il peut rattraper des millions d’euros (M€) sur les recettes d’un établissement. Pour Christophe Segouin, chef de service de santé publique au groupe hospitalier Lariboisière/Saint-Louis/Fernand Widal de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), ce chiffre se situe entre 15 et 20 M€ par an. Globalement, le médecin Dim peut rattraper 5% de la recette liée aux séjours. Souvent, il lui reste entre 1 et 2% qu’il n’arrive pas à récupérer faute de temps et de moyens, a-t-il expliqué. Ces 1 et 2% correspondent majoritairement à des séjours complexes pour lesquels il faut aller chercher les informations dans les dossiers des patients.
Mesures d’urgences
Face à ces constats alarmants, le Sdim demande aux pouvoirs publics que soit mis en place un « plan national Dim », sur le même modèle que ce qui a pu être fait pour les urgences, dans le but de répondre aux professionnels qui se sont déclarés en souffrance et répondre à l’insatisfaction des établissements de santé. Dans un premier temps, il conviendrait de prendre des mesures pour garantir le respect de l’indépendance professionnelle, a indiqué Christophe Segouin, en réaffirmant l’indépendance professionnelle du médecin Dim qui est donc un médecin avant tout. Dans ce cadre, ont appelé le président et le secrétaire général, il conviendrait que les pouvoirs publics enquêtent sur tout manquement à cette indépendance et mettent en place des mesures correctrices. La confidentialité doit aussi être réaffirmée. Pour protéger les professionnels en souffrance, le syndicat propose de recenser les médecins Dim, de mettre en place une organisation les identifiant et d’instaurer des missions d’expertise/audits/conciliation pour trouver localement des solutions.

Enfin, il souhaite que l’attractivité de la fonction du Dim soit renforcée au travers d’un statut donné à la structure Dim, l’adaptation de la rémunération aux contraintes de leurs missions, comme l’activité sur plusieurs sites et le renforcement des équipes en moyens et en compétences. Le Sdim a déposé ce 7 juillet au ministère, à la DGOS, au Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom), aux conférences (CME, CH, CHU…) ou encore au Centre national de gestion (CNG) une copie de ses travaux dans l’optique d’ouvrir la discussion en amont de la loi de Santé. Car pour l’heure, il ne voit pas les groupements hospitaliers de territoire (GHT) d’un bon œil. La future loi prévoit en effet de regrouper au même titre que la restauration, le système d’information ou la pharmacie, le Dim. Or, comme le souligne Christophe Segouin, le Dim n’est pas qu’une fonction support. Pourtant, les GHT mises en place dans la concertation pourraient permettre d’offrir un cadre juridique aux équipes multi-sites, par exemple. 

Par Géraldine Tribault avec l’aimable autorisation d’HOSPIMEDIA

 

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