Des technologies de bio ingénierie dignes de séries télévisées [Extraits]

BE Etats-Unis 367 – 25/04/2014
Organes sur puces, mouches et termites robotiques, impression 3D de batteries miniatures, si ces technologies semblent tout droit sorties d’un film de science-fiction, elles sont pourtant bien réelles pour les équipes du Wyss Institute. Ce laboratoire de recherche de Harvard à Boston est très atypique et marque tant par l’originalité de ses projets de recherches que par son mode de fonctionnement en termes d’objectifs et de management. Après quatre années de fonctionnement, un point sur ce bel exemple de centre de recherche de premier plan à l’américaine.
Le Wyss Institute – Un nouveau modèle
Le Wyss Institute (ou de son nom complet, le Wyss Institute for Biologically Inspired Engineering at Harvard University) est né en 2009 du don de 125 millions de dollars de l’entrepreneur et homme d’affaire suisse Hansjörg Wyss à l’Université de Harvard (don qu’il a récemment doublé pour atteindre la somme totale de 250 millions de dollars). L’Institut, qui profite naturellement de collaborations avec Harvard ainsi qu’avec l’ensemble de l’écosystème des sciences de la vie autour de Boston, se concentre sur des projets de bioingénierie à très fort potentiel mais jugés trop risqués pour être abordés par des industriels, ou même d’autres laboratoires de recherches ou les thésards et autre post-docs doivent publier pour survivre.
Mary Tolikas, directrice des opérations, décrit le Wyss comme étant une « plateforme d’innovation, de collaboration et de transfert de technologie dont la mission est de développer des prototypes proches de l’industrie et inspirés par la nature ». En effet, le succès de la structure est autant atteint grâce aux critères d’excellence technique que par la commercialisation des technologies, via par exemple la création de startups ou des licences de propriété intellectuelle. Pour cela, l’Institut intègre des équipes composées de collaborations entre divers partenaires de tous horizons académiques, cliniques et industriels. Le Wyss profite de plus de collaborations avec des organismes gouvernementaux tels que l’agence américaine pour la recherche appliquée à la défense (DARPA ou Defense Advanced Research Projects Agency) et de la Food and Drug Administration (FDA). Le Wyss bénéficie également de relations privilégiées avec des groupes de capital risque.
Mary Tolikas est issue d’un parcours industriel très en phase et représentatif des objectifs du Wyss. Après un PhD et un MBA au MIT dans les années 90, elle créée une startup basée sur la modélisation et la simulation de circuits électronique, une technologie très novatrice à l’époque. Suite au rachat de son entreprise, elle poursuit ensuite une carrière dans l’industrie pour finalement rejoindre l’équipe du centre de recherche bostonien. Aujourd’hui, son expérience industrielle lui permet de développer des projets à hautes composantes techniques et scientifiques tout en gardant à l’esprit l’importance d’une finalité commerciale/industrielle, au coeur des valeurs du Wyss Institute.
En termes d’organisation, l’institut structure ses recherches autour de plusieurs plateformes technologiques dont le but est d’encourager les synergies entre équipes. On recense par exemple des plateformes sur les systèmes bios-mimétiques, les matériaux avancés, ou la robotique bio-inspirée. Chaque plateforme regroupe des équipes multidisciplinaires composées de chercheurs et ingénieurs d’origines très variées. En effet, l’intérêt (et le challenge) à la base de la bioingénierie est de réussir à développer des systèmes qui sont par nature à l’intersection de plusieurs domaines scientifiques (par exemple la biologie, la robotique, l’informatique, la génomique, etc.).
En plus de la variété des profils scientifiques, chaque équipe intègre des personnes aux profils commerciaux afin de toujours garder un oeil sur la finalité industrielle des technologies développées. Les trois piliers que sont la recherche, le management et le business développement travaillent de concert pour porter à maturité les projets et définir ensuite la bonne stratégie de commercialisation.
Parmi les projets exotiques à fort potentiel
La plateforme focalisée sur les microsystèmes biomimétiques comporte un projet majeur : les organes sur puces (ou Organ-On-Chip). Les chercheurs de l’institut conçoivent des puces qui simulent la microarchitecture et les fonctions des organes d’êtres vivants, tels que le poumon, le cœur, et l’intestin. A terme, l’objectif de ce projet (élaboré en collaboration avec la FDA) est de devenir une alternative aux essais traditionnels sur animaux. En effet, les études pré-cliniques requièrent plusieurs années d’efforts et l’analyse d’un composé dans ces phases peut coûter plus de 2 millions de dollars. D’autre part, sacrifier de nombreux animaux dans des recherches qui, souvent, ne permettent pas de prévoir ou ne sont pas bien corrélées avec les réponses de l’être humain, ne semble pas satisfaisant si des expériences faisant intervenir des cellules dans des organes sur puces permettent d’aboutir à des résultats similaires. Ce qui est en cours de démonstration. L’idée finale est de pouvoir reproduire le métabolisme de l’ensemble des organes du corps humain via une mise en série (ou en parallèle) dans un réseau des Organ-On-Chip. Arrivera-t-on ainsi à simuler des essais cliniques in vitro ?
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/75749.htm
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